Gros plan : la scène de combat épique de Jon Snow dans Game of Thrones

Après une saison plutôt terne en termes d'action pure, l'épisode "La Bataille des Bâtards" a dépassé toutes nos attentes en matière d'explosion d'hémoglobine et d'effets spéciaux. Au milieu de cette lutte féroce, une scène centrée sur Jon Snow a transcendé cette séquence.

Attendu chaque saison comme une messe (de violence et de massacres en tout genre, certes), l'épisode 9 de Game of Thrones a une nouvelle fois frappé très fort dans la surenchère d'action et de moments épiques.

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Il faut dire que c'est un peu devenu une habitude. Depuis la saison 1 et l'exécution de Ned Stark, le show d'heroic fantasy nous réserve toujours des scènes d'une violence et d'une cruauté sans nom, qui paradoxalement, servent de catharsis au spectateur. Le Red Wedding, le supplice de Shôren Baratheon, la bataille de la Néra... À chaque fois, on ressort bouleversés de cet épisode traumatisant.

Cette fois-ci, l'affrontement entre Jon et Ramsay nous a plutôt soulagés d'un poids, en mettant un terme aux agissements de l'impitoyable bâtard Bolton. L'épisode nous gâte au passage d'une petite prouesse technique : ce (faux) plan-séquence ultra-rythmé et réaliste, où Jon se bat entre des volées de flèches, des craquements de sabots et des épées aiguisées.

"Je voulais mettre le spectateur au cœur de l'action"

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25 jours et 10 heures de travail par jour ont été nécessaires pour tourner l'intégralité de la scène du combat. (©️ HBO)

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Le plan-séquence débute juste après une superbe scène dans laquelle Jon balance son fourreau et empoigne son épée, faisant face à un mur de chevaux près à l'écraser. "L'un de mes plans préférés de cette saison, c'est quand nous sommes derrière Jon [...], c'est l'un des meilleurs plans car tout est vrai", nous apprend David Benioff, l'un des deux showrunners, dans le making of de HBO.

L'objectif de la scène, selon le réalisateur Miguel Sapochnik, interviewé par Entertainment Weekly, était de comprendre la réaction d'un guerrier perdu au milieu de cette violence, où tout se passe à la vitesse de la lumière :

"J'ai essayé de me concentrer sur ce qu'on pouvait ressentir au sol, au milieu de ce bordel. Une terreur absolue ? Un instant de lucidité ? Que se passe-t-il dans votre esprit quand vous êtes au cœur de cette folie ?"

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Pour plonger le spectateur au milieu de l'action, et non la survoler comme le font de (très) beaux plans aériens par la suite, il faut suivre l'un des personnages et garder son point de vue tout du long.

Le choix s'est logiquement porté sur Jon Snow, qui porte sur ses épaules un fardeau monstrueux : sa promesse faite à Sansa de récupérer Winterfell, la vie des Nordiens et des sauvageons de son armée et l'honneur des Stark. Sans oublier qu'il est animé par une rage folle envers son ennemi, qui vient d'exécuter son frère Rickon, sous ses yeux.

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Jon, guidé par sa soif de vengeance, est irrémédiablement pris au piège tendu par Ramsay. Il nous emmène avec lui dans ce conflit brutal. La caméra, située au niveau de Jon Snow, accompagne les mouvements de sa lame valyrienne, et nous entraîne dans une danse mortuaire impressionnante. Comme lui, on est cerné de toute part, victime de ce brouhaha ambiant, où les corps volent et les chevaux s'entrechoquent violemment.

Le sang qui gicle des corps, la poussière qui s'élève du sol, le fracas des épées, font de cette scène une petite pépite d'intensité et de créativité. Chaque flèche décochée augmente notre peur de voir à nouveau tomber Jon Snow. Heureusement, ce dernier est sauvé de justesse par un cavalier qui déboule à toute allure, ou une flèche qui vient se planter dans l'œil d'un de ses hommes. Le tout rythmé par une mise en scène organique.

Au passage, on appréciera la magnifique photographie de Fabian Wagner (Da Vinci's Demon, Sherlock), qui a sublimé les courses de chevaux et le vaillant combat de Jon au milieu de cet apocalypse sanguinaire. De quoi faire passer Aragorn s'élevant face à la porte noire du Mordor pour une scène de série B.

Une scène de bataille fluide et captivante

Pour cette séquence de bataille grandiose d'une durée de 30 minutes, le réalisateur Miguel Sapochnik a reconnu s'être inspiré de Ran, le film d'Akira Kurosawa (1985).

À observer les plans cadrés sur les chevaux au galop, l'impression de violence qui se dégage de l'écran, et la lecture limpide de l'action malgré les milliers de personnages (numériques) qui s'affrontent, le choix était judicieux et prend la forme d'un bel hommage à l'œuvre du cinéaste japonais.

Miguel Sapochnik était également à l'origine de l'épisode "Hardhome", dans lequel Jon et les sauvageons étaient défaits par l'armée des Marcheurs Blancs. Une preuve supplémentaire que l'homme pourrait être l'un des fils cachés de Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux).

Au final, la bataille aura nécessité 500 figurants, 160 tonnes de gravier, 70 chevaux et cavaliers, 65 cascadeurs, 7 acteurs principaux, 4 équipes de tournage. Mais le plus gros problème pour le réalisateur restera les chevaux qui "pétaient et urinaient constamment, même au milieu des lignes de dialogue de Kit Harington".

En résumé, tout le monde aura retenu son souffle pendant cette séquence. Jusqu'à ce que Jon Snow ressorte de cette foule qui l'a écrasé.

Comme une troisième naissance pour celui qui est le véritable héros de cette séquence mémorable. Et peut-être de Game of Thrones.

Par Adrien Delage, publié le 22/06/2016

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