On a parlé de Hodor, du changement climatique et de gueule de bois avec le cast de Game of Thrones

Biiinge a rencontré quatre interprètes de Game of Thrones le temps d’une table ronde à Londres. Une interview garantie sans spoils, mais avec beaucoup de second degré.

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Aidan Gillen (Littlefinger) et Isaac Hempstead Wright (Bran)

Isaac, est-ce que c’était difficile de grandir tout en tournant dans Game of Thrones ?

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Isaac Hempstead Wright | Pour être honnête, je ne retiens que du positif de cette expérience. Je pense que le plus difficile est de garder une distance avec la fiction. Et de se balader dans la cour de l’école. J’ai commencé Game of Thrones à l’âge de dix ans, donc c’est une partie importante de ma vie. Mais c’est toujours un plaisir de me rendre à cette espèce de "camp d’été" chaque année [rires].

Être sur le tournage, c’était comme être dans une deuxième école. J’ai appris tellement de choses avec Game of Thrones, auprès des acteurs vétérans, dans les tables rondes, ça m’a influencé.

Qu’est-ce que ça vous fait de perdre un personnage aussi important que Hodor ?

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Isaac Hempstead Wright | C’était terriblement gênant de le voir mourir. La révélation concernant son identité était intelligente et ça rend sa mort encore plus tragique. Et Bran encore plus arrogant [rires]. Hodor s’est sacrifié pour ce pauvre mec, sérieusement, c’est tellement triste ! Le destin de Hodor était enfermé dans ce tout petit but, celui de sauver Bran et d’être pris au piège de cette boucle temporelle.

En plus, j’ai perdu Kristian [Nairn, l’interprète de Hodor, ndlr], mon plus fidèle compagnon sur le tournage. Et Bran a aussi perdu son loup-garou, qui était son plus fidèle allié. Il doit aussi composer avec un plus gros poids sur les épaules en devenant la nouvelle Corneille à trois yeux. Il n’a plus le temps de s’entraîner alors qu’il n’est pas prêt à assumer ses responsabilités.

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©️ HBO

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Aidan, vous incarnez un politicien manipulateur dans la série. Est-ce que vous vous êtes inspiré d’un politicien en particulier pour ce rôle ?

Aidan Gillen | Physiquement, de Peter Mandelson [un ancien premier secrétaire d’État du Royaume-Uni en 2009 sous la direction de Gordon Brown, ndlr]. Je voulais un côté mauvais et ce mec a un surnom comme le "prince des ténèbres" donc c’était parfait. C’était machiavélique, mais ça m’a aidé. Sinon, j’évite de l’apparenter à d’autres personnalités connues.

Qu’est-ce que ça vous fait de savoir que votre personnage fut le premier à foutre le bordel à Westeros ?

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Aidan Gillen | C’est jouissif. Je ne pense pas qu’il soit un psychopathe, plutôt un sociopathe assez drôle au final. Il essaie de bien s’entendre avec tout le monde, alors qu’il est conscient d’avoir instauré le chaos sur tout le continent. C’est amusant à jouer, je dois tout faire pour que les autres personnages m’apprécient et, au fond, les spectateurs m’aiment pour ça. C’est un personnage séduisant, car il est mystérieux et complexe. Il est très fun à jouer.

Qu’est-ce que vous préférez dans le personnage de Littlefinger ?

Aidan Gillen | Le jeu. De monter les gens les uns contre les autres, la satisfaction de voir les pièces du puzzle s’imbriquer comme il le souhaite. C’est le contrôle ultime, c’est son pouvoir. C’est aussi une dangereuse position pour lui, mais il n’a peur de rien. Si j’avais un conseil à vous donner en tant que Littlefinger, je vous dirais "ne faites confiance à personne" [rires].

Quel sort mérite vos personnages selon vous ?

Aidan Gillen | Ça dépend. Certains spectateurs préféreraient voir Littlefinger s’asseoir sur le trône, tandis que d’autres aimeraient le voir brûler. Je ne sais pas trop, mais ce type est un survivant. Et puis, c’est dur de répondre en tant qu’acteur, je n’ai aucune envie de le voir partir.

