House of Cards : une saison 5 qui fait l’effet d’un pétard mouillé

Cinquième tour de piste pour House of Cards, la série phare de Netflix. Après une saison 4 pertinente, ce nouveau volet continue dans la même lignée, mais laisse un goût amer. Attention, spoilers.

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© Netflix

Il est conseillé d’être à jour sur les cinq saisons de la série avant d’entamer la lecture de cet article.

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Après nous avoir offert un trailer plus effrayant que jamais, la série House of Cards est de retour sur Netflix pour une cinquième saison. Très attendue dans un contexte politique américain mouvementé, cette nouvelle salve d’épisodes promettait une intrigue folle, mais l’effet escompté retombe malheureusement comme un soufflé. Malgré les performances excellentes du duo Kevin Spacey-Robin Wright et un scénario intéressant, le rythme de cette saison laisse à désirer. Pourtant, cette cinquième fournée semble nécessaire afin d’espérer un bon coup de fouet en saison 6.

En fin de saison 4, on avait quitté le couple Underwood au plus mal, en pleine campagne présidentielle face au candidat républicain, Will Conway. Alors que la compétition fait rage, Frank est au cœur d’un véritable scandale médiatique, le journaliste Tom Hammerschmidt ayant révélé les affaires de corruption et d’abus de pouvoir le concernant. Plus encore, le président sortant doit faire face au groupe terroriste ICO, dont plusieurs membres avaient enlevé une famille américaine.

Le couple Underwood reste alors impassible, dans la situation room, lorsque le groupe envoie une vidéo d’eux en train de décapiter le père de famille. La saison se termine alors sur l’allocution terrifiante de Frank, face caméra : "We dont submit to terror, we make the terror". De quoi augurer une saison 5 sous haute tension pour le couple Underwood, prêt à livrer une bataille acharnée pour rester à la Maison-Blanche.

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Underwood VS Underwood

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© Netflix

La lutte du duo Underwood démarre sur les chapeaux de roues avec, d’un côté, Frank qui se bat contre le Congrès et les institutions américaines et, de l’autre, Claire qui affronte les médias et le peuple américain. Le dernier plan de la saison 4 augurait une bataille en bloc pour les Underwood, qui semblaient plus unis que jamais. Leur duo, atypique mais passionnant, se révèle de plus en plus effrayant, à l’image du morphing auquel joue Francis, sur la tablette de votes. Mais leur unité va vite être détruite : Frank, plus ou moins "trumpisé" dans cette saison, passera son temps à élaborer de nouvelles stratégies et à manipuler son monde en sous-marin, alors que Claire mènera la lutte de la communication, allant directement au front, face aux médias et face au peuple. Elle établira de nouvelles relations politiques intéressantes qui la soutiennent pour lui assurer une place dans le bureau Ovale.

Le monstre à deux têtes qu’est le tandem Underwood commence désormais à se scinder. Le couple est mis à mal dans cette cinquième saison, tant l’ambition politique de Frank devient dévorante, en témoignent ses discours vindicatifs alimentant toujours plus le climat de terreur qu’il a installé. Alors qu’au début, rien ne semble pouvoir arrêter le duo politique, les obstacles vont s’enchaîner et la chute devient inévitable. Déjà, peut-on encore parler de couple lorsqu’on évoque le duo Underwood ? Claire passe plus de temps avec son amant, Tom Yates, tandis que Frank en profite pour s’offrir du bon temps avec son coach sportif. S’il ne restait que la politique pour les unir, cette dernière affinité tombe et fait s’effondrer le château de cartes Underwood, qui semblait pourtant si solide.

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La réalisation maîtrisée accentue la séparation nette entre Claire et Frank. Les moments qu’ils partagent, cadrés et filmés de manière quasi symétrique, matérialisent leur séparation politique. Chacun est placé de son côté de l’écran, qu’ils soient face à face ou de dos, et ils se quittent dans des directions opposées, au fur et à mesure que la saison avance. L’équilibre du tandem politique est plus que jamais menacé lorsque Claire accède à la présidence des États-Unis par intérim, bouleversant la hiérarchie jusqu’alors établie.

Pendant ce court laps de temps, Claire prend enfin conscience de ses capacités à diriger le pays et de l’avenir brillant qui s’ouvre à elle – ou du tout moins, elle l’exprime enfin au grand jour. Et c’est là que le bât blesse pour Francis : lorsqu’il récupère la présidence, Claire met en doute les décisions de son mari et s’éloigne peu à peu de lui lorsque les nouvelles révélations de corruption et de meurtres font surface. Claire prend enfin son envol, plus puissante que jamais, et a surpassé Frank, lorsqu’elle reprend finalement la place de présidente après la démission de son mari.

Une intrigue complexe pour un rythme décousu

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© Netflix

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Les scénaristes de House of Cards ont toujours eu le don de nous offrir des intrigues fournies et intelligibles sur les quatre premières saisons, nous plongeant dans les méandres de la politique made in USA. Véritable miroir de la société américaine, la série se heurte à la triste réalité à laquelle sont confrontés les citoyens américains. Avec Donald Trump à la présidence des États-Unis, les scénaristes font prendre à Franck un virage à droite qui le rend plus effrayant qu’avant mais laisse perplexe. Si, par certains aspects, la formule fonctionne, l’exagération du personnage accentue le ridicule poussif du scénario. Frank Underwood n’est pas Donald Trump. Frank Underwood reste un politicien aguerri et démocrate, quand Donald Trump est un clown républicain avançant sans réfléchir en politique. Le contexte sociopolitique actuel des États-Unis est bien plus terrifiant que ce que Francis tente de nous faire avaler.

