GHOSAROSSIAN Delphine / FTV 2015

Cédric Klapisch : "Dix pour cent est une série au service des acteurs"

Homme de cinéma, Cédric Klapisch s'est laissé tenter par les séries pour la première fois de sa carrière. On a rencontré le réalisateur et directeur artistique de Dix pour cent, qui débute ce mercredi 14 octobre sur France 2. 

©Christophe Brachet / FTV

Cédric Klapisch sur le tournage de Dix pour cent (© Christophe Brachet / FTV)

Biiinge | Qu'est-ce qui vous a donné envie de tenter l'expérience de la télé ?

Publicité

Cédric Klapisch | J'aime beaucoup les séries en ce moment. Je n'en regardais pas beaucoup il y a 5 ans, et j'en suis de plus en plus aujourd'hui. Je me suis dit qu'il y avait une nouvelle forme de culture à explorer. J'ai accepté de participer à Dix pour cent après avoir lu les scénarios des deux premiers épisodes. Les personnages sont proches de mon univers. Il y a quelque chose de parisien assumé dans cette série. Je me suis aussi retrouvé dans l'humour très présent.

Quelle a été votre implication dans le projet ?

Je n'ai pas écrit le scénario mais plutôt apporté mes recommandations au travail de toute une équipe de scénaristes, chapeautée par Fanny Herrero. Dix pour cent est un projet très collectif. Les producteurs, les réalisateurs et France 2 étaient dans la discussion. Avec Lola Doillon et Antoine Garceau, on a évoqué tous les épisodes, pas seulement ceux que l'on a réalisé. 

Publicité

Avez-vous été partie prenante dans la venue de certains guests, comme Cécile de France ?

Ma présence a joué. Dix pour cent, ce sont des histoires de complicité et de collaboration. Avec un autre réalisateur, vous auriez peut-être vu une autre actrice. Cécile m'a fait confiance plus facilement parce qu'elle me connaissait.

"Deux acteurs qui jouent un couple de cinéma et se détestent en réalité, ça arrive tout le temps !"

Les autres guests de la saison 1 ont-ils été durs à convaincre ?

Publicité

Certains acteurs ont refusé, mais tous ceux qui ont accepté le projet ont dit oui très vite. On a même été étonnés de la facilité avec laquelle François Berléand, JoeyStarr ou Julie Gayet ont accepté de participer. Ils ont tous compris l'humour de la série, et ils étaient tous très enthousiastes à l'idée de jouer dans Dix pour cent.

©Christophe Brachet / FTV

Julie Gayet et JoeyStarr dans Dix pour cent (©Christophe Brachet / FTV)

Des "ménages" des actrices aux arrangements avec les impôts, on en apprend de belles sur le milieu du cinéma français en regardant Dix pour cent. Ça se passe vraiment comme ça en vrai ?

Publicité

Oui ! Les anecdotes viennent de Dominique Besnehard, qui a bossé pendant des années en tant qu'agent de star. Par exemple, sur l'épisode 5, Julie Gayet et Joey Starr jouent un couple d'amoureux dans un film, qui se détestent dans la réalité. Ce genre de choses arrivent tout le temps sur les plateaux, et c'était une situation vraiment comique à exploiter. Dans l'épisode 2, la compétition entre Line Renaud et Françoise Fabian est aussi un cas d'école dans le milieu. On hésite souvent entre deux acteurs, et ils sont au courant. Souvent, il y a entre eux de la courtoisie, mais aussi de la jalousie. 

France 2 vous a-t-elle posé des limites sur certaines anecdotes ou sujets sensibles ?

Pour ce qui est d'aborder l'homosexualité ou les questions de racisme, il n'y a pas eu de problèmes. Il y a de la censure sur les histoires non-consensuelles, qui abordent des choses comme la drogue ou l'alcoolisme. On avait une intrigue autour d'un jeune acteur qui tombait dans la dope. France 2 était pas trop client.

Il fallait faire attention à s'adresser à un public familial. De manière générale, j'ai quand même été plutôt étonné par la liberté qu'on a eu. On a pu se montrer audacieux. Mais c'est assez étonnant la télévision française. Vous avez des meurtriers en série et des pédophiles tous les soirs sur TF1, et par contre, il y a de la censure sur des phénomènes de société actuels.