Isaac Hempstead Wright | C’est clair, et Bran mérite aussi de rester en vie. D’une certaine manière, il a transcendé le genre humain avec ses pouvoirs. Il est ambitieux, il sait qu’il est important pour l’avenir et qu’il a des responsabilités à tenir. Une fois qu’il aura accompli sa tâche, il pourra profiter de ses derniers jours en tant que Corneille à trois yeux.

Liam Cunningham (Ser Davos) et Carice Van Houten (Melisandre)

Que peut-on attendre de vos personnages en saison 7 ?

Liam Cunningham | Le monde s’écroule. Tout va s’accélérer cette saison vu qu’il n’y a que sept épisodes au lieu de dix et qu’on a passé autant de temps à les tourner. De ce que j’ai pu voir, ça va être beaucoup plus cinématographique, car ils avaient plus d’argent pour chaque épisode. L’échelle et les nouveaux décors vont vous estomaquer. Ils sont sublimes. Vous pouvez repérer quelques indices dans le premier teaser qui annonce d’importants bouleversements politiques.

C’est une saison exceptionnelle sans aucun doute. Les précédentes vont ressembler à des porcelets à côté de celle-ci (sic). C’est Game of Thrones bordel, vous allez forcément être épatés ! Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Maintenant que vous avez fondé une famille Carice [l’actrice a donné naissance au petit Monte l’année dernière, ndlr], est-ce que vous avez un regard différent sur la série ?

Carice Van Houten | Complètement. Je pense que je n’aurais jamais pu tourner la scène de la mort de Sheereen en tant que mère. D’ailleurs, ce fut vraiment ma scène de la série la plus difficile à tourner. Je n’arrivais pas à comprendre comment c’était possible, c’est une chose atroce. Et maintenant, je pense que je ne pourrais plus jamais regarder une telle scène à la télévision, encore moins avec des enfants ou des animaux. Je ne sais même pas si je pourrais encore regarder cette séquence de Game of Thrones !

Est-ce vous gardiez votre bébé avec vous sur le tournage ?

Carice Van Houten | Non, car je devais tourner pendant six semaines après avoir donné naissance, c’était vraiment trop tôt. J’ai eu des moments difficiles. Un soir, j’étais dans la salle de repos des acteurs et j’ai fondu en larmes [Carice Van Houten avait d’ailleurs l’air épuisé tout au long de l’interview, ndlr]. Je me sentais seule. Je sais que c’est une série géniale et qu’on compte sur moi, mais quand vous avez un bébé, rien d’autre n’importe vraiment.

L’année dernière, on a vu Melisandre sous son vrai visage : une femme très âgée. Était-ce un choc pour vous ?

Carice Van Houten | Je n’avais absolument aucune idée de ce à quoi j’allais ressembler. Je me souviens m’être assise dans la salle de maquillage pendant six heures, être retournée dans ma loge, avoir regardé dans le miroir et hurlé : "Bordel !" [rires]. C’était vraiment bizarre, mais j’ai aimé ça.

Liam Cunningham | Ça reste un de mes moments préférés dans la série. Toute cette peau qui s’évanouit et ce regard plein de solitude… Je trouve que ça humanise Melisandre. On voit cette vieille femme se regarder dans le miroir et aller au lit. C’est très triste, très austère, très mélancolique. Ça colle parfaitement à l’ambiance de Game of Thrones.

Vous avez reçu des menaces de mort sur Twitter après l’exécution de Sheereen. Que vous ont dit les internautes après la résurrection de Jon Snow ?

Carice Van Houten | J’ai reçu des demandes en mariage [rires]. D’autres voulaient que je devienne présidente. Et je leur répondais : "Je vous avais prévenu". Et puis ce n’était pas vraiment des menaces de mort, c’était plus des insultes comme "crève, salope".

Liam Cunningham | Ça venait de moi [rires] !

De nombreux fans comparent les Marcheurs blancs à une métaphore du changement climatique. Qu’en pensez-vous ?

Liam Cunningham | Oui, ça vient aussi de moi, c’est mon dossier et c’était ma volonté de mettre un putain de glaçon en train de fondre pour teaser la nouvelle saison [rires]. Plus sérieusement, ce n’est pas une idée idiote de les comparer. Dans Westeros, nous refusons d’admettre l’existence des Marcheurs blancs, c’est un mythe, c’est une légende. De toute évidence, aucun personnage ne les voit vraiment venir. Aucune armée, aucune Daenerys, aucun Jon Snow, aucune Cersei ne sera capable de les vaincre. Ils sont très difficiles à vaincre. Un peu comme le changement climatique en réalité.

