Pourquoi la future série des showrunners de Game of Thrones, Confederate, crée déjà la polémique

HBO a pris la parole pour défendre le projet.

Les showrunners de Game of Thrones ont abordé le thème de l’esclavage, notamment à travers les personnages de Missandei et Ver Gris, anciens esclaves libérés par Daenerys et devenus de proches conseillers de la Mère des dragons. (©️HBO)

Il y a deux semaines, on apprenait que les showrunners de Game of Thrones, D.B. Weiss et David Benioff, planchaient sur leur prochaine collaboration avec la chaîne câblée, un projet de série intitulé Confederate. Dans la mouvance de The Handmaid’s Tale ou The Man in the High Castle, cette uchronie va imaginer un monde aux États-Unis, dans lequel les États du Sud auraient réussi à faire sécession avec ceux du Nord et pratiqueraient encore l’esclavage.

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On ne connaît pas l’époque exacte à laquelle se tiendra le show, mais le pitch précise qu’on est à l’aube d’une troisième guerre civile américaine, ce qui sous-entend qu’une partie de la société américaine a continué à évoluer durant plusieurs générations en perpétuant l’esclavage. Et c’est là que le bât blesse.

Ce choix de sujet n’a pas plu à tout le monde. Sur Twitter, de nombreux internautes ont protesté, en utilisant le hashtag #noconfederate le soir de la diffusion de Game of Thrones sur HBO, le propulsant dans les Top Tendances.

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"Parce que la terreur qu’inspirent les suprémacistes blancs est une réalité pour les personnes de couleur. Ce hashtag ne devrait pas exister en 2017"

"À chaque fois que j’entends quelqu’un défendre l’esclavage, j’éprouve une forte envie de le lui voir appliqué personnellement." - Abraham Lincoln

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"On ne veut pas voir de série en mode "ET SI" sur l’esclavage, seulement des faits… Arrêtez de traumatiser les Afro-Américains"

Face à cette volée de bois vert, HBO a décidé de prendre la parole via un communiqué officiel. Voici ce que la chaîne câblée a répondu : "Nous avons le plus profond respect envers le dialogue et l’inquiétude exprimée concernant Confederate. Mais nous avons aussi toute confiance en Nichelle, Dan, David et Malcolm [les scénaristes] pour aborder ce sujet avec tact et sensibilité. Ce projet en est encore à un stade embryonnaire, donc nous espérons que les spectateurs réserveront leur jugement tant qu’ils n’ont encore rien vu."

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On peut comprendre la position des deux parties : les uchronies qui imaginent une histoire alternative du pire – comme The Man in the High Castle dans laquelle les Nazis ont gagné la seconde guerre mondiale – provoque toujours de vives réactions. Et pourtant, elles participent d’une façon provocante ou tortueuse au devoir de mémoire : se souvenir de comment on en est arrivé à commettre le pire, pour ne jamais le reproduire.

À la façon de The Handmaid’s Tale, qui imagine un monde dans lequel les femmes ont perdu tous leurs droits (une réalité dans plusieurs pays et au cours de l’Histoire), Confederate pourrait évidemment dénoncer l’esclavage mais aussi montrer en quoi cette douloureuse histoire continue de peser, 150 ans après son abolition, de mille façons différentes sur les conditions de vie des Afro-Américains. Et in fine, ouvrir le dialogue sur un sujet indissociable de l’Histoire des États-Unis, qu’il vaut toujours mieux aborder publiquement que passer sous silence, en espérant que les tensions raciales se règlent d’elles-mêmes.

Par Marion Olité, publié le 01/08/2017

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