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Game of Thrones : une série plus féministe qu'on ne le croit ?

La quatrième saison de Game of Thrones vient juste de s'achever. Pour les fans, une longue trêve insupportable débute et ne s'achèvera qu'au printemps prochain. Dans cette saison où les femmes ont montré toute leur puissance et leur influence, certains vont jusqu'à qualifier la série de "féministe". Qu'en est-il réellement ?

Daenerys Targaryen dans Game of Thrones (Crédit Image : HBO)

Daenerys Targaryen dans Game of Thrones (Crédit Image : HBO)

Attention, si vous n'avez pas vu une bonne partie des épisodes de la quatrième saison de Game of Thrones, des spoilers se cachent dans cet article. Néanmoins, les événements des derniers épisodes ne sont pas mentionnés, pour laisser le temps aux retardataires de se mettre à la page.

C'est la fameuse scène du viol qui avait fait particulièrement polémique dans la saison 4. Jaime et Cersei, séparés pendant une longue période, se retrouvent enfin. Le premier, après avoir été capturé, torturé puis avoir perdu sa main droite, imagine des retrouvailles passionnées. Cette dernière pleure la récente mort de leur fils. Jaime la force. L'action choque et dérange d'autant plus qu'elle déroge au déroulement du livre en transformant une scène d'amour à l'écrit en une scène de viol à l'écran.

Pour répondre à la polémique, George R.R Martin, auteur de la saga à succès, avait alors déclaré au New York Times :

Le viol et la violence sexuelle ont fait partie de chaque guerre jamais combattues, depuis les Sumériens jusqu'à nos jours. Les omettre d'un récit centré sur la guerre et la puissance aurait été fondamentalement faux et malhonnête.

Et ce n'est pas sans rappeler que dans un autre épisode, le même Jaime sauve en quelque sorte Brienne de Torth d'un viol qui paraissait inévitable alors que quelques jours plutôt, il essayait de la tuer. Un geste qui lui avait valu la sympathie des téléspectateurs.

Alors que la série a souvent été pointée du doigt pour ses violences sexuelles et ses scènes de nus, il n'en demeure pas moins qu'elle possède aussi un éventail de personnages féminins forts, qui se déploient au fur et à mesure des saisons. Et si finalement Game of Thrones était plus féministe que l'on ne croyait ?

Des personnages féminins forts

Tout d'abord, il faut souligner que pour une série qui se déroule dans un milieu médiéval, le nombre de figures féminines importantes est appréciable. À cette époque, l'émancipation des femmes n'était pourtant vraiment pas d'actualité.

Dans la famille Stark, je voudrais la mère. Catelyn Stark, qui nous avait brutalement quitté à la fin de la troisième saison lors des Noces pourpres, a marqué les esprits. Souvent qualifiée de femme forte et volontaire, prête à tout pour sauver ce qu'il reste de sa famille, elle a été influente sur les décisions de son époux dans la première saison, avant d'endosser un rôle indispensable auprès de Robb, son fils, qu'elle conseille dans la direction de son armée alors que l'indépendance de Winterfell est en jeu.

Un courage qu'elle a certainement transmis à sa fille Arya, qui apprend à manier l'épée et qu'on suit tout au long de la saison aux cotés de The Hound. Avec toujours cette soif de vengeance et cette envie de se battre "comme un homme".

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De gauche à droite : Sansa Stark, Margaery Tyrell, Brienne de Torth et Ygritte.

On fait alors rapidement le rapprochement entre le rôle d'Arya et celui de Brienne, l'une des très rares femmes dans le monde des chevaliers, une distinction qui, au moyen-âge, était l'apanage du sexe masculin. Toutes les deux sont indépendantes et tenaces. Elles mettent un point d'orgue sur le fait qu'à l'instar des hommes, elles peuvent se battre et même devenir meilleures qu'eux.

Un comportement que l'on retrouve également chez la valeureuse Ygritte, qui revendique toujours sa place auprès des sauvageons et montre son courage en tant que combattante maîtrisant parfaitement l'arc. A noter que c'est d'ailleurs la seule femme dont le ténébreux Jon Snow tombe amoureux. Dans le même type de personnage, il y a aussi Yara Greyjoy qui devient capitaine d’une troupe militaire.

Ces quatre femmes fortes démontrent que bien qu'elles vivent dans un monde majoritairement dominé et dirigé par des hommes, elles n'ont pourtant pas besoin d'eux pour survivre.

À côté de ce genre de figures féminines au caractère assurés et assumés, il y a les manipulatrices, qui, en apparence, ont l'air de se plier aux diktats des hommes. La figure de proue de cette catégorie est bien évidemment Cersei, unique fille de Lord Twin Lannister, osant défier à plusieurs reprises son père, motivée tout au long de la série par sa volonté de puissance et un amour pour ses enfants, tous engendrés par Jaime.

