On ne peut que ployer le genou devant la toute-puissance de Game of Thrones

La saison 7 de GoT s’est achevée sur un épisode époustouflant, même si la série a tendance à se diriger vers du pur "fan service". Attention, spoilers.

©️ HBO

C’est fini pour cette année. La saison 7 de Game of Thrones est passée aussi vite cet été qu’un corbeau parcourant le trajet entre le Mur et Peyredragon. Trêve de vannes sur le temps qui s’écoule, plus gros running gag de Game of Thrones depuis le "Valar Morghulis" des Sans-Visage, cette saison était clairement impressionnante. Visuellement, la série de HBO est allée plus loin qu’aucune autre production télévisée, multipliant les plans iconiques sur les dragons de Daenerys à faire pâlir les T-Rex de Spielberg. Sérieusement, c’était du grand art et les batailles telle que la "Loot Train Attack" étaient jouissives à regarder.

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Au final, le dernier épisode de cette saison, "The Dragon and the Wolf", était une parfaite représentation de la saison : impériale, rythmée et épique. Mais elle était aussi trop bien-pensante pour GoT, voire carrément à la merci du fan service. Force est de constater que les showrunners D.B. Weiss et David Benioff sont moins audacieux en termes d’écriture depuis qu’ils ont dépassé la saga littéraire de George R.R. Martin. Et le meilleur exemple en est bien évidemment le personnage de Littlefinger, passé de protagoniste fascinant à chair à canon pour les fans en manque d'"Aryamania".

Trop de fan service tue le fan service…

Laissez-moi m’expliquer avant de me lyncher en place publique de Port-Réal. Dans les bouquins, Petyr Baelish est un homme encore plus rusé et intelligent que sous les traits d’Aidan Gillen. Dans la série, il est en revanche devenu insipide depuis sa prise de pouvoir au Val. L’homme qui agit dans l’ombre n’est devenu que l’ombre de lui-même. Comme cela saute aux yeux lorsque Sansa récite ses chefs d’accusation à Winterfell, Littlefinger a commis un nombre incalculable de crimes et de magouilles au sein du royaume des Sept Couronnes. Il était le véritable maître du jeu des trônes, remplacé au pied levé par Cersei cette saison, manipulant ses pions comme le Garry Kasparov de Westeros. Mais il a été vaincu par deux gamines, aussi badass soient-elles… Difficile à croire.

En le tuant, les scénaristes ont symboliquement mis fin à ce Risk politique pour se concentrer sur la partie dark fantasy de Game of Thrones. Si d’un côté, on ne peut reprocher aux showrunners de vouloir conclure la série, on aimerait éviter de passer par cet étalage de fan service. Combien de vos potes vous ont dit combien il était jouissif de voir Littlefinger tomber, qui plus est de la main d’Arya ? Qui ne shippe pas la relation entre Jon et Dany ? Qui n’a pas kiffé un plan gratos sur les fesses de Kit Harington ? Et surtout, qui a pensé un seul instant que Tyrion et Jaime allaient vraiment subir le courroux de Cersei et trépasser de sa main ? Personne, et c’est bien ça le problème actuel de Game of Thrones.

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Elle était la série surprenante par excellence, celle qui te prenait à la gorge dès son neuvième épisode en exécutant le héros apparent de l’histoire. Celle qui a lancé toute une génération de mèmes sur les réactions poussives mais hilarantes des spectateurs devant le Red Wedding, celle qui osait tout et n’importe quoi quand il s’agissait de revoir à la hausse les enjeux autour d’un personnage.

©️ HBO

Aujourd’hui, même les scènes de sexe sont d’une tendresse infinie – et c’est tant mieux me direz-vous surtout pour le traitement des personnages féminins, qui n’a pas toujours été irréprochable dans la série –, mais ne serait-ce pas une énième preuve que les scénaristes ont peur de commettre des erreurs ou de dénigrer un de leurs personnages pour mettre en scène les événements que veulent voir les fans ? En atteste l’amour incestueux finalement consumé entre Jon et Dany, attendu de tous, alors que sept saisons plus tôt on était écœurés de voir un frère et une sœur blondinets s’envoyer en l’air dans une tour de Winterfell.

