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Gypsy, le thriller psychologique qui n’en était pas un

Thank god, on peut compter sur l’excellente Naomi Watts pour rendre Gypsy digeste. Ou presque.

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Avec un rendement plus rapide que celui d’une usine, Netflix colle à l’objectif qu’elle s’était fixé et semble produire des fictions à la chaîne. Après nous avoir présentés aux catcheuses colorées de GLOW, la plateforme américaine nous prend rendez-vous avec l’anti-héroïne tourmentée de Gypsy. Jusqu’ici, on avait eu droit à des drames sombres réussis (House of Cards, essentiellement) mais aussi à des petits loupés (Bloodline, malheureusement). De toute évidence, la petite dernière tend à pencher du mauvais côté de la balance.

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De prime abord, Jean Holloway est une working woman avérée, officiant en tant que psychologue dans un cabinet partagé avec d’autres professionnels. Sa journée de travail achevée, elle rentre auprès de son mari aimant, un avocat réputé, et sa fille d’une dizaine d’années, garçon manqué sur les bords. Pour pimenter sa vie (on suppose), Jean s’immisce dans la vie de ses patients, nouant notamment une relation malsaine avec l’ex-petite amie d’un de ces derniers. Dès lors, la thérapeute s’invente une deuxième identité et devient Diane, une journaliste freelance un peu trop inquisitrice. Et… c’est à peu près tout.

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Le gros bémol de Gypsy est que sa saison entière a la consistance que son pilote aurait dû avoir. La série souffre d’énormes soucis de rythme, transformant une intrigue a priori captivante en un slow burner plus mollasson qu’une mamie dans les tunnels du métro de Châtelet. À chaque épisode, on s’attend à une révélation, un quelconque rebondissement qui donne envie de rempiler pour le prochain. En vain. Binge-watcher la première saison de Gypsy est une mort lente. La visionner à une cadence plus ralentie n’est pas pour autant une expérience plus enviable.

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Au niveau du développement scénaristique, ce n’est pas tout à fait ça non plus. Jean, le personnage principal, manque ostensiblement d’épaisseur. Alors qu’on pouvait s’attendre à une femme aussi troublée que troublante, il n’en est rien : ses motivations sont floues au possible et quelques revirements de situation sont tout bonnement incompréhensibles. Sans en dévoiler trop sur l’intrigue, Jean passe une majeure partie des épisodes à séparer deux personnages pour au bout du compte tout faire pour les rapprocher vers la fin de la saison. Le tout, bien entendu, sans aucune explication offerte au téléspectateur.

Son idylle avec Sidney, une barista mystérieuse au look grunge, prend souvent des airs de queerbaiting (sérieusement, combien de fois des personnages peuvent effleurer leurs lèvres sans s’embrasser ?) plutôt qu’une romance purement sincère. On ne peut cela dit rien reprocher à la brillante Naomi Watts, laquelle s’efforce de maintenir un jeu irréprochable face à un scénario bancal. Aperçue dans Kingsman : Services secrets, la jeune Sophie Cookson fait son possible mais ne parvient pas à accorder à son personnage le charisme qui lui est pourtant nécessaire. Le reste du casting est facilement oubliable, exception faite d’un Billy Crudup toujours plus convaincant au fil des épisodes.

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Dans la lignée des neuf chapitres qui le précèdent, le grand final de Gypsy est blasant. Des indices sont parsemés çà et là concernant la dualité qui ronge notre protagoniste, mais aucune véritable piste n’est proposée. Jean Holloway a beau tout avoir d’une sociopathe, la série ne nous met jamais réellement sur la voie et le personnage souffre d’un cruel manque de profondeur, qui lui fait défaut. Ni un thriller étouffant, ni un drame psychologique, Gypsy peine à se forger sa propre identité, coincée dans un entre-deux où aucun extrême n’est maîtrisé.

Au bout du compte, Gypsy ne s’imposera pas comme le must-see de la période estivale. En dépit d’avoir une pointure du cinéma en tête d’affiche, la série de Netflix manque de substance et transparaît comme un divertissement insipide qui ne sait pas quelle direction prendre. Cette première saison retombe comme un soufflé qui galérait déjà au début de la cuisson. Est-ce trop tard pour renvoyer Gypsy et récupérer Girlboss ?

L’intégralité de la saison est disponible dès maintenant sur Netflix.

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Par Florian Ques, publié le 03/07/2017

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