Insecure et les aléas du dating, une grande histoire d’amour (et de sexe)

En saison 2, l’héroïne de la comédie HBO est bien décidée à explorer les options qui s’offrent à elle.

Le dating, c’est pas facile. Après s’être enlisés dans une relation routinière et imparfaite pendant des années, les protagonistes d’Insecure renaissent de leurs cendres et s’offrent une deuxième chance, séparés. Virage scénaristique complet, cette saison 2 de la comédie estampillée HBO est avant tout l’opportunité pour Issa et Lawrence de s’ouvrir au champ des possibles. Marchant dans les pas de Molly, déjà bien rodée à l’exercice du célibat, feu le couple phare d’Insecure nage dans les eaux troubles du dating game. Désillusions, libido déchaînée et autres éjaculations faciales : être célibataire, ça n’est pas toujours une mince affaire.

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Molly, blasée mais revigorée

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Avant de dégoter son prince charmant, il faut bien embrasser quelques crapauds. Ça, la BFF d’Issa l’a très bien pigé, et ce depuis la première cuvée. Après avoir passé une saison entière à courir après un boyfriend idéalisé (et, de facto, inexistant), Molly décide d’opter pour une approche plus terre à terre. Fini le stress de la quête frénétique de l’amour avec un grand A, elle fait un break. Enfin, plus ou moins. En plus d’aller consulter une psychologue pour l’aider à mieux appréhender ses névroses, elle abandonne son rôle de prédatrice de la saison 1 pour davantage se faire désirer.

Par la force des choses, Molly se fait draguer par un trentenaire bossant dans le consulting, justement interprété par Sterling K. Brown (This Is Us). Entreprenant, charismatique et surtout désireux de s’engager sur du long terme, Lionel représente en tout point ce que cherchait désespérément Molly lors de la saison précédente. Invitée dans le cadre d’un podcast chez Slate, l’actrice Yvonne Orji y va de sa propre analyse :

"Quand tu apprécies quelqu’un mais que tu ne l’apprécies pas suffisamment, disons qu’il vaut mieux ne pas perdre son temps, mutuellement. Et oui, je pourrais me servir de toi le temps d’une soirée sympa et je pourrais même passer un agréable moment. Mais si je sens que ça ne mène nulle part, alors pourquoi je te ferais perdre ton temps ?"

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© HBO

À contre-courant de son tempérament à la limite du psychotique dont on avait pu être témoin en saison 1, Molly gagne très vite en maturité. Plus mesurée, moins calculatrice, elle est désormais capable de prendre du recul sur les relations amoureuses qu’elle entreprend. Cet éveil de conscience est d’ailleurs intensifié lorsque, dans l’épisode "Hella Shook", Molly apprend que son père avait trompé sa mère au cours de leur relation. Pour quelqu’un qui met l’institution du mariage sur un piédestal depuis sa plus tendre enfance, c’est la désillusion totale. Bercé par ce mirage de la famille nucléaire parfaite, le personnage est confronté à une réalité qui la déçoit et l’attriste.

Cette désacralisation de l’union maritale était une nécessité pour le développement narratif de Molly. Indubitablement, elle devait ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure. Oui, il y a des couples, mariés, heureux, satisfaits. Mais cette voie classique n’est pas, ou du moins n’est plus, la seule envisageable. En prenant conscience de cela et en revoyant ses attentes à la baisse, Molly peut enfin espérer décrocher un aller simple vers l’épanouissement personnel.

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Lawrence, le nice guy démystifié

Lorsque Insecure a tiré sa révérence à l’automne 2016, Lawrence se retrouvait abandonné, livré à lui-même, son quotidien chambardé et son ego piqué à vif. Après l’adultère de sa bien-aimée d’un temps, le brave gars de la série avait cédé à une tentation qui le taraudait depuis un certain temps. Résultat des courses, il s’était alors envoyé en l’air avec Tasha, son employée de banque fétiche. De plan cul sans lendemain, la relation de ces deux-là s’est progressivement développée en semblant de couple. Lawrence l’invite à dîner, se rend à un barbecue géant improvisé dans un parc avec toute la famille de Tasha… puis déguerpit à la première occasion.

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Non, après des années passées dans une relation monogame, Lawrence n’est pas prêt à s’engager aussi rapidement. Ça, n’importe quel psychologue de comptoir aurait pu le deviner. À la place, l’ex d’Issa se redécouvre en tant qu’individu. Il se rend compte qu’il plaît, beaucoup, et que, oui, il est capable de flirter et de batifoler avec des nanas différentes chaque soir si l’envie lui prend. En interview pour Vulture, son interprète, Jay Ellis, s’efforce d’expliquer le revirement total de son personnage :

"Parce qu’on [les hommes, ndlr] n’utilise pas toujours nos mots, on essaie de reprendre possession de notre masculinité et de notre fierté. On ne veut pas être exposé ou vulnérable. Par conséquent, on se retrouve là dehors à devoir prouver que non seulement on peut choper des filles, mais qu'on peut avoir n’importe laquelle à n’importe quel moment. Ce n’est pas le cas de tous les mecs, bien entendu. Pour je ne sais quelle raison, on a été conditionnés pour penser que c’est de cette façon que ça doit se passer. Au bout du compte, on se retrouve encore plus vide et perdu qu’au début."

