En saison 5, Hero Corp conserve sa fougue, mais le scénario nous laisse sur notre faim

Hier soir, Hero Corp faisait un retour inespéré pour une saison 5 qui sera aussi la dernière. On reste perplexe devant ces trois premiers épisodes.

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© Nicolas Auproux - Nicolas Garnier - Calt production

Depuis ses débuts en 2008, Hero Corp, créée par Simon Astier et Alban Lenoir, a pu compter sur un gros capital sympathie et un investissement sans limite de la part de ses fans. À chaque obstacle, à chaque victoire, dès qu’il fallait se mobiliser pour soutenir la série, ils étaient là. Et c’est indéniablement ce qui a continué, année après année, à maintenir les super-héros à l’antenne, quelle qu’elle soit, et quel que soit le format. Pour en arriver à cette saison 5, Hero Corp a traversé un champ de mines. Jusqu’au dernier coup de bambou, qui a failli l’enterrer pour de bon.

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Un des partenaires financiers a lâché l’affaire. Et une fois de plus, une dernière fois, les Hero Copains se sont décarcassés et n’ont pas hésité à faire des dons sur la page Ulule qui lui était dédiée, pour sauver la série. Hero Corp n’a jamais été coûteuse à produire. Elle est une de ces productions "home made" faite avec peu de moyens mais une ambition et des idées à revendre. Aussi, quand le tournage a enfin pu démarrer, tout le monde était extatique. Oui, mais voilà, le stress, l’épuisement et des conditions climatiques peu clémentes ont fini par avoir raison de son showrunner, Simon Astier, qui a dû être hospitalisé. Le tournage a finalement repris plusieurs mois plus tard. Aujourd’hui, la saison 5 est dans la boîte et a fait ses débuts hier soir sur France 4. Bien aidé par le film diffusé juste avant, Captain America: First Avenger, le premier épisode a rassemblé environ 373 000 curieux.

Des ratés à l’allumage

Cette saison 5 est donc un aboutissement, non seulement pour Simon Astier et sa bande, mais aussi pour les fans qui sont restés fidèles durant presque dix ans. Les trois premiers épisodes avaient été présentés lors du Festival Séries Mania, le 20 avril dernier, dans une salle bondée et acquise à sa cause. Cris de joie, encouragements et éclats de rire parfois un poil exagérés ont ponctué la projection. Pourtant, un constat s’impose : s’il est encore trop tôt pour juger la saison, ses débuts, eux, sont un brin décevants. Avec toute l’affection que l’on porte à cette série et ses acteurs, il y a quand même des ratés à l’allumage que l’humour et les dialogues toujours aussi réjouissants ne suffisent pas à masquer.

Tout commence par un panneau qui déroule, par le menu et façon Star Wars, tous les événements qu’on a loupés. Comme un "dans les épisodes précédents" ? Non, plutôt comme un "on a voulu passer à tout autre chose et on n’avait pas envie de s’embêter à vous montrer cette évolution, alors voilà, démerdez-vous avec ça". Durant cette ellipse temporelle, on apprend que les super-héros sont désormais les maîtres de Montréal, où l’agence Hero Corp règne comme un mini-gouvernement. Mais au-delà des remparts qui entourent la ville, où les rues sont sûres et la criminalité en forte baisse, c’est un monde sauvage qui tente de survivre tant bien que mal. Et le Mal, comme on l’apprend justement, se terre désormais dans un mystérieux réseau souterrain. En expédition au-delà des murs protecteurs, John, Stan, Doug et Mique embarquent avec eux une journaliste et un super-fan. Mais les choses basculent quand ils se font attaquer par on ne sait qui. Les civils sont assassinés et la caméra de la reporter enregistre partiellement l’incident. Au QG, les autres héros reçoivent les images et… en déduisent immédiatement et sans autre forme de procès que John a de nouveau pété un plomb. Ce dernier, ainsi que ses acolytes, sont désormais des fugitifs.

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Un scénario qui va trop vite en besogne, mais une "buddy série" attachante

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© Nicolas Auproux - Calt production

Et c’est là que le bât blesse. Cette propension à aller trop vite en besogne se répétera au fil de ces trois épisodes. L’intrigue se trouve alors suspendue à un fil scénaristique bien trop fragile et on a plus l’impression qu’on veut nous amener directement d’un point A à un point B, plutôt que de s’embarrasser à nous expliquer le trajet ou à le justifier. C’est d’autant plus gênant que Simon Astier est un fan absolu de Lost, une série qui s’est toujours targuée de reposer sur le développement, le fameux "voyage" dont parlait souvent Damon Lindelof, et moins sur la finalité. Hero Corp nous bouscule un peu pour provoquer les situations qui l’arrangent. Après quatre saisons à soigneusement tisser son univers, la série bâcle un peu le finish (enfin… le début du finish). Pour l’instant en tout cas. Car on veut lui laisser le bénéfice du doute, on veut croire qu’Hero Corp en a bien plus sous le capot que des vannes, au demeurant hilarantes. On peut aussi déplorer, après tout ce temps, que la série n’ait pas cru bon d’intégrer plus de rôles féminins. Le geekdom n’est pas l’apanage des garçons. Il n’y a qu’à regarder les salles de projection aux avant-premières ou lors des conventions pour s’en rendre compte.

Reste le charme de cette "buddy série" dont les années qui ont passé n’ont fait que renforcer le sentiment de camaraderie. C’est aussi ça, la grande force d’Hero Corp : sa bande de potes qui donne une furieuse envie de faire partie du gang, et sa façon de ne jamais se prendre trop au sérieux (sauf en saison 4 et on sait tous ce que ça a donné). Et ça, heureusement, ça n’a pas changé. On connaît leurs répliques, leurs super-pouvoirs tout nazes, leurs tics… On peut presque prédire leurs pétages de plombs. Mais Simon Astier nous surprend toujours en injectant dans ses dialogues un humour et une verve qui n’appartiennent qu’à lui et qu’on identifie immédiatement. Un peu comme son frère avant lui, avec Kaamelott. À présent, tout ce qu’on attend d’Hero Corp pour les prochains épisodes de sa toute dernière saison, c’est un scénario qui se tienne, une progression dans la dramaturgie et, surtout, qu’elle conserve cette même recette qui a suscité tant d’amour de la part des fans. Plus qu’un final épique, finalement, ce qu’on veut, nous, ce sont de beaux adieux.

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La saison 5 d’Hero Corp, composée de huit épisodes (de 26 minutes chacun et 55 minutes pour le dernier) est diffusée sur France 4, tous les jeudis soir à partir de 22 h 45. Vous retrouverez ensuite les épisodes en replay sur le site de la chaîne.

Par Delphine Rivet, publié le 25/05/2017

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