Peut-on reconnaître une patte Cédric Klapisch dans Dix pour cent ?

Après avoir réalisé onze longs métrages, je ne cherche plus vraiment à imposer ma patte. Elle s'inscrit presque malgré moi. Sur Dix pour cent en plus, on était trois réalisateurs avec deux épisodes chacun à tourner. Les styles ne devaient pas trop se voir. L'idée était donc de filmer vite, car il faut du rythme pour le format télé.

"Vous avez des meurtriers en série [...] tous les soirs sur TF1. Par contre, il y a de la censure sur des phénomènes de société actuels."

Quelles différences avez-vous noté entre la réalisation d'un film et d'une série ?

Le temps gouverne vraiment la mise en scène. On est obligés de travailler à l'économie. La bonne mise en scène consiste à réussir à tourner tout ce qu'on a prévu en une journée (rires). La grande différence entre le monde du cinéma et la télé, c'est qu'on écrit longtemps. Dix pour cent a pris entre deux et trois ans, mais chaque épisode est tourné en 11 jours.

Il fallait caser du cinéma avec cette logique économique de tourner deux à trois fois plus vite que d'habitude pour moi. C'était difficile de trouver cette grammaire filmique et ce rythme sur un format de 52 min. On n'est pas dans une série policière type 24 heures chrono, avec du suspens et des flics qui courent partout. Il fallait un moteur, qui donne envie de voir la suite. C'est là tout le talent de Fanny Herrero et de son équipe.

©Christophe Brachet / FTV

JoeyStarr et Camille Cottin, qui incarne son agent dans la série. (©Christophe Brachet / FTV)

Quels sont été vos choix de mise en scène en fonction de ces contraintes ?

L'idée, c'était vraiment de se mettre au service du scénario et des acteurs. Dix pour cent est totalement au service des acteurs. On a envie de mettre en valeur leur personnalité. Selon le scénario, on a tourné en plan très large, avec des plans-séquences en mouvement pour refléter une idée de dynamisme ou en très gros plan sur les acteurs pour donner de la proximité. On n'avait pas d'idée préconçue et on n'a pas créé de charte. Il fallait être au service du sens de la scène.

Avez-vous eu votre mot à dire sur la partition musicale de Dix pour cent ?

Oui, cela faisait partie mes attributions en tant que directeur artistique de la série. Je me suis occupé du générique et de la musique, que j'ai confié à Loïc Dury. Avec son groupe Kraked Unit, il s'occupe de mes films [Paris, Les Poupées Russes, Peut-être, ndrl].

"On devra probablement refuser des guests en saison 2."

 Avez-vous en tête d'autres acteurs guests pour la saison 2, que vous n'avez pas pu avoir en saison 1 ?

Après la première saison, je pense qu'on va avoir des coups de fil naturels d'acteurs (rires). Cette série est tellement au service des acteurs que je pense qu'on va avoir des problèmes de riches en saison 2. On devra probablement refuser du monde.

Êtes-vous prêts à vous impliquer à nouveau dans une série ? 

L'expérience a été super concluante. C'est vraiment une autre façon de raconter des histoires. J'ai été remué et j'ai senti une émulation très positive. Ca m'a donné très envie de refaire des séries. Il faut multiplier les expériences de toute façon.

DIX POUR CENT

La relation entre Nathalie Baye et sa fille Laura Smet est au centre d'un épisode de Dix pour cent. (©Christophe Brachet / FTV)

Pensez-vous continuer à réaliser des épisodes de la saison 2 de Dix pour cent ou passer la main ?

On n'en a pas encore vraiment discuté avec les producteurs, mais ce serait bien que je passe la main. Ça s'inscrit dans la notion d'œuvre collective qui existe sur une série, et beaucoup moins au cinéma, où le réalisateur est un peu le seul maître à bord. Si Dix pour cent a plusieurs saisons, je trouve ça bien de répartir les tâches sur plusieurs réalisateurs.

Quels sont vos projets à venir après Dix pour cent ?

Je suis actuellement en tournage d'un long métrage en Bourgogne, sur le monde des vignerons, avec Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil, le seul rescapé de Dix pour cent. Le film s’appellera Le vin et le vent.

Par Marion Olité, publié le 14/10/2015

Copié

Pour vous :