Friends From College : des potes d’université loin d’être parfaits

Ou quand le réseau social Copains d’avant rencontre le monde piquant de You’re the Worst.

Avec Master of None et Grace and Frankie entre autres, la plateforme Netflix a prouvé qu’elle savait produire des dramédies de bonne facture. Touchantes par moments, désopilantes à d’autres, les comédies hybrides du géant américain optent pour un juste mélange des genres. Une chose que Friends From College, le tout dernier bébé de l’entreprise de streaming, ne parvient pas à maîtriser. On décèle facilement les intentions de la série, mais au niveau de l’exécution, ce n’est pas tout à fait ça.

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Créée par Nicholas Stoller (Nos pires voisins) et son épouse encore novice dans le game Francesca Delbanco, Friends From College se focalise, comme son titre transparent l’indique, sur une bande de potes qui se sont rencontrés lors de leurs années fac à Harvard. On est alors présentés à Ethan, écrivain en galère, et Lisa, sa femme fraîchement embauchée dans une grande firme new-yorkaise. Il y a ensuite Sam, la working woman friquée, Nick, le déconneur sans emploi (mais pété de thunes), Max, l’éditeur de son meilleur ami Ethan, et enfin Marianne, l’artiste un peu perchée du groupe.

© Netflix

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Le point départ du show ? Le couple phare de la clique, formé par Keegan-Michael Key (Key & Peele) et Cobie Smulders (How I Met Your Mother), délaisse sa vie à Chicago pour revenir à la Big Apple qu’il connaît si bien. C’est l’occasion pour les amoureux de renouer avec leurs amis, mais surtout pour Ethan d’être constamment confronté à Sam, avec qui il trompe sa moitié ponctuellement depuis leurs années à l’université. Soit un adultère qui dure depuis une vingtaine d’années. Leur relation extraconjugale restera le fil conducteur de cette saison inaugurale, composée d’à peine huit épisodes.

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"Nous sommes d’horribles personnes", concluent les deux amants cachés après s’être fait choper en train de forniquer dans leur voiture. Oui, mais rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Dans Friends From College, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Si certains, comme Max ou Marianne, peuvent avoir des qualités rédemptrices, les autres sont tout bonnement des individus immatures, inconscients, égoïstes, ingrats… La liste peut continuer longtemps.

Alors oui, cette dernière décennie a vu monter en puissance l’archétype de l’antihéros avec des séries comme Breaking Bad ou Mad Men. De fait, il n’est pas nécessaire d’avoir un protagoniste bienveillant pour le rendre appréciable. Dans le cas de Friends From College, cela n’aurait pas fait de mal. À l’image de Girls, mater le show provoque un sentiment de frustration incomparable. Pourquoi ? Tout bonnement car il est impossible de comprendre comment les personnages peuvent encore être amis. Leur amitié est corrosive et ne fait que les tirer vers le bas. Un fait que Felix, le boyfriend de Max, fait remarquer, ne parvenant pas à saisir les raisons qui les poussent encore à traîner ensemble.

© Netflix

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Cependant, a contrario de Lena Dunham et ses Girls, la dernière dramédie de Netflix ne sait pas quelle direction prendre, ni quel message faire passer. Après avoir binge watcher la saison, on se retrouve avec un sentiment de vacuité. Était-ce un encouragement à maintenir des relations nocives quoi qu’il advienne ? Une promotion pour l’adultère ? La seule motivation qui pousse à regarder Friends From College, c’est l’éventualité que toutes les embrouilles soient révélées au grand jour et qu’enfin, chaque membre de la bande se remette en question.

Étrangement, en dépit de ces défauts apparents, la série du tandem Stoller/Delbanco n’est pas déplaisante à visionner. On sent la patte de son créateur grâce à des moments potaches à la limite du too much et il y a plusieurs running gags qui s’avèrent particulièrement bien maîtrisés. Friends From College comporte également son petit lot de caméos remarqués, de Seth Rogen à Kate McKinnon, hilarante en auteure de littérature young adult timbrée.

Puis, l’un des points forts de la série : les dialogues. Ces derniers sonnent juste, notamment par les personnalités des membres de la bande qui sont bien délimitées, et confèrent au show une dimension authentique. En définitive, Friends From College, c’est surtout des grands ados qui ne réussissent pas à agir comme des adultes. Pour la faire encore plus courte, la dernière production de Netflix prend des airs de You’re the Worst, la profondeur et l’empathie en moins.

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Par Florian Ques, publié le 17/07/2017

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