Carice Van Houten | Je ne sais pas quelle est l’interprétation de George R.R. Martin, mais pour moi les Marcheurs blancs symbolisent la mort. Que vous soyez un roi, un sujet, un homme ou une femme, vous ne pouvez leur échapper.

Ressentez-vous de l’empathie pour Melisandre malgré tous les actes horribles qu’elle a commis ?

Carice Van Houten | Ça a toujours été difficile de la défendre, je devais toujours me battre comme une folle pour elle lors des tables rondes. Je leur disais : "Vous verrez, elle agit pour le bien commun". J’étais très heureuse quand elle a reconnu qu’elle avait tort. Elle est devenue plus humaine à ce moment-là. En tant qu’actrice, c’est beaucoup plus agréable à jouer. Elle laisse exploser sa bulle, elle est plus vulnérable et sensible. J’ai toujours essayé de ne pas l’incarner en tant que méchante, mais comme quelqu’un qui pensait faire le bien en sacrifiant ses émotions. Car sans elle, certains personnages seraient perdus.

La plupart de ses pouvoirs proviennent de son regard et de sa sexualité. Est-ce que vous pensez que Melisandre est un personnage féministe ?

Liam Cunningham | Je ne suis pas d’accord. Ses pouvoirs ne tiennent pas que de son physique. [Il prend une voix très grave et bombe la poitrine] On utilise tous ce qu’on a à disposition [rires]. Ça ne veut pas dire que c’est la bonne solution.

Carice Van Houten | C’est surtout une femme qui est essentiellement guidée par sa foi. Je pense qu’elle voit le sexe comme une arme. Elle sait comment ça marche, malheureusement. C’est le miroir de la société.

Liam Cunningham | Oui, c’est le même phénomène qu’avec le viol de Sansa. Tout le monde en a parlé, Internet est devenu fou, les gens sont devenus fous. À l’inverse, ils ont davantage accepté le fait de brûler une petite fille jusqu’à la mort. Je ne dis pas que l’un est plus choquant que l’autre, mais j’étais surpris de voir la différence de réactions entre les deux.

Pour quelles raisons voit-on moins d’hommes dénudés que de femmes nues dans Game of Thrones ?

Liam Cunningham | Parce que les femmes sont infiniment plus belles que les hommes. Les mecs sont faits pour creuser des trous et tirer des charrues ! Les femmes sont faites pour être peintes. Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Carice Van Houten | Par principe de parité, c’est vrai que les hommes devraient plus souvent être à poil. [Elle réfléchit pendant plusieurs secondes] Hum, c’est dur… ["It’s a hard one", fou rire général]. Je ne suis pas parfaitement à l’aise avec ma nudité, mais pour moi, ça fait partie du boulot. Je n’aimerais pas montrer mes seins et mon corps pour le plaisir. Mais pour la série, ça fait partie de mon personnage et ça sert un but. Comme je le disais, ça devient même une arme avec Melisandre.

Je pense que je suis plus à l’aise que les autres acteurs, car la Hollande est un pays plus libéré. Les Américains sont plus gênés par la nudité. Je trouve ça hypocrite de leur part, puisque à l’inverse ils n’ont aucun problème à montrer des armes et des fusillades.

Liam Cunningham | Ils nous montrent des têtes en train d’exploser alors qu’ils retiennent leur souffle lorsqu’un téton apparaît. C’est de la folie.

Avez-vous peur d’une certaine forme de gueule de bois après la fin de la série ?

Liam Cunningham | J’ai une gueule de bois tous les jours [rires]. C’est absolument unique, nous ne retrouverons jamais ailleurs cet esprit de gang qui nous anime. Personne ne pensait que ça prendrait une telle ampleur. On savait que ça allait être une bonne série, on est sur HBO quand même et les scripts étaient bons. Mais personne n’imaginait que ça irait aussi loin. Et tous ceux qui prétendent le contraire sont des putain de menteurs !

La saison 7 de Game of Thrones débutera dès le 16 juillet sur HBO, et en simultané sur OCS City.

Par Adrien Delage, publié le 02/06/2017

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