La saison 6 d’Engrenages est sombre, percutante et exigeante

La sixième saison de la création originale de Canal+ a débuté ce lundi 18 septembre avec deux épisodes haletants et percutants qui ne laisseront personne indifférent. Attention, spoilers.

Après trois ans d’absence, Engrenages est de retour sur le petit écran pour une sixième fournée d’épisodes qui s’annonce des plus palpitantes. Après une fin de saison cinq déchirante, les personnages de la série doivent reprendre leurs vies en mains et se remettre au boulot. On retrouve donc la capitaine Laure Berthaud (Caroline Proust), de retour au 2e DPJ de Paris après son accouchement. De son côté, l’avocate Joséphine Karlsson (Audrey Fleurot) essaie tant bien que mal de se remettre de la mort de Pierre Clément (Grégory Fitoussi) en s’investissant plus que jamais dans son travail. Quant au juge Roban (Philippe Duclos), son avenir professionnel va être mis à mal par la dégradation de son état de santé.

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Nos héros vont devoir enquêter sur une affaire sordide après la découverte d’un tronc humain dans un tas d’encombrants du 20e arrondissement. Malheureusement pour eux, cette investigation va les toucher au plus profond de leurs êtres. Avec cette nouvelle saison collant à l’actualité et explorant davantage la psychologie des personnages, Engrenages confirme son statut de meilleure série policière française. Exporté dans plus de 70 pays, le show, véritable étendard d’une belle vitrine de créations originales, permet ainsi à Canal+ de briller à l’international. Et on comprend pourquoi.

La vie ne tient qu’à un fil

© Canal+

Comme pour chaque saison, Engrenages a comme fil rouge une enquête complexe qui touche tous les services policiers et judiciaires. Si la construction reste la même, la showrunneuse Anne Landois continue d’imposer son style d’écriture percutant et sans tabous en creusant la psychologie des personnages qui stagnaient un peu en saison 4 et 5. La série a dépoussiéré le genre policier lorsqu’elle est arrivée sur nos écrans et elle réussit avec cette nouvelle saison, attendue depuis trois ans, à rester la maîtresse en la matière grâce à une intrigue solide et criante de vérité. En collant à l’actualité avec des personnages convaincants, Engrenages démontre que les drames policiers peuvent être passionnants, contrairement à la soupe que nous servent TF1 et compagnie.

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Le tournage de cette sixième saison, écrite entre l’attentat contre Charlie Hebdo et l’attaque terroriste à Nice, n’a pas été de tout repos pour les acteurs, état d’urgence oblige. Tendant parfois vers le documentaire, cette nouvelle fournée d’épisodes aurait pu se concentrer sur les attentats et pourtant, Anne Landois et son équipe de scénaristes ont fait le choix intelligent de ne pas traiter ce sujet frontalement. Évidemment, le spectre de la menace terroriste est présent dans cette saison, mais ce sont surtout les conflits de proximité qui sont explorés ici.

Un tronc humain est ainsi découvert dans une poubelle du 19e arrondissement, dévoilé frontalement par la caméra de Frédéric Jardin, qui a déjà travaillé sur la cinquième saison d’Engrenages. C’est avec cette découverte macabre que l’enquête va commencer pour la 2e DPJ, qui va plonger un peu plus dans les méandres de la cruauté humaine. Ce fil rouge qu’est cette enquête est aussi le fil auquel se raccrochent les héros de la série, chacun étant en proie aux doutes et arrivant à un tournant dans sa vie intime. Laure est désormais maman d’une petite fille prématurée, qu’elle a eu avec son ex Vincent Brémont (Bruno Dubrandt), et doit accepter sa maternité. De son côté, Gilou (Thierry Godard) fait face à ses vieux démons alors qu’il doit gérer sa jalousie maladive et son manque de confiance envers sa copine Cindy Ledoux (Fanny Valette).

Tintin (Fred Bianconi) qui avait remplacé Laure au commissariat le temps de son hospitalisation, doit gérer la demande de divorce de sa femme et l’absence de ses enfants. Le juge Roban, lui, est gravement malade et subit des pertes de mémoire qui le rendent extrêmement désagréable et pourraient compromettre son avenir professionnel. Quant à Joséphine Karlsson, qui voit le fantôme de Pierre dans les couloirs du palais de justice, elle se plonge dans le travail pour oublier son chagrin. Le juge d’instruction et l’avocate se raccrochent tant bien que mal à l’ordre judiciaire, pourtant gangrené par la manipulation et la corruption, pour ne pas sombrer.

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© Canal+

La nouvelle enquête va toucher tous nos protagonistes quand ils apprendront l’identité du cadavre retrouvé dans la poubelle. En effet, après plusieurs jours de recherches intensives, ils découvrent qu’il s’agit d’un policier de la BAC 93, précisément là où travaille l’ancien patron de la 2e DPJ, le commissaire Herville (Nicolas Briançon). C’est donc un gars de chez eux qui a été atrocement massacré et il est hors de question pour eux que la Criminelle se charge du dossier, malgré l’avis du nouveau taulier Beckriche (Valentin Merlet), qui a du mal à trouver sa place dans cette équipe soudée comme une famille. Évidemment, tous nos protagonistes vont se retrouver plongés dans cette spirale infernale et devront s’entraider s’ils veulent s’en sortir.

Dès les deux premiers épisodes, l’enquête avance très rapidement dans un rythme haletant et fait émerger des secrets scandaleux et des querelles professionnelles intenses. En choisissant cette intrigue, la showrunneuse Anne Landois peut ainsi explorer la question épineuse du relationnel humain entre policiers et civils. L’action se recentrant dans les quartiers difficiles de la banlieue de Seine-Saint-Denis, on découvre les points de vue de certains habitants hostiles envers les forces de l’ordre, mais aussi la vision de certains policiers s’érigeant comme des shérifs sans limite. Les deux côtés sont mis à mal par cette enquête qui révèle des pourris à tous les coins de rue, civils comme policiers.

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Les personnages glissent doucement sur une pente dangereuse et borderline, basculement mis en scène avec un souci de réalisme percutant, contrairement à Braquo. En égratignant le vernis lisse des institutions policières et judiciaires, Engrenages nous livre des personnages plus humains que jamais, eux qui sont tous les jours confrontés à la misère humaine. Cette enquête est bien partie pour rapprocher toutes les parties qui se livrent une lutte acharnée en ville et qui n’arrivent plus à communiquer. À la moindre action et à la moindre question, tout peut très vite basculer dans le chaos. Rien n’a changé, malheureusement, depuis la sortie du film La Haine de Mathieu Kassovitz et la création originale estampillée Canal+ est empreinte de cette même réalité qui fait parfois pencher la série du côté documentaire, grâce à l’aide d’experts policiers et judiciaires intervenus dans l’écriture et le tournage de la série.

En prenant comme noyau dur l’humain, la série arrive à explorer plusieurs problématiques sociétales, comme les magouilles judiciaires, la corruption municipale, la prostitution, les violences policières, mais aussi la maternité difficile, le divorce, le deuil, la solitude et les soucis professionnels. Voilà une multitude de phénomènes sociaux et psychologiques qui heurtent notre société et qui nous explosent à la figure dans ces premiers épisodes d’Engrenages. Attention, la suite de cette sixième saison, bien plus noire que les autres mais s’annonçant plus passionnante, risque d’être éprouvante.

Par Mégane Choquet, publié le 19/09/2017

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