De son côté, Margaery Tyrell, épaulée par sa grand-mère, est une courtisane experte qui use de ses charmes et de ruses féminines, pour arriver à ses fins et devenir reine. Mélisandre, elle, ensorceleuse en chef adepte du Maître de la lumière, contrôle complètement Stannis.

Si on s'était arrêté à la saison précédente, on n'aurait clairement pas mentionné Sansa. Mais celle qui faisait office de jeune fille modèle, polie et naïve, a pris le chemin de la manipulation, nous laissant imaginer qu'elle finira par utiliser son sauveur, Lord Baelish.

Game of Thrones offre donc une palette de femmes aussi différentes qu'importantes, qui sont bien loin d'être reléguées au deuxième plan par leurs homologues masculins. Communément, on pourrait dire que si les attitudes des premières se rapprochent des comportements masculins de l'époque (et du physique), les deuxièmes font corps avec leur féminité. Une dichotomie un peu facile qui contribue à nourrir certains stéréotypes sur les femmes. Parmi elles, Daenerys est peut être celle qui fait plus consensus en matière de féminisme.

Daenerys Targaryen dans Game of Thrones (Crédit Image : HBO)

Daenerys Targaryen dans Game of Thrones (Crédit Image : HBO)

À mi-chemin entre les deux styles de femmes dépeints, la "mère des dragons" est une dure à cuire qui mène son armée avec fermeté, tout en gardant une certaine compassion et une certaine féminité. D'ailleurs, lorsqu'on repense au début de la série, on a du mal à se remémorer la douce et timide jeune femme alors victime de violences et soumise à son frère.

Georges R. R Martin : "Je suis féministe"

Si on parle d'une série féministe c'est tout d'abord parce que son auteur avait confié au Telegraph : "Je suis féministe", précisant qu'il l'était surtout dans les années 1970 avant d'entendre un peu plus tard certaines femmes dire qu'un homme ne pouvait pas l'être.

Être féministe consiste à traiter les hommes et les femmes de la même manière. Je considère les hommes et les femmes comme des êtres humains – oui il y a des différences, mais beaucoup de ces différences sont créés par la culture dans laquelle nous vivons, que ce soit la culture médiévale de Westeros, ou la culture occidentale du 21e siècle.

Pour Daniel Mendelsohn, auteur d'un article intitulé "The women and the thrones", la série est bien féministe aussi. Interviewé par Lepoint.fr, il explique au sujet des deux premières saisons :

Les arcs narratifs les plus intéressants de Game of Thrones sont tous sur des femmes – Cersei Lannister, les filles Stark et surtout Daenerys Targaryen – qui, pour maintes raisons, doivent apprendre à survivre et à s'imposer dans un environnement macho et sexiste. Bien sûr que c'est du féminisme ! À quelques exceptions près, je trouve les personnages masculins ennuyeux et interchangeables ; les vraies vedettes sont les femmes.

Une idée que le Time reprend. Il prévoit même que les femmes seraient plus à même de diriger le trône de fer (ce qui serait cool) puisque leur force est d'autant plus impressionnante qu'elles vivent dans un monde dominé par les hommes : elles n'héritent pas des biens, ne peuvent pas être guerriers pour la plupart et leur principal rôle devrait être de produire des héritiers. Le féminisme ne tient ici si seulement les femmes s'imposent face à cette société patriarcale.

Une vision trop "nue" de la femme

Or, ce serait oublier toutes les scènes de nu et d'orgies. Il y a trop de déséquilibre entre la nudité des hommes et des femmes, trop de violences fondées sur le sexe, trop de scènes qui finalement font fantasmer surtout les hommes, pour que la série soit vraiment féministe. Et en même temps, n'est-il pas anachronique de parler de féminisme pour une histoire qui se déroule dans une période médiévale ?

En tout cas, la vision des femmes est encore parfois trop stéréotypée pour cela et malgré leur force, on parle souvent de "fille de", "épouse de" ou de prostituées. Comme le dit très bien Danielle Henderson dans un article publié dans The Guardian.

Pour chaque femme qui a de l'autorité, il y en a cinq autres qui sont dénigrées, et la plupart des femmes arrivent au pouvoir par l'humiliation physique et émotionnelle (Daenerys) ou par un détachement à la réalité (Cersei).

Pour autant, nous n'arrêterons pas, comme l'a fait Danielle Henderson, de regarder la série sous prétexte qu'il y ait des passages sexistes. GoT est sanglant, divertissant et a permis à beaucoup de personnes de se réconcilier avec un univers fantastique, pas toujours accessible à tous.

Bien que la série comporte en effet de nombreuses scènes de nu féminin, il n'en demeure pas moins que les femmes de Game of Thrones sont les personnages les plus intéressants. De la même manière que pour "chaque femme qui a de l'autorité, il y en a cinq autres qui sont dénigrées", pour un homme intelligent, il y en cinq autres qui sont des monstres.

Par Anaïs Chatellier, publié le 20/06/2014

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