James Purefoy incarne le richissime Laurens Bancroft dans la série Altered Carbon. (©Netflix)

James Purefoy (Altered Carbon) : "Quand tu as le pouvoir, tu ne veux pas le lâcher"

On a rencontré James Purefoy, qui incarne l’énigmatique et flippant Laurens Bancroft dans la nouvelle série futuriste de Netflix, Altered Carbon.

James Purefoy incarne le richissime Laurens Bancroft dans la série Altered Carbon. (© Netflix)

Biiinge | Qu’est-ce qui vous a séduit dans le script d’Altered Carbon ?

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James Purefoy | En premier, les personnages, que j’ai trouvé fascinants. J’ai eu une longue conversation avec Laeta Kalogridis [la showrunneuse, ndlr] à propos de Laurens Bancroft, qui il était. J’ai lu le livre et j’en ai découvert davantage sur lui. J’aimais l’idée qu’il ne soit pas juste le méchant de service et qu’il soit plus compliqué et étoffé que ça. Son caractère ambivalent et ambigu m’a attiré. N’importe quel personnage avec un peu de complexité est intéressant à interpréter. Mais si vous êtes âgé de 350 ans, vous êtes particulièrement compliqué [rires, ndlr] ! Vous avez vu tant de choses. Par exemple, il a été le témoin direct de la 6e Grande Extinction [un événement historique dans le livre, ndlr].

Il a traversé cela et vécu la mort de tant d’espèces… Des zones entières de la planète sont devenues inhabitables. Il a connu les conséquences du réchauffement climatique. Toutes ces épreuves l’ont forgé. D’un côté, il possède donc une énorme sagesse et de l’autre, il a besoin d’expérimenter les choses d’une manière très intense, ce qui peut le rendre assez effrayant.

Laurens Bancroft est un homme complexe et élégant. Il possède un pouvoir de séduction indéniable et en même temps, on sent que c’est un homme dangereux, avec un aspect violent. Il m’a fait penser à votre personnage de Joe Carrol dans The Following.

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Ah, oui, si vous raisonnez en termes de personnalité manipulatrice. Les psychopathes sont souvent de brillants manipulateurs, mais je ne pense pas que Laurens en soit un. Il ressent l’empathie. Il est devenu manipulateur à force de vivre aussi longtemps. Il peut lire les gens comme s’ils étaient des livres ouverts. Il décrypte le moindre mouvement : une tête qui dodeline, un sourcil qui fronce, des yeux qui regardent ailleurs… Donc le pouvoir de manipulation qu’il détient, c’est du jamais-vu.

On réalise ses capacités dans la première grande scène qu’il a avec Takeshi Kovacs. Il pourrait se montrer beaucoup plus arrogant à ce moment-là, mais il sait que l’homme devant lui va être très en colère. Il vient de se réveiller de 250 ans de sommeil forcé et en plus, il est dans un corps dont il ne veut pas. Laurens sait qu’il fait face à un homme qui peut lui dire "va te faire voir" en deux secondes. Comment le rallier à ma cause ? En étant supérieur ou arrogant, ou au contraire en me montrant doux et gentleman, et en lui offrant un livre ? Ce n’est qu’une fois que Takeshi a accepté de faire le job qu’il le menace et lui dit : "Si tu ne respectes pas ta part du marché, tu repartiras en congélation." Et là on découvre une personne au cœur de pierre. Il sait très bien comment se jouer des gens.

"J’aimais l’idée que Laurens ne soit pas juste le méchant de service."

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Joel Kinnaman et James Purefoy dans Altered Carbon. (© Netflix)

Malgré son âge avancé, votre personnage semble toujours fasciné par la violence.

Je pense qu’il a un besoin très fort de ressentir les choses à un niveau basique, c’est la raison pour laquelle il est violent. Le sexe, la drogue, la violence et autres activités de ce genre deviennent nécessaires et de plus en plus régulières pour lui, car il est devenu désensibilisé avec le temps. Donc il fait tout pour retrouver un minimum d’excitation.

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La nudité est très présente dans Altered Carbon, et si nous voyons des hommes, ils restent moins nombreux que les femmes dans la série. Pensez-vous qu’il y a un équilibre à restaurer à ce niveau entre les actrices et les acteurs ?

