Game of Thrones déploie ses ailes dans une saison 6 impressionnante

La saison 6 de Game of Thrones s'est achevée par un spectaculaire season finale. Il est temps de faire le bilan de cette cuvée 2016. [Attention, il est conseillé d'avoir vu l'intégralité de la saison 6 avant de lire cette critique, qui contient des spoilers.]

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(©HBO)

On a longtemps reproché à Game of Thrones de maltraiter ses personnages féminins, de nous ensevelir sous un trop plein de protagonistes, et nous emmener au bout de l'ennui avec des épisodes trop bavards. Daenerys nous a souvent donné l'impression d'avancer, non pas à dos de dragon, mais à dos d'escargot malade. On a aussi une pensée émue pour Arya, condamnée à se prendre des coups de bâton dans la poire depuis une saison et demie. Pour Bran embourbé dans son arbre depuis la fin de la saison 4.

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Une accumulation de frustrations que David Benioff et D. B. Weiss ont pris à bras le corps dans une saison 6 qui rectifie le tir quasiment à tous les niveaux. Il serait un peu facile d'attribuer cette montée en puissance à une liberté retrouvée, puisque cette saison est la première à ne pas bénéficier d'un roman de George R. R. Martin comme base. On imagine bien que les trois hommes ont longuement discuté des gros twists à venir, le romancier ayant probablement livré aux showrunners une épreuve du prochain tome de Game of Thrones.

Échec et mat

Non, si les révélations et les twists se sont succédés aussi vite que les déplacements de Varys, c'est qu'on arrive dans le dernier tiers de cette partie d'échec géante. Les scénaristes ont patiemment avancé chaque pion. Le roi a été remercié plusieurs fois. Certains ont du reculer d'une case pour mieux repartir (wink wink, Daenerys). D'autres sont longtemps restés scotchés à leur place, et plus rare, certains sont même sortis du jeu pour mieux y revenir.

Même sans le roman, David Benioff et D. B. Weiss avaient entre les mains un matériel aussi explosif que le feu grégeois. Restait le plus difficile : l'utiliser à bon escient. De ce côté-là, impossible de le nier, le pari est réussi. Cette sixième saison est probablement la plus équilibrée de toutes. Très peu de scènes inutiles, plusieurs épisodes déjà cultes ("The Door", "Battle of the Bastards", "The Winds of Winter"), des pas de géants réalisés dans les arcs narratifs des personnages principaux, des sacrifices nécessaires (on imagine qu'il y en aura encore avant la fin de la série) pour resserrer l'intrigue autour de son cœur. Ou plutôt de ses trois cœurs.

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Cersei Lannister (Lena Headey) savoure sa revanche contre ses ennemis dans le season finale. (©HBO)

Jon Snow. Daenerys Targaryen. Cersei Lannister. Bien entendu, Game of Thrones c'est aussi Tyrion, les Marcheurs Blancs et tous ces personnages secondaires qu'on adore (ou qu'on adore détester). Mais la grande question finale, à savoir qui finira sur le trône de Fer, semble bien se jouer entre ces trois-là, tous très différents, et pourtant reliés par la solitude du leader.

Cette saison a logiquement fait la part belle à ces trois personnages. On a pu voir une Daenerys plus sombre, qui perd à chaque épisode en humanité ce qu'elle gagne en puissance. Sans les conseils de Tyrion Lannister, elle était prête à enflammer une cité entière, ce qui la place davantage dans la lignée des folies de son père et de Cersei, que dans celle du souverain juste qu'elle aspire à devenir.

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Who run the world ?

Lena Headey expliquait dans les médias il y a quelques mois que cette saison serait la plus intéressante pour Cersei Lannister. L'actrice n'a pas menti. Effectivement, ce twist final (objet d'une théorie des fans en partie validée) achève de rendre ce personnage, au cœur des intrigues de cour depuis si longtemps, fascinant. Ce ne sera pas Dany mais bien Cersei la première femme à poser son royal fessier sur le trône de Fer.

Avec une fin pareille, comment ne pas se fendre d'un nouvel article : "Les femmes prennent (littéralement) le pouvoir" dans Game of Thrones ? Entre l'arrivée imminente de Daenerys à Westeros, alliée à Yara Greyjoy, la montée en puissance de Sansa, la prise de pouvoir des femmes à Dorne, la vengeance d'Arya, cette saison prend des airs d'excuses géantes de la part de David Benioff et D. B. Weiss. Après les viols, les prostituées, les paires de seins partout, les femmes prennent une sacrée revanche dans ce monde médiéval où prime la loi du plus fort. Même le nouveau personnage secondaire le plus éclatant de la saison, la jeune Lyanna Mormont, est une femme.