Mais ce qui est intéressant dans cette cinquième saison, c’est que Frank Underwood est enfin rattrapé par ses démons. Du meurtre de Zoe Barnes aux affaires de corruption et d'abus de pouvoir, les péchés du président sont exposés au grand jour et ses soutiens de la première heure le lâchent. Ils mettront quand même cinq saisons avant de le faire tomber, la secrétaire d’État Cathy Durant, en tête. Même l’ancien président, Garrett Walker, refait surface pour faire plonger Francis. Pourtant, avec tous ces témoins à charge, Frank va encore s’en sortir, en évitant l’impeachment et en démissionnant, pour accéder à un poste haut placé dans le privé.

Frank Underwood ne semble avoir aucun adversaire capable de le faire tomber, à part lui-même, ce qui devient lassant à la longue. À moins que Claire ne soit la véritable concurrente de ce politique machiavélique. Enfin, Claire devient l’égal de Frank et joue le même jeu que lui, de manière plus subtile toutefois. Brisant le fameux quatrième mur, elle prend progressivement la place de Frank et s’adresse à nous pour nous avertir qu’un Underwood en cache un autre. Cette saison nous offre une intrigue complexe dès le début : impossible de regarder 10 secondes son téléphone au risque d’être totalement largué et de décrocher. Trop de manipulations tuent la manipulation et le résultat laisse perplexe quant aux différentes lois et mécanismes utilisés par Frank afin de se faire élire. Tout s’enchaîne sans explications claires dans un rythme pourtant lent.

Pris dans l’engrenage de l’ennui

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© Netflix

On est aussi relativement déçus du traitement des personnages secondaires. Certains d’entre eux vont et viennent, sans introduction ou sortie convenable : Will Conway, le candidat républicain, pourtant important et glissant vers une pente dangereuse, disparaît des radars après l’accès au pouvoir de Frank. Il est dommage que ce personnage, qui pète un câble suite à sa défaite, ne soit pas plus exploité. À l’inverse, Jane Davis, spécialiste des relations étrangères, qui épaule Claire Underwood pendant son ascension aux plus hautes fonctions, apparaît toujours aux moments opportuns sans jamais nous avoir été réellement présentée. Autant d’éléments décevants laissant penser que cette saison 5 est finalement un peu brouillonne.

À l’image de la saison 6 de Homeland, le scénario de cette nouvelle fournée d’épisodes d’House of Cards joue sur la peur, le terrorisme et pointe sur la menace intérieure : les mêmes ingrédients que la série de Howard Gordon et Alex Gansa, mais exploités d’une manière trop poussive et moins pertinente dans House of Cards. Alors que Homeland a réussi son virage, House of Cards semble avoir raté le coche sur ces thèmes faisant écho au contexte sociopolitique américain. On en attendait quand même bien plus de la série prestige de Netflix que du drame politique diffusé sur Showtime. La frontière entre la réalité et la fiction est tellement mince que traiter ce genre de sujets s’avère finalement plus risqué.

Mais le twist qui achève cette saison, nous laissant vraiment un goût amer, est la révélation de Frank concernant sa chute. Il avoue à Claire que c’est lui et Doug Stamper qui ont envoyé des informations compromettantes le concernant au journaliste Tom Hammerschmidt afin qu’il puisse se faire coincer par la justice. Et en démissionnant de la présidence, il laisse le champ libre à Claire. Il lui dit qu’il voulait qu’elle soit présidente et que tout était orchestré depuis le début.
 
Et là, les scénaristes sont allés trop loin : cette révélation tombe comme un cheveu sur la soupe et on a bien du mal à croire que Frank ait pu manigancer tout ça dans le but de donner les pleins pouvoirs à Claire. Autre moment ridicule : lorsque Francis se sent menacé par Cathy Durant, il la pousse dans les escaliers afin qu’elle ne puisse pas témoigner contre lui. S’il avait tout prévu alors pourquoi s’abaisser à ce geste absurde, presque enfantin ? Loin du grand Underwood des débuts, Frank perd un peu de sa superbe dans le season finale.
 
Les exagérations et les incohérences des intrigues nous font un peu soupirer devant cette cinquième saison. La flamme des débuts de House of Cards s’est un peu éteinte et cette nouvelle fournée d’épisodes laisse de marbre. Avec des intrigues secondaires bâclées et un rythme assommant, on se demande si les scénaristes n’ont pas essayé de détruire le seul noyau dur viable de la série : le tandem Frank et Claire Underwood. Ce sabotage et la fin d’un duo mythique signent-ils une future renaissance pour la série ?
 
Au bout de cinq saisons, un changement est nécessaire afin de renouveler l’envie des spectateurs et le duo Frank-Claire, malgré des interprétations toujours aussi excellentes de Kevin Spacey et Robin Wright, ne peut plus porter à bout de bras le show. Un espoir pourtant est permis pour une future saison 6 avec l’accès au bureau Ovale de Claire. Cette place, enfin acquise, peut permettre de donner un coup de fouet à la série et de repartir sur de bonnes bases, celles qui ont fait le succès du show de Netflix. En espérant qu’elle ne suive pas le même chemin que Frank : lui avançant avec le fantôme de Zoe Barnes qui flotte au-dessus de lui, elle avec la mort de Tom Yates sur la conscience. Mais, surtout, que l’incroyable Doug Stamper fasse toujours partie du paysage. On croise les doigts.
 
La saison 5 de House of Cards est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 31 mai.

Par Mégane Choquet, publié le 08/06/2017

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