© The CW/Netflix

Il faut qu’on parle du traitement de la culture du viol dans Riverdale

Riverdale montre sa force et trahit ses faiblesses lorsqu’elle s’attelle à ce phénomène social complexe et sensible. Attention, spoilers.

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Ces dernières semaines, l’état d’urgence a été déclaré dans la bourgade faussement idyllique de Riverdale. Les camps sont délimités, les alliances se créent. Sierra McCoy, la mairesse, vient d’enclencher sa vendetta contre toute la zone du Southside, venant raviver les tensions entre les quartiers nord et sud de la ville. Le Black Hood (ou devrait-on dire la Cagoule Noire pour les adeptes de l’ignoble VF) persiste dans sa quête de purification en torturant mentalement sa marionnette fétiche, Betty Cooper. Et, pendant ce temps, Cheryl Blossom a été victime d’une tentative de viol.

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On peut se permettre de le dire avec décontraction, puisque la série elle-même se permet d’aborder un sujet aussi délicat avec un laxisme déconcertant. Lors du cinquième épisode, le gang de Riverdale a dû accueillir de force Nick St. Clair, l’ex de Veronica, un fuckboy de première avec beaucoup d’argent et zéro charme. Après avoir drogué Cheryl lors d’une soirée mondaine, il l’a conduite (sans son consentement, étant donné qu’elle était dans les vapes) jusqu’à sa chambre d’hôtel avant de la déshabiller. Ce qui aurait pu arriver par la suite sans l’intervention miraculeuse des Pussycats, on peut tristement le deviner.

L’épisode suivant, c’est l’incompréhension générale. Alors oui, lorsqu’on est exposé à des violences sexuelles, la réaction et la manière de gérer le traumatisme changent d’une personne à une autre. Il n’y a pas une bonne ou mauvaise façon d’appréhender ce genre d’événement traumatisant. Le hic avec Riverdale, c’est qu’elle n’arrive pas à décider quel développement offrir au personnage de Cheryl.

Résultat des courses, la rouquine paraît réellement touchée, voire dévastée, par ce qui lui est arrivé le temps d’une scène touchante. Quelques heures plus tard, on l’aperçoit vêtue comme une pin-up des 50’s, en train de se dandiner au départ d’une course de voitures façon Fast and Furious. Nous ne nions en aucun cas le droit du personnage à s’habiller et se comporter comme il le souhaite, mais les deux situations semblent quand même antinomiques au possible.

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Il n’y a pas d’autre façon de le dire, le traitement du personnage post-trauma est bancal au possible. Au-delà de ça, cette storyline de Riverdale n’est pas entièrement à jeter puisqu’elle permet de souligner d’autres travers de notre société, notamment par la réaction des autres protagonistes. La pire ? Penelope Blossom, évidemment. En apprenant ce qu’a subi sa fille, elle nie en bloc toute culpabilité de la part de Nick St. Clair, allant même jusqu’à pactiser avec lui pour lui soutirer de l’argent. En somme, elle ne croit pas sa fille, soutenant même qu’au final, il ne lui est rien arrivé puisqu’il n’y a pas eu de viol au bout du compte.

À travers la mère du (maigre) clan Blossom, la série met en lumière le genre de réactions auxquelles sont fréquemment confrontées les victimes de violences sexuelles. Dans bon nombre de témoignages, l’entourage des victimes présumées a tendance à minimiser la situation, étant complètement dans le déni et leur refusant le droit de s’exprimer sur leur traumatisme. Et ce n’est pas tout, puisque chaque personnage impliqué dans cette intrigue reflète notre réalité hors de l’écran.

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Inévitablement, Nick St. Clair est l’incarnation même du patriarcat, soit l’archétype du gosse de riche intouchable. Un Harvey Weinstein en devenir, dans le sens où il a conscience que ses actes, même les plus abjects et répréhensibles, n’auront pas de répercussions. Le fait qu’il se fasse passer à tabac par Veronica et les trois Pussycats, soit des femmes (de couleur, de surcroît), devient d’autant plus symbolique : les minorités en ont leur claque et sont prêtes à se faire entendre, et surtout se faire respecter.

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On en vient alors au cas d’Hiram Lodge, qui est presque tout aussi problématique que ceux évoqués précédemment. En apprenant ce qu’il s’est passé entre Cheryl et Nick, le papa mafieux de Veronica persiste à vouloir faire affaire avec les St. Clair. Par contre, lorsqu’il apprend que le même cas de figure aurait pu arriver à sa fille bien-aimée, c’est une autre facette de lui qu’on découvre. Un homme remonté, crocs acérés, capable du pire pour protéger sa gosse.

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Voilà, on reconnaît là le réflexe typique des hommes qui ont besoin qu’une affaire majeure, telle qu’un viol, les touche de près pour qu’ils se sentent concernés. "Moi, si jamais on fait ça à ma mère ou à ma fille, je le bute" : combien de fois a-t-on lu ou entendu ce genre de commentaire ? À travers ce genre de comportement, on décèle surtout le désintérêt et l’irrespect de bon nombre d’hommes à l’égard des femmes, sauf s’ils les connaissent personnellement. En soi, pour Hiram, ce qui est arrivé à Cheryl l’importe peu. En revanche, si c’était advenu à Veronica, cela aurait été une tout autre histoire. Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

Après le slut-shaming la saison précédente, Riverdale continue sur sa lancée en cherchant à traiter des phénomènes de société lourds, nécessaires et d’actualité. L’intention est plus que louable, d’autant plus quand on sait que le public cible de la série est relativement jeune (et, de facto, peut-être pas sensibilisé à ce genre de sujets). Si les points forts sont nombreux, le gros bémol reste l’évolution fumeuse de Cheryl Blossom. On ne peut que croiser les doigts pour que les scénaristes n’oublient pas ce malheureux événement dans les épisodes (et saisons ?) à venir, car le souvenir d’un acte de violence sexuelle ne vous quitte pas aussi facilement.

Riverdale est diffusée chaque jeudi sur Netflix à raison d’un épisode par semaine.

Par Florian Ques, publié le 17/11/2017

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