James Van Der Beek (Diplo) : "J’aime manipuler ma propre image ou celle des autres pour divertir"

James Van Der Beek endosse les rôles d’acteur principal et de showrunner sur la première série de fiction de Viceland, What Would Diplo Do?. Rencontre.

Biiinge | Comment une bonne blague, cette vidéo parodique à propos du DJ Diplo, est-elle devenue la première série scriptée de Viceland ?

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James Van Der Beek | Diplo était en train de faire la tournée "Mad Decent Block Party". Ils avaient besoin de communiquer dessus et donc ils ont demandé à un réalisateur avec lequel ils collaboraient, Bud Light, s’il avait des idées. Et son idée était de me faire jouer le rôle de Diplo. Je ne le connaissais pas, mais j’avais entendu parler de lui, notamment dans une interview radio où il parlait de sa musique. Je me suis dit, "ce mec est une sorte de génie". Quand ils m’ont proposé de m’impliquer, je me suis dit que c’était une bonne idée. J’ai pas mal réécrit le scénario, on l’a tourné et c’est devenu A day in a life of Diplo. Je pensais que ça s’arrêterait là.

Mais la vidéo a bien marché et a tourné sur les médias. Viceland est venue et nous a dit : "On peut en faire une série". Au départ, je n’y croyais pas trop, je leur ai dit : "Les gars, c’était juste un one shot". Mais la nuit suivante, j’y ai repensé et j’ai réalisé : "Attends une seconde, ça peut complètement être une série en fait !", si on prend l’angle du génie musical qui ne sait pas se comporter dans la vraie vie. J’ai toujours aimé l’idée d’une série qui s’attaquerait à des sujets super profonds et à des vérités existentielles, à travers les yeux d’un clown. Je tenais ça : parler du sens de la vie mais avec une espèce de couche de stupidité. Parce qu’au bout du compte, c’est une série sur un DJ.

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Je suis devenu super enthousiaste à l’idée de faire ce show. Je leur ai dit : "OK, si vous me laissez l’écrire et le gérer comme showrunner." Spike Jonze est venu me conseiller en tant que directeur créatif. Nous avons eu le feu vert et pu sortir cinq épisodes. Et les retours ont été incroyablement positifs. Je suis super content.

"On crée un nouveau personnage en usant de quelques morceaux de vérité"

La comédie met en scène une parodie de Diplo. Dans une interview pour Complex, vous expliquez avoir rencontré Diplo. Ce dernier vous a dit : "Rends-moi le plus ridicule possible." C’est chose faite avec cette première saison ! Avez-vous des retours sur ce qu’il en a pensé ?

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Oui, il était OK pour tout ça et il sait qu’il ne faut pas se prendre trop au sérieux. Je pense qu’il a assez confiance en ses capacités musicales pour s’amuser de lui-même et de la culture DJ en général, et ne pas prendre la mouche. Donc ça aide. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait après avoir vu les épisodes avant tout le monde, et il m’a répondu par SMS : "Je le sens bien." Je l’ai vu il y a quelques semaines. Il semblait content du résultat.

Comment avez-vous trouvé ce personnage de "fake Diplo" ? J’imagine que votre précédente performance dans Don’t Trust the B---- in Apartment 23, où vous incarniez une version parodique de vous-même, vous a aidé ?

Oui, absolument. Ça a été une expérience assez unique de m’autoparodier, d’assassiner mon propre ego. Et je me suis vraiment cramponné à ce drôle d’espace méta. Surtout que j’ai été guidé dans le processus par la créatrice de ce show, Nahnatchka Khan, qui est une vraie génie. J’avais donc un peu d’expérience, et c’est vrai que je savais quoi faire du coup pour créer ce genre de personnage. Je connaissais les ficelles, je savais ce qui fonctionnerait ou non. Au final, on crée un tout nouveau personnage, mais en usant de quelques morceaux de vérité et on remplit le reste avec de la pure fiction, pour créer une étincelle.

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Le vrai Diplo et son alter ego fictif, incarné par James Van Der Beek. (©️ Shane McCauley/Viceland)

Comment avez-vous trouvé le bon équilibre entre la réalité et sa distorsion pour en faire une fiction ? Vous utilisez des faits, comme le clash entre Diplo et Taylor Swift sur Twitter, qui ont vraiment eu lieu.

En réalité, ce que j’ai fait, c’est secouer un peu ces moments de vérité et inventer tout le reste autour. Nous avons par exemple créé des scènes d'"origin story" à Diplo [des scènes où il n’est pas encore connu, ndlr] qui sont complètement fausses. La séquence du tweet avec Taylor Swift par exemple, on a gardé ce qu’ils se sont écrit, mais on a inventé l’origine du clash, pourquoi il a tweeté, ce qu’il a tiré comme leçon ou non, le tout en usant des petits éléments de réalité. Ce qui est bien, c’est de pouvoir imaginer des situations autour d’un personnage déjà bien établi dans l’inconscient des gens.

Pas besoin du coup de passer plusieurs minutes à expliquer ce qu’il se passe, à faire trop d’exposition. Pas besoin non plus d’essayer de convaincre le public que c’est un génie de la musique. Ça prendrait beaucoup trop de temps et d’efforts de créer ce personnage de toutes pièces. Parce qu’on parle de quelqu’un qui existe et dont la musique est appréciée des gens, et il est aimé à travers le monde. Donc tout ça, c’est acquis. On ne part pas de zéro donc on a pu aller rapidement vers la direction souhaitée.