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Lyanna Mormont (Bella Ramsey) a ravi le cœur des fans en quelques scènes dans cette saison 6. (©HBO)

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Quels champions restent-ils côté mâles ? Jaime Lannister a eu peu de choses à défendre cette saison. Il assiste, impuissant, à la prise de pouvoir de sa sœur et continue de chercher un respect impossible à obtenir de la part de ses ennemis, comme de ses alliés. Reste donc ce bon vieux Jon Snow, à l'humeur égale, un peu trop égale d'ailleurs après avoir côtoyé la mort. Serait-il le personnage le plus équilibré du show (le feu, la glace, tout ça tout ça) ? Toujours altruiste, il ne quitte le commandement de la Garde de la nuit que pour prêter main-forte à Sansa Stark et reprendre Winterfell aux mains de Ramsay Bolton.

Rising Stark

Alors évidemment, cette saison est aussi celle de la résurrection des Stark, qui passe par d'émouvantes retrouvailles et des vengeances bien sanglantes. L'ascenseur émotionnel fonctionne comme jamais. Après avoir assisté à leurs coups du sort successifs, plus cruels les uns que les autres, les scénaristes apportent cette saison aux fans sur un plateau d'argent. On pourrait presque reprocher à Game of Thrones d'être devenue prévisible.

La série a toutefois surpris, sur un autre plan, celui de la réalisation. Depuis ses débuts, elle se distingue de la production sérielle par sa "production value". L'augmentation des moyens en saison 6 (chaque épisode de Game of Thrones a coûté environ 10 millions de dollars) n'est pas passée inaperçue. Ça faisait bien longtemps qu'on n'avait été à ce point secoués par une scène de bataille. Le feu, qu'il soit vert ou jaune, a brûlé de toutes les manières possibles dans cette saison, qui nous a réservé quelques séquences flamboyantes. Pour les accompagner, la musique de Ramin Djawadi n'a jamais été aussi puissante. Que voulez-vous, Game of Thrones est magique. Longue vie à Game of Thrones.

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Réunion émouvante entre Sansa Stark et Jon Snow. (©HBO)

Que peut-on regretter de cette saison finalement ? Une fin assez triste pour les Tyrell. Margaery a eu très peu de scènes pour briller, elle qui comprenait pourtant si bien le jeu politique à Port-Réal. Les derniers instants de Loras, qui a dû renier son homosexualité pour s'en sortir, laissent aussi un goût amer, et rappellent que Game of Thrones n'est pas tendre avec ses personnages LGBT, en particulier les hommes (remember Renly Baratheon et Oberyn Martell).

Loi des séries chorales, certains personnages ont trop peu de scènes à défendre cette saison. En conséquence, certains protagonistes n'évoluent pas. On aurait aimé voir plus de Tormund, de Brienne, plus de Dorne (les grandes sacrifiées de la série), plus de Bronn... GoT a ceci de formidable qu'on ne peut prétendre à une analyse définitive, exhaustive. Elle brasse des thématiques et des personnages si divers que les possibilités semblent infinies. Ce qui peut être assez effrayant pour une journaliste, je ne vous le cache pas.

Si je me sens parfois submergée par l'univers de la série en tant que critique, je ne peux alors qu'imaginer les moments de doutes qu'ont dû vivre David Benioff et D. B. Weiss pendant toutes ces années, pour en arriver à ce season finale majestueux, dégraissé de tout élément superflu. Réalisé par Miguel Sapochnik (malheureusement absent en saison 7), il révèle plusieurs éléments-clés pour la suite de Game of Thrones et sonne le début de la fin. On compare souvent (à raison) la série à la saga du Seigneur des anneaux. Dans ce cas, disons qu'on a l'impression en cette fin de saison 6 d'arriver au début du Retour du roi (ou en l'occurence de la reine). 

Reste maintenant à réaliser l'impossible pour toute l'équipe de Game of Thrones : maintenir ce niveau de tension et d'exigence pour les treize derniers épisodes ; tenir les derniers mètres, finir le show en apothéose et le faire rentrer définitivement au panthéon des grandes séries. 

Par Marion Olité, publié le 01/07/2016

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