GoT : George R. R. Martin justifie les nombreuses violences contre les femmes

L'épisode 6 de la dernière saison de Game of Thrones a provoqué un tollé sur la toile, à cause de sa scène finale en particulier. L'auteur est venu à la rescousse de son oeuvre et de son adaptation dans une interview, expliquant plus amplement pourquoi les femmes sont victimes de tant de violence. Spoiler alerte.

George R. R. Martin au Comic Con de 2014

George R. R. Martin au Comic Con de 2014

Le 17 mai dernier, HBO diffusait le 6ème épisode de la 5ème saison de Game of Thrones. Comme tous les dimanches, des milliers de tweets et autres messages en ligne sont apparus sur le sujet. Seulement, ce dimanche précisément, la grande partie de ces commentaires évoquaient avec désarroi, incompréhension voire colère la dernière scène dudit épisode, un viol durant une "nuit de noce". Un de plus. Pour certains internautes, c'en est trop. Beaucoup ont décidé de juste arrêter de regarder la série, comme la sénatrice démocrate américaine Claire McCaskill.

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Sentant la polémique gonfler, l'auteur avait répondu une première fois sur son propre blog, avec un billet défendant les auteurs de la série et ne parlant que des divergences entre le livre et la série. Or, le scandale ne venait pas tant du fait que ce viol n'existait pas dans le livre, mais du nombre de viols présents dans la série de manière générale.

Le reflet d'une société patriarcale

Interrogé par le site Entertainment Weekly, l'écrivain est revenu sur la polémique deux semaines après la diffusion de l'épisode. Il s'explique ainsi:

Les livres reflètent une société patriarcale, fondée sur le Moyen-Âge. Le Moyen-Âge n'était pas une époque d'égalitarisme sexuel. La population était divisée en trois classes. Et ils avaient des idées fortes concernant le rôle des femmes. Un des chefs d'inculpation contre Jeanne d'Arc, qui l'a mis sur le bûcher, est qu'elle portait des habits d'hommes - ce n'était pas rien.

Il y avait, évidemment, des femmes puissantes et compétentes. Ça ne change pas pour autant la nature de la société. Et si vous regardez les livres, mes héros et narrateurs sont tous marginaux. Ils sont anormaux. Ils ne rentrent pas dans les carcans que la société a pour eux. Ils sont infirmes, bâtards, et cassés - un nain, un gros qui ne sait pas se battre, un bâtard, et des femmes qui ne correspondent pas aux rôles que la société leur offre (même si certaines d'entre elles y trouvent leur compte - comme Sansa ou Catelyn).

Maintenant, il y a des gens qui disent "il n'écrit pas d'histoire, il écrit du fantastique - il insère des dragons, il aurait pu modeler une société égalitaire". Ce n'est pas parce que tu insères des dragons dans ton histoire que tu peux ajouter ce que tu veux. Si les cochons pouvaient voler, alors ce serait ton livre.

Mais ça ne veut pas dire non plus que les gens marcheraient sur les mains au lieu des pieds. Si tu veux un élément fantastique, c'est mieux de n'en avoir qu'un, ou un peu plus. Je voulais que mes livres soient solidement fondés sur l'Histoire et qu'il montre ce que la société médiévale était, et je réagissais également à beaucoup de fiction de fantastique. Beaucoup d'histoires racontent ce que j'appelle le "Moyen-Âge Disneyland" - il y a des princes et des princesses et des chevaliers dans des armures brillantes, mais ils ne veulent pas montrer ce que ces sociétés représentaient et comment elles fonctionnaient.

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L'auteur s'explique ensuite plus amplement sur les femmes :

J'ai des millions de lectrices qui adorent mes livres, qui viennent à moi en me disant qu'elles adorent mes personnages féminins. Certains aiment Arya, d'autres Dany (Daenerys), d'autres Sansa, d'autres Brienne, d'autres Cersei - il y a des milliers de femmes qui adorent Cersei malgré ces évidents défauts.

C'est un débat compliqué. Pour ne pas être sexiste, doit-on représenter une société égalitaire? Ce n'est pas notre histoire; c'est quelque chose pour la science fiction. Et l'Amérique du XXIème siècle n'est pas égalitaire. Il y a encore des barrières contre les femmes. C'est mieux qu'avant. Ce n'est plus Mad Men, une époque que j'ai connue.

Et puis, il y a cette question de la violence sexuelle, que j'ai tout autant critiqué. J'écris sur la guerre, ce qui constitue le centre de "l'epic fantasy". Mais si tu vas écrire sur la guerre, et que tu inclues toutes ces batailles cools et ces héros qui tuent plein d'orcs et des trucs comme ça, et que tu ne montre pas de violence sexuelle, alors il y a quelque chose de fondamentalement malhonnête là-dedans. Le viol, malheureusement, fait encore partie de la guerre aujourd'hui. Ce n'est pas un grand héritage pour l'humanité, mais je ne pense pas que l'on devrait faire comme si cela n'existait pas.

J'ai envie de décrire une lutte. Des drames surgissent du conflit. Si tu veux décrire une utopie, alors tu écriras probablement un livre plutôt ennuyeux.

Suite à ces explications, tout le monde n'est pas convaincu, mais l'auteur s'est prononcé sur la question et le point de vue se justifie. À noter que pour la scène du viol, la principale concernée, c'est à dire Sophie Turner, l'actrice qui interprète Sansa Stark, avait raconté qu'elle avait quant à elle "adoré" cette scène.

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Par Arthur Cios, publié le 05/06/2015

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