L’idée n’était pas d’aller creuser dans le vrai Diplo, de savoir qui il était etc. On est partis sur l’idée de parler des grandes vérités de la vie. On avait des discussions très profondes dans la writer’s room [rires, ndlr]. On rajoutait ensuite une belle couche de stupidité ! C’est une façon très fun de bosser.

"Jouer est quelque chose que je fais depuis si longtemps que je ne sais plus comment ne pas jouer"

C’est la première fois que vous êtes à la tête d’une série en tant que showrunner. What Would Diplo Do? est vraiment votre bébé. Comment avez-vous vécu cette nouvelle fonction ?

J’ai adoré ça. Ça a été un processus à la fois difficile et exaltant. À chaque fois que vous créez quelque chose, vous naviguez entre des moments ultrastimulants où vous êtes tout excité, "Oh mon Dieu ça va être génial !", et d’autres où vous êtes en plein doute et vous vous demandez "mais comment tout ça va tenir debout !", "mais est-ce que quelqu’un va trouver ça drôle ?" Ensuite, tu t’entoures de personnes qui te conseillent. Ce genre de phase est arrivée à chaque étape de la série : l’écriture, la production, le tournage, l’édition…

Le plus difficile est de continuer d’avancer avec toutes ces interrogations, l’excitation, les remises en question… Il faut réussir à passer outre et éviter de paniquer. Parce qu’au final, ça fonctionne ! La meilleure partie du travail, c’est vraiment la collaboration avec l’équipe. Même si j’ai écrit tous les épisodes, je les ai travaillés avec deux autres scénaristes [Hal Ozsan, Jordan VanDina, ndlr] et mon réalisateur [Brandon Dermer, ndlr]. J’ai adoré avoir des discussions avec eux, basées sur ce que j’avais écrit. C’est génial de voir les acteurs jouer ce que j’avais écrit, et l’améliorer. C’est une position unique en tant que producteur ou showrunner de pouvoir dire : "Yes, cette idée est meilleure qu’avant comme ça, faisons ça !" C’était ma plus grande joie.

La team de What Would Diplo Do? (©️Viceland)

Quelle casquette avez-vous préféré porter sur ce show ?

Jouer est quelque chose que je fais depuis si longtemps, au point que parfois, je ne sais plus comment faire pour ne pas jouer. C’est devenu une partie de ma personnalité, une façon d’aborder la vie, c’est assez bizarre. J’ai vraiment pris du plaisir à développer une histoire, à travailler avec des scénaristes. J’aime aussi écrire maintenant. Avant, quand on me posait la question, je répondais : "J’aime quand c’est fait." Maintenant, j’apprécie vraiment le fait d’écrire, quand j’arrive à faire ce que je veux et que ça fonctionne, quand tu as des gens avec qui brainstormer tes idées. Cette joie de la découverte est incomparable. J’ai bien l’intention de produire et écrire davantage à l’avenir.

Vous avez incarné un "faux James" dans la comédie Don’t Trust the B---- in Apartment 23 puis un "faux Diplo" dans What would Diplo do?. Avant cela, vous êtes devenu un des premiers mèmes de l’histoire, vous avez fait une série de gifs pour Funny or Die. Vous êtes devenu une star très "méta". Ce statut vous plaît-il ?

J’aime juste raconter des histoires. Tout ce truc autour du méta c’est encore cette histoire de briques, dont on se sert pour construire une histoire. Je pense aussi que nous vivons dans une époque nouvelle. La société et les médias ont énormément changé. Les attentes du public sont tellement différentes d’il y a 20 ans, quand j’ai commencé ma carrière. À l’époque, l’audience était quelque chose qu’on pouvait subvertir, et à laquelle on pouvait se permettre de ne pas prêter attention. Maintenant, on est obligé d’inclure les attentes du public dans la narration de l’histoire. Au final, ce que le public recherche, c’est une forme d’authenticité, qui va leur parler, les fidéliser et saura les divertir.

J’aime manipuler ma propre image ou celle des autres pour en faire quelque chose de divertissant, qui frappe les esprits. Même si c’est juste dans le but de faire rire, maintenant plus que jamais, on y gagne vraiment à travailler avec ce qui est sous notre nez.

On vous a sûrement enquiquiné de nombreuses fois à propos de votre rôle iconique dans Dawson. La série va fêter ses 20 ans en janvier prochain. Question simple : quel souvenir de cette époque gardez-vous en mémoire avec le plus d’intensité ?

Pour moi, ça a été de tourner ce tout premier épisode, parce que c’était le plus fondateur. Parce que tout n’était que découverte pour nous. Je crois que c’est ce qu’on recherche tous dans cette industrie, le frisson de la découverte. Tu démarres et tu as tant de questions, tant de choses inconnues devant toi. En travaillant, collaborant, en saisissant sa chance…

Et le fait de sauter les deux pieds dans l’inconnu, de voir quelque chose prendre vie, qui n’existait pas avant et sentir que c’est juste. Toute cette énergie était à son plus haut niveau lors du tournage du premier épisode de Dawson. Je trouve que ce qui est fun et riche dans cette expérience, c’est cette toute première fois où tu entres dans ces personnages, et que tu dis ces mots et tu réalises soudain : "Waouh, quelque chose se passe là !"

La première saison de What Would Diplo Do est diffusée sur Viceland à partir du 22 octobre à 21 heures.

Par Delphine Rivet, publié le 20/10/2017

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