Je n’ai pas vu tous les épisodes d’Altered Carbon donc je ne sais pas qui montre son pénis et qui ne le montre pas [rires, ndlr]. Je pense que nous aurons toujours des difficultés par rapport à ça, non ? Comment évoluer en tant qu’espèce ? Les hommes semblent évoluer plus lentement que les femmes. Et c’est parce que je pense que ceux qui détiennent le pouvoir ont tendance à évoluer plus lentement que les autres, parce qu’ils ne veulent pas renoncer à leur pouvoir. Pourquoi voudriez-vous progresser plus vite si vous détenez déjà tout ? C’est le nœud du problème, du mouvement #MeToo, de tout… Quand tu as le pouvoir, tu ne veux pas le lâcher.

La seule façon pour que nous évoluions en temps qu’espèce, c’est justement que les hommes laissent un peu de leur pouvoir. C’est une chose délicate à faire, mais c’est la seule solution, et c’est ce qui fera qu’on arrivera à une parité complète, notamment au niveau de la nudité. C’est à nous, les hommes, de renoncer au pouvoir, et de comprendre que cela ne va pas affecter notre masculinité. Là, les choses commenceront à changer.

Kristin Lehman et James Purefoy dans Altered Carbon. (© Netflix)

Dans Altered Carbon, les humains ont battu la mort. Grâce à une technologie qui permet de transférer leur conscience dans un corps, ils sont devenus immortels. Vous vous voyez vivre plus de 300 ans, comme votre personnage ?

Pour moi, cette idée est d’une horreur indescriptible ! Le problème à propos de ces technologies, c’est que ceux qui pourront se payer l’immortalité seront justement ceux qui ne devraient absolument pas y avoir droit. Je n’ai aucune confiance en eux. Ils n’ont d’intérêt que pour eux-mêmes. Ils n’ont pas mon bien-être en tête, ou le vôtre.

Et puis je pense que la vie telle qu’on la connaît maintenant répond à des cycles plutôt cohérents. J’aime l’idée que l’on passe par des étapes : on naît, on va à l’école, puis au travail, on se marie, tombe amoureux, puis on a des enfants, si on peut et si on le veut bien sûr. On devient vieux, et on peut alors se retourner et profiter de tout ce qu’on a, et on meurt ! Je trouve que c’est un rythme logique, le cycle de la vie. Et il existe pour tous les êtres sur Terre, pas seulement pour nous. L’idée de l’immortalité va à l’encontre de ça. Ça me semble pervers de vouloir vivre pour toujours. Personnellement, je pense que je serai en paix avec l’idée de mourir.

"Ça me semble pervers de vouloir vivre pour toujours."

Vous avez incarné un tas de personnages fascinants, notamment dans des séries comme Rome. Y a-t-il un rôle en particulier que vous rêvez encore d’interpréter ?

La seule vraie force créatrice sur un plateau, c’est le scénariste. Tous les autres ne font qu’interpréter son travail, que ce soit des acteurs, costumiers, cinéastes… À la base, c’est une personne qui arrive avec son étincelle. Richard K. Morgan a créé le monde d’Altered Carbon. Nous l’interprétons. Tant qu’il y aura des auteurs pour écrire des histoires, j’aurai de beaux rôles à défendre.

Vous êtes aussi à l’affiche de Hap and Leonard avec Michael K. Williams. Que pouvez-vous nous dire sur la saison 3 ?

Je suis très excité par cette saison, dans laquelle Hap et Leonard ont affaire au Ku Klux Klan. Et ce n’est pas juste les méchants contre les gentils. Nous évoquons plus en détail la politique et l’économie au sein du Klan, ce qui fait que les gens les suivent. Nous prenons ce débat en main. Cette saison va vraiment être super.

À l’époque où les scénaristes nous avaient parlé d’adapter ces deux romans-là de Joe R. Lansdale [chaque saison de la série adapte une histoire différente du romancier, ndlr], on nous avait dit : 'Mais qui ça intéresse encore le Klan ?'. Sauf que soudainement, cette organisation est redevenue très réelle aux États-Unis et des vies ont été impactées. À Charlottesville, des personnes ont été blessées, d’autres sont mortes. Et si vous dites qu’il y a des "gens biens" au Klan, vous élevez un tigre qui se retournera contre vous et vous attaquera. C’est une façon de jouer avec le feu. Je pense donc que cette saison de Hap and Leonard arrive à point nommé vu l’Amérique dans laquelle on vit.

La saison 1 d’Altered Carbon est disponible sur Netflix.

Par Marion Olité, publié le 06/02/2018

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