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Gros plan : cette scène de combat époustouflante dans la saison 3 de Daredevil

Vous trouviez hallucinant le plan-séquence dans le couloir en saison 1 ? La série Marvel a fait dix fois mieux cette année. Attention, spoilers.

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La marque de fabrique de Daredevil, porte-étendard des séries Marvel sur Netflix, a toujours été ses scènes de combat très travaillées et sanglantes. Pour son troisième chapitre, le showrunner Erik Oleson et son équipe ont remis le couvert, avec des ambitions revues à la hausse. Ainsi, l’épisode "Blindsided" propose un plan-séquence de près de 11 minutes où Matt Murdock, affaibli par une drogue, tente tant bien que mal de se frayer un chemin à travers la prison de Rikers Island, alors que des sbires de Wilson Fisk s’acharnent sur lui. On se prend dans la tronche très précisément dix minutes et 43 secondes de tension palpable, de coups de poing, de giclées de sang et d’ascenseur émotionnel. Et c’est tout bonnement une performance effarante de réalisme.

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Contrairement aux mauvaises habitudes des séries Marvel de la plateforme, la saison 3 de Daredevil monte très rapidement en intensité. Elle atteint un premier point culminant dans ce quatrième épisode, où l’avocat aveugle prend tous les risques pour stopper le plan diabolique du Caïd. Ce fut un travail rigoureux et de longue haleine pour l’équipe de tournage, qui a livré ses secrets dans la presse américaine. Les spectateurs peuvent principalement remercier Alex Garcia Lopez (The Punisher, Luke Cage) à cette occasion, l’homme qui a mis en scène cette lutte époustouflante où la vie du justicier ne tient qu’à un fil.

Pour mieux comprendre la structure de ce nouveau "hallway fight", il faut savoir que le réalisateur est un fan invétéré des Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón, dont il s’est inspiré pour réaliser le plan-séquence de Daredevil. Alex Garcia Lopez avait vu et revu la fameuse scène de la voiture, où Theo (Clive Owen) et ses partisans sont pris dans une embuscade tragique et explosive.

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"C’est une scène qui prend 12 pages de script et on a longtemps hésité à la faire, confie le producteur Tom Lieber à Vulture en parlant de Daredevil. Mais Charlie [Cox] et notre cadreur étaient surexcités, alors qu’Alex [Garcia Lopez] débordait de fierté à l’idée de la tourner. Finalement, on s’est juste dit tentons-le. On devait au moins essayer, après avoir tout mis en œuvre pour la réussir."

Après plusieurs semaines de répétition, Charlie Cox et l’équipe sont prêts à tourner. Le jour fatidique, ils ont moins de 12 heures devant eux. Si ce laps de temps semble considérable à première vue, il n’en est rien. En effet, cela ne prend pas en compte le facteur humain : la fatigue bien sûr, mais aussi et surtout les cascadeurs, qui ne peuvent contractuellement tourner que 4 à 5 prises maximum pour l’ensemble. "C’est une scène qui en demandait beaucoup physiquement et vous ne pouvez pas pousser à bout ces gars, commente Alex Garcia Lopez. Après quelques prises, ça peut facilement tourner au drame à cause de la fatigue. Ils peuvent se blesser. On avait donc un laps de temps très réduit pour réussir la séquence."

À la première prise, l’équipe parvient à aller jusqu’au bout de la scène, avec une poignée de secondes en trop. Celle-ci est loin d’être parfaite, notamment à cause de pépins rencontrés sur les chorégraphies, mais le crew prend confiance en lui pour la suite. Il faudra finalement un peu moins de dix prises pour obtenir celle visible sur nos écrans.

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Selon Erik Oleson, il était essentiel de ne pas se planter un instant pendant les sessions de tournage afin d’éviter au maximum les retouches en postproduction. Le showrunner et le réalisateur étaient clairs sur leurs ambitions : pas de cuts discrets au montage et encore moins d’effets spéciaux. Au final, seul l’étalonnage a été modifié après coup, ce qui fera sourire les détracteurs de Daredevil se plaignant du manque de lumière lors des scènes de baston.

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"En vérité, j’avais prévu des endroits pour couper si jamais ça ne marchait pas, en particulier dans le couloir sombre où Matt titube avec les lampes rouges qui clignotent, poursuit le showrunner. Mais finalement, j’ai suivi mon envie foncière d’avoir un plan-séquence et de corriger uniquement la luminosité en postproduction. Je voulais que les spectateur·rice·s se rendent compte par eux-mêmes qu’il n’y avait aucune coupe secrète pendant la scène."

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Et contrairement à ce que certain·e·s fans pourraient imaginer, Charlie Cox a énormément donné de sa personne pour cet intense plan-séquence. Les "Texas switches" comme les appellent les Américains, à savoir ces moments invisibles aux yeux du spectateur et où l’acteur est remplacé par un cascadeur et inversement, sont très peu présents dans la scène de la prison. À en croire le réalisateur, il s’agit de Charlie Cox à 80 % du temps :

"Les cascadeurs connaissent des techniques très ingénieuses pour rester discrets, raconte Alex Garcia Lopez. Par exemple, quand les gardes chargent Matt dans le deuxième couloir et commencent à le frapper avec leur matraque, il s’agit du cascadeur. Il se fait frapper plusieurs fois, tombe par terre, donne un coup de pied puis le second kick est en réalité distribué par Charlie, qui était allongé à côté de lui. Il se relève et continue la scène.

À la sixième ou septième prise, Charlie était vraiment épuisé et c’était compréhensible. À force de prendre des coups, de se taper dans les murs, de tomber et de cracher du sang, il avait du mal à respirer. Tout le monde s’est donné à fond pour réaliser cette scène, mais Charlie est sans hésitation le vrai MVP."

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De la même manière, pour s’assurer que le visage du justicier devienne de plus en plus écorché à mesure qu’il prend des coups, l’équipe de tournage avait dissimulé des petites poches de sang tout le long du parcours. Quant au matériel utilisé, le réalisateur et son cadreur Jeff Dutemple ont principalement filmé avec un Steadicam pour plus de stabilité. Certains passages ont également été capturés grâce à des caméras d’angle, d’où la scène dans l’épisode où Wilson Fisk observe le combat à l’aide de la vidéosurveillance.

Dans la troisième et dernière partie du plan-séquence, l’action devient presque insoutenable au moment où l’émeute éclate. On est complètement happés par l’impression d’urgence qui émane de la scène, alors que Matt a le visage ensanglanté et continue de faiblir à cause du tranquillisant qui se propage dans son organisme. Entre le bruit assourdissant de l’alarme, les hurlements des prisonniers, les gorges tranchées des gardes, la montagne de fumée, les respirations douloureuses de l’avocat et ce flash rouge à vous rendre épileptique, on suffoque tant le travail d’immersion fonctionne à plein régime.

Si le plan-séquence a clairement été mis en scène pour la performance d’en faire un qui dépasse ceux des deux premières saisons – Alex Garcia Lopez ne s’en cache pas et voulait sublimer la puissance du héros tout en galvanisant les fans de la série –, il retranscrit également toute la gravité de la situation dans laquelle Daredevil trempe cette saison : esseulé, au fond du gouffre et attaqué de toutes parts. La cinématographie des séries vient encore de prendre du galon grâce au justicier de Hell’s Kitchen.

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Les trois premières saisons de Daredevil sont disponibles en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 24/10/2018

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