Fearless : un thriller britannique efficace, entre Homeland et Top of the Lake

Avis aux amateurs de séries britanniques, la chaîne ITV nous offre un court polar comme on les aime, avec pour héroïne la géniale Helen McCrory.

Dès le trailer, le ton est donné. Mais c’est le générique qui nous fait basculer un peu plus dans l’univers brumeux de Fearless. On y suit une petite fille un peu flippante, un nounours à la main, arpentant lentement un mur sur lequel sont projetées de nombreuses images d’archives : le poster de propagande “Labour isn’t working” du Parti conservateur de 1979, un discours de Donald Trump, des manifestations “Not Afraid”, la grève des mineurs anglais ou encore un discours de Margaret Thatcher. Toutes ces références résument ce que l’on peut trouver dans la série : de la politique, de l’injustice et du meurtre.

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Néanmoins, nous ne sommes pas face à un énième procedural, la réalisation so british nous happant facilement. À mi-chemin entre Homeland et Top of the Lake, la nouvelle série de la chaîne britannique ITV sort un peu des sentiers battus en se focalisant sur le parcours d’une avocate, spécialiste des droits de l’homme. Produite par Mammoth Screen, à qui l’on doit Downton Abbey, la série Fearless offre une intrigue qui n’est, somme toute, pas révolutionnaire mais qui excite notre curiosité, la mise en scène de l’enquête rendant la série prenante.

On suit le parcours d’Emma Banville, connue pour défendre les causes perdues, qui va aider une mère de famille à prouver l’innocence de son ex-compagnon, Kevin Russell, qui croupit en prison depuis quatorze ans pour pédophilie et homicide. L’avocate va alors rouvrir l’enquête sur le meurtre d’une jeune étudiante afin de libérer Kevin, qu’elle pense innocent. Plus l’avocate progresse dans son investigation, plus elle est confrontée aux pressions du pouvoir, de la police et des services de renseignement lui barrant la route de la vérité.

Le charme britannique

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© ITV

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L’ingrédient majeur qui fait le succès et le charme des séries britanniques, c’est peut-être bien sa météo. Là-bas, il pleut, il fait sombre, il fait froid. De quoi rendre l’atmosphère tendue, voire plombante, ce qui est idéal pour une série suivant une enquête de meurtre. Il est, par ailleurs, indéniable que nos voisins d’outre-Manche sont plus doués que nous pour pondre ce genre de shows à la télévision, même si dans Fearless, l’histoire en elle-même ne casse pas trois pattes à un canard. La victime, teen populaire blonde qui cache de sombres secrets, est devenue un trope dans le monde sériel. L’adolescente en question se nomme Linda Simms et avait 15 ans au moment des faits, attirant des hommes très louches autour d’elle.

C’est donc dans cette affaire sordide qu’Emma Banville va replonger, et son investigation va faire rager les autorités britanniques, mais surtout les services secrets américains. C’est là que l’histoire devient intéressante. Si les patelins anglais nous présentent l’indémodable lutte entre le pouvoir et le peuple, dans un climat austère, l’influence des États-Unis apporte une double lecture à l’intrigue. En effet, contrairement à d’autres séries made in Great Britain, qui aiment faire la part belle au charme sombre du paysage britannique, Fearless aime franchir les frontières et le "mur" séparant l’Angleterre des autres continents. En repoussant les limites, on comprend que les ennemis ne viennent pas que de l’intérieur et que le complot auquel fait face Emma Banville possède une dimension internationale.

Par ailleurs, le talent de l’actrice principale, Helen McCrory, connue pour ses rôles dans Harry Potter, Peaky Blinders et Penny Dreadful, fait d’Emma Banville une héroïne atypique et puissante. Comme le nom de la série l’indique, elle est "fearless", comprenez "sans peur", et n’hésite pas à mettre son nez partout, entre deux bouffées de cigarillo. L’avocate qui défend les causes perdues a plusieurs cordes à son arc, étant le point central auquel se rattachent tous les autres personnages, comme les hommes de sa vie : son "partner in crime", Dominic Truelove, un ex-flic, et son compagnon Steve, avec qui elle essaie d’adopter.

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© ITV

Mais Emma Banville doit aussi affronter deux femmes à sa hauteur, Olivia Greenwood, ancienne inspectrice désormais au service de lutte antiterroriste, et Heather, une énigmatique Américaine des services secrets préservant les intérêts d’un mystérieux personnage de la haute société britannique. Elle essaie aussi de protéger, tant bien que mal, Miriam et son fils, qu’elle défend des services d’immigration, après avoir aidé le père de famille, médecin en Syrie. Par ailleurs, l’avocate doit aussi gérer son père, qui est à l’hôpital après un AVC. La vie personnelle chaotique d’Emma est évidemment fortement endommagée par son enquête.

C’est sur les solides épaules de cette héroïne singulière que la série repose, certains des personnages secondaires étant trop lisses et mal exploités. Mais l’intrigue tient la route, l’enquête est prenante et surtout, Fearless ne manque pas de rythme, nous incitant à dévorer les épisodes comme des petits pains. À l’ère de la Peak TV, il est toujours agréable de faire un écart dans nos programmes de binge-watching intensif avec des séries courtes et autres mini-séries haletantes comme savent si bien le faire les Britanniques, à l’image de Southcliffe ou Happy Valley. Cette première saison de Fearless, composée de six épisodes, est à consommer sans modération comme une parfaite mise en bouche sérielle avant un été qui s’annonce chargé.

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La première saison de Fearless est en cours de diffusion sur ITV. Il n’y a pas encore de diffusion prévue en France.

Par Mégane Choquet, publié le 28/06/2017

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