"It’s not TV, it’s HBO" : histoire d’une chaîne sans complexes

A l’origine d’un nombre incalculable de séries cultes, renommée pour ses productions de qualité, HBO est un acteur incontournable de l’univers télévisuel. Retour sur l'histoire d'une chaîne pas commes les autres. 

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Depuis sa création en 1972, HBO est une chaîne un peu particulière dans le paysage audiovisuel américain. Réputée pour ses séries de qualité et son attitude sans gêne, Home Box Office fait en effet partie de la famille des chaînes câblées : son signal est crypté, accessible uniquement aux abonnés à qui un décodeur est fourni. HBO fait donc l’intégralité de ses recettes sur les abonnements, et non la publicité comme c’est le cas pour les networks comme NBC, ABC ou CBS.

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Le fait qu’elle ne soit pas accessible à tous permet à HBO de s’échapper des contraintes de la FCC (Federal Communication Commission) : la chaîne est libre de ses contenus. D’où la nudité, les grossièretés, et la réputation sans complexes de cette chaîne qui a pendant longtemps été une exception aux Etats-Unis. Elle jouit également de l’absence de publicité : un atout, à la fois pour les spectateurs qui peuvent profiter de leurs programmes sans encombres, mais aussi pour les producteurs qui se voient encore moins censurés par des sponsors. Cette liberté de ton a joué en sa faveur.

Les prémices : sexe, violence et nudité

Dès sa création, HBO s’est forgé une image de pionnière et d’exploratrice. Première chaîne câblée, première chaîne cryptée, première chaîne diffusée en satellite… HBO sera aussi l’une des premières à sortir du format "un épisode = une intrigue", notamment avec The Sopranos qui voit l’histoire s’étaler sur toute une saison - ce format addictif se propagera très vite. Mais surtout, HBO sera la première à ne pas hésiter à mettre de la nudité, de la violence (verbale et physique), et du sexe dans sa programmation.

Si la chaîne produit des séries originales dès les années 1980 (Les Contes de la Crypte, par exemple), c’est en 1995 que la véritable révolution commence, avec la nomination de Chris Albrecht au titre de Président des Programmes Originaux. Tout d’abord avec Dream On, sitcom écrite par les futurs réalisateurs de Friends, puis avec Oz en 1997, dont le succès critique et populaire est sans précédent. HBO entre alors dans une période de gloire.

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Ainsi, à partir de 1998, une nouvelle série est créée par an, et chacune d’entre elle se révèle innovante, audacieuse, et exceptionnelle. Dans ce panel divers, on pense notamment à Sex and The CityThe Sopranos, ou Six Feet Under. Les critiques sont bonnes, et les récompenses pleuvent. C’est HBO, finalement, qui a réalisé ce pari fou : sortir les séries de leur réputation médiocre et en faire un nouvel art.

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Sex And The City

Mais cet âge doré prend bientôt fin, et après quelques échecs (Mind of the Married Man, Deadwood), il faudra attendre 2002 pour que la chaîne revienne sous les projecteurs avec The Wire, qui malgré des audiences relativement faibles, est considéré à ce jour comme l'une des meilleures séries de tous les temps. Pourtant, cela ne permettra pas à HBO de sortir de sa mauvaise passe. Les séries phares de la chaîne s’éteignent les unes après les autres entre 2004 et 2006. L’image d’HBO est en déclin.

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Showtime, FX, AMC : une concurrence redoutable

Comment l’expliquer ? Tout simplement parce qu’en étant témoin du succès de la méthode HBO, les autres chaînes ont voulu l’imiter. Plus audacieuses, plus ambitieuses, ses compétitrices rattrapent vite HBO qui perd peu à peu le statut d’exception sur lequel elle s’était basée. Des séries comme 24, Desperate Housewives et Lost prennent vie, surprenant le public par leur originalité.

L’influence d’HBO sur les networks se retrouve également dans les rythmes de diffusion, qui deviennent moins rigides (à divers moments de l’année, sans rediffusions). Mais HBO n’a pas seulement eu d’impact sur les chaînes publiques : suivant son exemple, d’autres chaînes câblées sont également apparues. Showtime s’est présentée dès sa création en 1976 comme le concurrent direct d’HBO, produisant des séries telles que The L Word, Queer as Folk, ou Dead Like Me. Mais, contrairement à son mentor, elle s'oriente plus vers les séries de science-fiction.

Plus tard, en 1994, c’est à FX qu’il faut prêter attention. Avec Nip/Tuck, Damages, The Shield, et aujourd’hui American Horror Story, la nouvelle venue n’hésite pas à s’aventurer dans le domaine sulfureux dont HBO avait fait sa marque de fabrique. Enfin, dès l’arrivée d’AMC, que The Walking Dead et Breaking Bad propulsent sur le devant de la scène, le paysage télévisuel est transformé.

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Les petites sœurs de HBO prennent le dessus, profitant de sa période de creux. Leurs productions se font plus populaires, plus intrigantes, aussi. HBO parviendra à sauver sa réputation grâce à la production de quelques mini-séries telles que Band of Brothers. Mais, en général, la chaîne se perd dans la reproduction de son modèle gagnant… Sans parvenir toutefois à retrouver le souffle irrévérencieux de ces premières années.

Game Of Thrones : le pari gagnant

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Game of Thrones

Beaucoup craignaient que HBO ait perdu de sa superbe après son âge d’or de 1997 à 2001. Les nombreuses annulations, ainsi que la perte d’originalité de la chaîne, faisaient penser (à tort) que celle-ci était finie. Malgré quelques exceptions, notamment Rome (victime de son manque de rentabilité), il faudra attendre quelques années avant que la chaîne revienne en force.

C'est à partir de 2008, grâce à True Blood, que la chaîne recommence sa timide ascension. Suivra Boardwalk Empire en 2010. Mais c’est en 2011 que le vent tourne véritablement. HBO se lance un nouveau défi : Game of Thrones, série adaptée de une saga littéraire de fantasy-médiévale écrite par George R. R. Martin. Le budget est faramineux (entre 60 millions et 100 millions de dollars). Une star au casting, des costumes et décors exceptionnels, et surtout, une force scénaristique non négligeable suffisent à faire le buzz.

La série fait phénomène et en est aujourd’hui à sa quatrième saison. Cette renaissance donne confiance à la chaîne qui relance le processus créatif : suivront des séries à succès comme Girls, Veep, ou True Detective. HBO cultive la diversité de ses programmes et offre à ses abonnés des programmes pour tous leurs goûts. HBO reste une chaîne inimitable, audacieuse et ambitieuse, dont les programmes ravissent encore des millions de spectateurs.

Aujourd’hui, HBO comptabilise 28 millions d’abonnés dans le monde qui paient 16 dollars par mois. C’est l’une des chaînes les plus récompensées aux Emmy Awards chaque année. Son statut de référence est reconnu par tous – critiques et publics. Reste à savoir si, à 42 ans, la chaîne continuera d’offrir des programmes inédits, et maintiendra sa place au sommet.

-> À voir : Les meilleurs génériques de séries de ces dix dernières années

Par Lorraine Besse, publié le 03/04/2014

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