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Mais depuis la résurrection de Jon, et donc le dépassement de l’intrigue des livres par la série, plus personne ne semble en danger. Bien sûr que mon cœur serait brisé si un des frères Lannister venait à tomber, mais c’est aussi pour cette perversité sordide, celle d’assister à la chute de nos chouchous, que l’on aime autant cette série. Car c’est grâce à cette insolence scénaristique vis-à-vis des spectateurs que Game of Thrones gagnait paradoxalement notre respect : par son envie de se départir des codes vus et revus du pathos et de faire de son imprévisibilité son fil rouge. 

Au final, malgré la musique transcendante de Ramin Djawadi, le jeu convainquant des acteurs, les rencontres entres les personnages majeurs de la série, les enjeux de cette saison sont revus à la baisse, les intrigues plus prévisibles qu’auparavant (merci aux leaks sur Internet) gâchant quelque peu la surprise et l’excitation des spectateurs. Même la chute du Mur, visuellement impressionnante et répondant enfin à la question existentielle de vos discussions de comptoir de ces derniers jours (le dragon crache des flammes bleues et a été clairement upgradé par le roi de la Nuit), n’est là que pour satisfaire le désir obsessionnel du cliffhanger final recherché par le spectateur. Un procédé narratif qui permet d'enclencher moult spéculations sur l’avenir de nos héros avant la saison 8, prévue pour fin 2018 voire 2019, et de continuer à faire monter la hype autour de l’ultime chapitre du show.

Mais on s’en fout un peu, non ?

Game of Thrones a ses défauts comme Breaking Bad, Lost ou The Walking Dead avant elle. Mais on pardonne facilement à ces séries leurs incohérences scénaristiques, les deus ex machina ou et autre effet CGI relativement raté, tant elles nous font voyager, Game of Thrones en tête. Le show nous a invités à pénétrer dans un tout nouvel univers où les dragons existent et la magie se cache derrière chaque prophétie. A-t-on déjà vu une créature ailée mort-vivante cracher du feu bleuté et réduire en cendres un mur gigantesque à la télévision ? Non, car seul Game of Thrones peut se le permettre.

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Game of Thrones est et restera l’une des séries les plus spectaculaires de notre époque. Si elle a tendance parfois à tomber dans les bons sentiments, difficile de lui en vouloir tant elle nous a martyrisés (et les Stark avec) pendant au moins quatre saisons. Désormais, l’heure est à la vengeance des opprimés, à celle des retrouvailles inespérées, à la victoire du bien contre le mal. Une vision manichéenne située à l’opposé de l’ADN de la série, mais qui fait forcément plaisir à voir tant nous avons appris à reconnaître les coups d’éclat des Lannister, de Daenerys et de la clique Stark, voire des personnages secondaires comme le Limier, finalement terriblement attachant.

©️ HBO

Car la force de Game of Thrones, c’est avant tout la construction de ses personnages ô combien travaillés et retravaillés jusqu’à l’épuisement. L’évolution radicale de Jaime depuis sa rencontre avec Brienne en est le parfait exemple. Désormais, chaque protagoniste approche de la fin de son arc narratif, embrassant son destin qu’il s’agisse de se sacrifier ou de devenir le légendaire Azor Ahai.

Littlefinger a fait les frais de cette fresque de personnages immense en étant sacrifié sur l’autel de la série chorale, au profit du fan service et de la convergence des pluri-intrigues. Tant pis, tant mieux, il y aura toujours une nouvelle intrigue pour nous faire hurler de tristesse ou sourire de plaisir. Le Mur est tombé, la dernière bataille des Sept Couronnes est enclenchée et les théories les plus farfelues ont déjà commencé à fleurir sur la Toile. Car Game of Thrones est le cri du cœur de toute une génération, l’œuvre populaire par excellence. Personne, surtout pas HBO, n’a véritablement envie de quitter cette terre de merveilles et de souffrances, une représentation finalement pas si aberrante ou éloignée de notre propre monde.

Par Adrien Delage, publié le 29/08/2017

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