En l’espace de quelques épisodes, sous l’influence toxique de son pote Chad (un serial fucker invétéré), Lawrence exprime sa frustration à travers des parties de jambes en l’air vides de sens. Puis, dans le chapitre intitulé "Hella LA", Tasha se décide à mettre les choses au clair après le faux plan qu’il lui a fait. "Tu es pire qu’un fuckboy, lui assène-t-elle lors d’un coup de fil enflammé. T’es un fuckboy qui pense être un chic type." En une ligne de dialogue, le personnage de Tasha ne fait qu’expliciter la régression dont est victime Lawrence.

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En saison 2, son personnage opère un revirement complet à 360°, passant d’amoureux réglo et respectueux à baiseur décomplexé à la morale douteuse. Plutôt que d’affronter ses réels démons et mettre les choses à plat avec Issa, Lawrence choisit la facilité. Il se perd dans une sexualité débridée tout en pensant se retrouver. Pas de doute, il est devenu petit à petit un antagoniste à part entière, collectionnant les erreurs et laissant sa bienveillance au placard. Son évolution surprenante permet surtout à Insecure de mettre en lumière la nocivité de l’hypermasculinité tout en montrant, de façon plus convenue, qu’une rupture peut s’avérer être une renaissance. Pour le meilleur, mais, dans le cas présent, surtout pour le pire.

Issa, le phénix désillusionné

Insecure, quoi qu’on en dise, c’est avant tout The Issa Show. Outre Molly, la meilleure pote, et Lawrence, l’ex déchu, il était inévitable d’assister à une évolution de son personnage. Pour le coup, on a été servis. Après s’être fait salement jeter par son boyfriend une fois son adultère découvert, l’héroïne de la série prend une décision radicale. Se rendant compte que reconquérir Lawrence est peine perdue, déterminée à rattraper le temps perdu après des années de vie monogame, Issa crève d’envie de se redécouvrir. Pour ça, rien de mieux à ses yeux que d’entamer sa "hoe phase" (littéralement "phase de salope"). Autrement dit, elle compte bien devenir une fuckgirl avérée et accumuler les plans cul.

Digital native convaincue, son personnage est initié au monde (pas si) merveilleux des applications de rencontres. Hinge, Bumble, Tinder… tout est bon pour dénicher son prochain amant éphémère. Insecure met alors en exergue de multiples facettes du célibat en 2017. Le célibat n’est plus perçu comme l’attente patiente et mesurée de son âme sœur. Non, de nos jours, le célibat est protéiforme. Ça peut être un plan cul foireux qui fera une sacrée anecdote avec le temps. Ça peut être aussi une rencontre décevante où la personne en face de soi ne correspond pas à l’image qu’on s’en était faite.

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Plus que jamais, dans cette saison 2, Issa perd le contrôle. La faute à une libido poussée au max, elle a soif d’hommes ; qu’importe leur personnalité tant qu’ils satisfont ses besoins sexuels. Cela se constate à travers sa rencontre forcée avec son jeune voisin qui se termine en un coït maladroit et artificiel. Une fois l’acte achevé, Issa décline l’offre de son amant passager de rester dormir et ne daigne même pas fournir d’excuse. Elle a eu ce qu’elle voulait, et peut donc rentrer chez elle pleinement comblée. Puis, aussitôt déguerpie, un message Tinder apparaît sur l’écran de son smartphone. Son expression faciale passe alors de béate à fière, et surtout pleine d’espoir. "Si celui-là n’était pas le meilleur, ce n’est pas grave, le prochain le sera", l’imagine-t-on penser à cet instant.

À cause des applications et du rejet graduel d’une monogamie jugée dépassée, la jeune génération contemporaine refuse de s’engager, de prendre le temps et place dans sa ligne de mire une gratification instantanée. De nos jours, le plaisir est à portée de clic et d’écran tactile. Après avoir repris contact avec Daniel en milieu de saison, Issa entame une relation de sexfriend avec ce dernier. Tandis qu’elle lui prodigue une fellation, il prévient que la jouissance est imminente et déverse finalement sa semence sur le visage d’Issa. Celle-ci pète alors les plombs et se tire en deux-deux de l’appartement.

© HBO

Ironiquement, cette scène d’éjaculation faciale apparaît comme une sacrée métaphore. Issa s’en prend plein les yeux, et pas dans le bon sens du terme. Elle réalise d’une façon abrupte que sa "hoe phase" n’est peut-être pas le jeu d’enfant qu’elle s’imaginait. Elle est forcée de prendre conscience que ce type de célibat, sans attaches émotionnelles, n’est potentiellement pas celui qui lui conviendrait le mieux. Cette éjaculation faciale, c’est avant tout ses désillusions et ses attentes faussées qui lui explosent au visage.

Dans la foulée d’une première saison pleine de promesses, Insecure confirme sa volonté de dépeindre des sexualités et des rapports à l’amour divers. Plus que jamais, la série de HBO est le reflet d’une génération où le sexe et les relations n’ont ni la même valeur, ni la même signification. L’indécision, ces doutes omniprésents qui nous font cogiter tard le soir, est symptomatique d’une jeunesse légèrement larguée, mais résolue à trouver son bonheur. Et ça, Insecure l’illustre impeccablement bien.

Par Florian Ques, publié le 30/08/2017

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