Il faut qu’on parle du final lumineux de Halt and Catch Fire, après quatre saisons brillantes

Puisque Halt and Catch Fire vient de terminer sa course sur AMC, il était temps de lui rendre l’hommage qu’elle mérite.

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On parle souvent de Halt and Catch Fire comme de "la meilleure série que personne ne regarde". C’est la croix à porter de ces fictions exigeantes, au postulat par hyperglamour (ici, l’essor de l’informatique domestique, du PC à Internet, en passant par les jeux en réseau), comme la regrettée Rubicon. Mais vous auriez tort de vous laisser rebuter par le milieu très peu "user friendly" de l’informatique.

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Même sans maîtriser le charabia, et même en étant allergique à la mode nostalgique qui semble frapper nos écrans depuis quelques saisons, Halt and Catch Fire a tellement plus à offrir, et elle le démontre avec brio dans un final à fleur de peau. Les créateurs Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers ont fait de leur bébé une rareté télévisuelle : en quatre saisons, c’est un quasi sans faute. Série à la fois grise et lumineuse, sur les révolutions technologiques et le sur-place de ceux qui les font, et où les ambitions se heurtent aux idéaux.

Connecting people

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Donna, Gordon, Cameron et Joe. Quatre visionnaires qui pourraient devenir des symboles du rêve américain, de la méritocratie par excellence. Ce sont celles et ceux qui ont les idées et savent les vendre. Capables de flairer le changement et donner l’impulsion de révolutions technologiques. Mais la morale de l’histoire, finalement, c’est que le mérite n’est pas nécessairement une qualité qui vous fait entrer dans l’Histoire. C’est toujours le rouleau compresseur que sont les firmes de la Silicon Valley qui a le dernier mot, et qui donne la cadence des innovations.

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Nos quatre héros font face aux tempêtes pour, finalement, toujours renaître de leurs cendres. La métaphore est filée jusqu’au bout, dans le dernier épisode, où cet éternel recommencement se matérialise au-dessus de Cameron et Donna, sous la forme d’un phœnix (qui fait à son tour écho au "catch fire" du titre). Cette nouvelle aventure qu’elles imaginent à deux et qui décrit la même trajectoire qu’elles ont déjà vécue : leur idée décolle, mais à la fin, leurs divergences d’opinions finissent par les séparer. Elles pourraient rêver d’un happy end, mais non. "On continuait de perdre du terrain. Et on se disputait sur la direction que devait prendre la compagnie…", déplore Cameron.

C’est ce qui arrive à chacune des relations de la série, qu’elles soient amoureuses (Donna/Gordon, Joe/Cameron) ou amicale (Cameron/Donna, Joe/Gordon) : on s’aime, on s’éloigne, on se dispute, on se sépare, le temps fait son office, puis on se réconcilie, on s’aime de nouveau, et rebelote. Et à chaque fois, ce qui les lie, c’est que ces quatre-là sont désespérément seuls. Ils ne peuvent pas vivre séparément, mais vivre ensemble devient rapidement impossible. Eux qui rêvaient de connecter les gens, via des réseaux et des algorithmes, n’ont jamais tout à fait trouvé la formule qui cimenterait leurs relations.

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Cameron et Joe ont passé quatre saisons à jouer à "Fuis-moi, je te suis. Suis-moi, je te fuis", pour finalement se laisser bercer (ou berner) par l’illusion qu’ils pourraient être un couple "normal", et se convaincre que ça pouvait marcher. Depuis le début, Joe le sait, Cameron est son âme sœur. "It’s you. It’s always been you" ("C’est toi. Ça a toujours été toi"). Ces deux-là ensemble, c’était beau comme une tragédie. Pourtant, que cette fin fut belle, satisfaisante et pleine d’espoir. Ces deux femmes qui regardent l’avenir. Et ce baratineur de génie qui nous laisse sur ce point d’interrogation, comme s’il débutait une conférence TEDx : "Let me start by asking you a question…" ("Laissez-moi commencer par vous poser une question…"), au son de "Solsbury Hill" de Peter Gabriel.

Mais quand tout a été fait et que le bonheur nous échappe encore, on le sait, le reboot est nécessaire. À l’instar de Donna qui, de femme au foyer dans le pilote s’élève peu à peu et devient une femme d’affaires émérite. Comme le montre le series finale, elle ne se sent jamais aussi vivante que lorsqu’elle a une idée. Un muscle que son cerveau, comme elle le déplore dans ces derniers épisodes, n’a pas utilisé depuis trop longtemps.

Cette épiphanie gardera tout son mystère. Peu importe l’objet de son excitation, ce que la série nous dit ici, dans ses ultimes minutes, c’est que ce n’est pas le but à atteindre qui est important, c’est le voyage pour y parvenir. Depuis le début, c’est le mojo de Halt and Catch Fire : "Computers aren’t the thing. They’re the thing that gets you to the thing" ("Les ordinateurs ne sont pas tout. Ils sont un moyen d’accéder à ce tout").

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La saison 4 de Halt and Catch Fire sera diffusée sur Canal+ Séries, à partir du 15 novembre.

Par Delphine Rivet, publié le 24/10/2017

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