Ozark

Si vous aimez Breaking Bad, vous aimerez Ozark

Ozark est un point de chute risqué pour la famille Byrde.

À Chicago, Marty Byrde (Jason Bateman) est un conseiller financier tout ce qu’il y a de plus banal. Marié et père de deux ados, le quarantenaire mène pourtant une double vie en blanchissant de l’argent pour un des plus gros cartels de drogue mexicains. Sa lubie de crise existentielle se déroule à merveille jusqu’à ce que les narcotrafiquants se rendent compte d’un trou de quelques millions de dollars dans les caisses. Blanc dans l’histoire, Marty apprend alors que son associé Bruce, indic pour le FBI, l’a trahi et s’est rempli les poches pendant quelques années.

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Lorsque Bruce se fait descendre par le cartel, Marty sauve sa peau en leur proposant un remboursement net et un nouveau deal de blanchiment loin du marché dangereux de Chicago. Il n’a alors d’autres choix que de se réfugier dans les monts Ozark dans le Missouri avec femme et enfants sous le bras, afin de reprendre les affaires de la région. Mais Marty va devoir jongler entre les habitants des environs, le FBI et le cartel qui lui mettront des bâtons dans les roues. Si le pitch est loin d’être original depuis une certaine Breaking Bad, la série Ozark, créée par Bill Dubuque et Mark Williams, arrive à nous transporter dans ses méandres brumeux grâce à une réalisation impeccable, des dialogues intenses et un casting surprenant.

Bienvenue à Ozark

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© Netflix

On ne peut s’empêcher de penser à Heisenberg et son trafic de meth à la vue des premières images d’Ozark. La faute au concept de l’antihéros, en pleine crise de la quarantaine, qui mène une double vie entre un job ordinaire et une participation à un certain trafic de drogue. Si certains points et plans (malheureusement) de Breaking Bad ont très largement inspiré la série, elle se détache heureusement peu à peu de la création de Vince Gilligan. Car contrairement à Walter White, Marty Byrde est Marty Byrde. Il n’a pas de dopplegänger via lequel il se complaît dans la noirceur et dans des excès de folie. Que ce soit avec sa famille ou avec le cartel, il est lui-même, dans tout son génie de loser, son cynisme, ses joutes verbales teintées d’humour sarcastique et sa fausse banalité.

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Dans ce rôle entier, mais non sans fêlures, Jason Bateman excelle étonnamment, l’acteur étant plutôt un habitué des comédies. On peut dire que son passage vers un registre dramatique est réussi dans Ozark, série dont il est producteur exécutif et aussi réalisateur sur quelques épisodes. Plus héros qu’antihéros, prêt à tout pour sauver sa famille, Marty Byrde fait équipe avec deux personnages féminins atypiques : son épouse Wendy (Laura Linney) et sa partenaire de business, Ruth (Julia Garner). Les deux femmes, aux caractères bien trempés, sont les piliers du quadra, sans quoi il perdrait son équilibre. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, des enfants Byrde aux rednecks des monts Ozark en passant par Buddy (Harris Yulin), le vieux croûton en phase terminale. Ils sont plus profonds qu’on pourrait le croire et auraient mérité d’être davantage exploités au cours de la saison.

Le premier épisode, bien rythmé, pourrait en refroidir plus d’un au vu des nombreux clichés véhiculés et des personnages en apparence stéréotypés. Et pourtant, il faut se laisser emporter par la suite des épisodes pour comprendre qu’Ozark déconstruit peu à peu les normes pour aborder des questionnements psychologiques plus profonds. La série sonde l’Amérique profonde en livrant des personnages tels qu’ils sont, sans fioritures, à tel point qu’on ne sait toujours pas si on les aime ou si on les déteste. Néanmoins, on ne peut qu’apporter un gros bémol à la médiocre prestation de Jason Butler Harner en agent du FBI poussif et extrêmement violent.

Ce qui fait surtout la force d’Ozark, ce sont bien ses décors. De la forêt mystérieuse au lac ensorcelant, les paysages servent beaucoup à l’ambiance pesante et happante de la série. Les monts Ozark apparaissent alors comme un personnage à part entière, une bulle emprisonnante qui peut éclater à tout moment. C’est une petite ville, où tout le monde se connaît et où tout se sait, tôt ou tard, malgré les nombreux secrets de ses habitants. Cette mise en scène rappelle l’univers de Twin Peaks, le côté onirique mis à part, avec cette étendue d’arbres soufflés par le vent, ce lac bleu envoûtant et ces lieux énigmatiques, tels que le club de strip-tease ou encore le fameux Blue Cat Lodge.

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© Netflix

Avec une superbe photographie, la série jouit de plans brumeux, voire lactés, sur la région trouble qu’est Ozark. L’effet bleuté et les couleurs froides utilisées nous plongent encore plus dans l’atmosphère oppressante du show. Par ailleurs, la réalisation maîtrisée permet de mettre encore plus en avant les décors lors des moments d’incertitude des personnages. En commençant par des cadrages serrés sur eux, des petits détails aux visages, la caméra recule ensuite pour accentuer la grandeur de l’environnement, rendant les habitants aussi petits que des pions dans les monts Ozark.

Néanmoins, la série est parfois plombée par cette réalisation stylisée, qui pourrait en endormir certains. Elle connaît quelques légers moments de flottement en cours de saison. Fort heureusement, le scénario, pourtant simpliste, n’est pas trop mal ficelé et les dialogues, teintés d’humour subtil, sont savamment écrits. Surtout, le suspens est bien maîtrisé avec la menace du cartel qui plane sur les monts Ozark, quasiment invisible jusqu’au dénouement explosif. En soit, les narcotrafiquants sont moins les ennemis que les habitants de la petite ville d’apparence paisible, qui sont le véritable danger pour la famille Byrde.

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Si Breaking Bad et Twin Peaks, deux séries cultes qui ont marqué l’univers sériel à jamais, peuvent inspirer et nourrir de leurs qualités de nouveaux shows, c’est tant mieux. Rappelons quand même que ces deux séries ont, elles aussi, été fortement influencées par d’autres œuvres, cinématographiques notamment. Ozark ne révolutionnera pas le monde des séries mais réussit à nous transporter tout au long d’une saison bercée par une bande-son éclectique. À savourer cet été.

La première saison d’Ozark est disponible sur Netflix depuis le 21 juillet.

Par Mégane Choquet, publié le 24/07/2017

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