Jane the Virgin m'a mis le cœur en miettes... et c'était peut-être la fois de trop

Si vous n'avez pas vu l'épisode de Jane the Virgin diffusé ce lundi 6 février, passez votre chemin. On a des comptes à régler et ça spoile !

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Jane the Virgin nous a habitués aux peines de cœur, mais jamais l'une d’entre elles n’a eu un caractère aussi définitif. Même aux moments les plus dramatiques de la série (la chute d’Alba dans les escaliers, le fœtus en difficulté, le kidnapping de Mattéo, la blessure par balle de Michael), tout finissait par rentrer dans l’ordre. Jane the Virgin demeurait une bulle dans laquelle rien de grave ne pouvait arriver. Jusqu'à ce funeste lundi de février...

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Les cinq étapes du deuil

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Dans son dernier épisode, la série vient de faire éclater cette bulle. Michael, parti pour passer son test d'admission pour entamer des études de droit, s'écroule sur le sol. Au téléphone, Jane apprend que son mari est décédé suite aux dégâts causés par sa blessure par balle. Les règles ont changé et, passée la stupeur, on réalise que plus rien ne sera jamais pareil. Les personnages à qui l’on tient peuvent donc mourir dans Jane the Virgin. Ce monde fantaisiste et fantasmé a été rétrogradé de son petit nuage pour s’ancrer dans une douloureuse réalité. Cela peut-il nuire à la série ? Si nous ne pouvons plus lui faire confiance, à quoi bon continuer à la regarder ?

Pour ceux qui sont parvenus à éviter les spoilers tout au long de la journée, la mort de Michael fut un choc, ça ne fait aucun doute. Pour d’autres, qui n’ont pas eu ce luxe ou ont peut-être juste appris que quelque chose de grave s’était produit – difficile de passer au travers des "oh non, c’est horriiiiiiiible" et autres "mon cœur saigne" sur Twitter – l’épisode fut aussi une épreuve.

En lançant l’épisode hier soir, je savais ce qui m’attendait. Durant ma journée de travail, qui comprend forcément une veille sur Twitter, j’ai réussi à jouer à saute-mouton avec les titres de la presse US, alarmée par certains. J’allais devoir passer dix heures dans un champ de mines. Dès que, dans le coin de l’œil, apparaissait le nom de la série, je passais vite vite vite au tweet suivant. Hélas, j’ai quand même entraperçu les mots "death", "major character", "shock". Ma technique d'évitement n'est décidément pas imparable.

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Et puis le tweet d’un article, dont je me suis interdit de lire le titre, affichait en grand une photo de Jane, allongée en position fœtale sur son lit, en train de pleurer. Pas la peine d’être Nostradamus pour comprendre. À la fin de ma journée de travail, j’en avais déduit que Michael était mort. Avant même de commencer l’épisode, j’attaquais la première des cinq étapes du deuil : le déni.

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Je me suis conditionnée pour le regarder sans a priori. D’abord parce qu’en tant que critique, c’est une auto-discipline que j’essaye d’appliquer à mes visionnages en général. Et puis, il faut bien l’avouer, parce que j’espérais encore un miracle : peut-être que je m’étais trompée dans mes déductions… peut-être que c’était Rafael ? J'entrais dans la phase 2 du processus du deuil : le marchandage. Et, comme si j’avais une ligne directe avec les scénaristes avant qu’ils n’écrivent la scène incriminée, les négociations imaginaires allaient bon train. Pitié, quitte à choisir, faites que ce soit Rafael. Je suis #TeamMichael depuis le début, sorry not sorry.

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"Il n'y a aucun moment dans notre série qui surpasse dans mon cœur celui où Michael partage ses vœux avec Jane... Donc inutile de préciser qu'écrire cet épisode a été dévastateur pour nous", écrit Jennie Snyder Urman.

Puis, avec le visionnage tant redouté, vint la colère. Je constate que l’épisode se focalise sur Michael, son enfance, ses souvenirs, son stress, son histoire avec Jane… C’est subtile, mais on sait très bien ce que ça veut dire, ce genre d’épisodes. La série prépare le terrain. Et d’une certaine façon, elle fait aussi monter la charge émotionnelle face à l’inévitable. Du coup, la fin est tout sauf un choc. Mais ça n’en est pas moins douloureux.

Et après ?

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Cette série, qui m’a si souvent rassurée face à la noirceur du monde, se permet d’éteindre la lumière. Maintenant. Avec tout ce qu’il se passe. Au moment où j’ai le plus besoin de son étreinte. J’ai pleuré – parce que quoi qu’il arrive, Jane the Virgin sait toujours faire frémir ma corde sensible –, mais j’ai d’abord été furax avant d’être triste. Encore aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas décoléré. Je ne comprends pas. Je ne vois pas l’intérêt d’un tel saut dans le vide, si ce n’est d’user d’un artifice assez lâche pour provoquer la réaction.

C’est d’autant plus vache que quelques scènes plus tôt, on nous faisait miroiter un nouveau bébé et une longue vie à deux… enfin quatre, du coup. Tuer un personnage principal pour l’effet choc, c’est super cool dans Game of Thrones, pas dans Jane the Virgin. En la regardant, on accepte qu’elle fasse mumuse avec nos émotions mais là, on ne joue plus. Pour la dépression, quatrième étape de ce difficile cheminement vers le "je vais mieux", ça ne devrait pas tarder. Quant à la dernière phase du deuil, l’acceptation, pas sûr qu’on l’atteigne un jour.

Pourtant, à un moment, il faut bien que l’objectivité et le regard critique reprennent le dessus. Chasser l’affect. Observer le déroulement de l’intrigue. Analyser les trajectoires des personnages… Nope, je suis toujours furax.

Le dernier épisode opère un saut dans le temps de trois ans dans lequel Jane se prépare pour un mariage (celui de Xiomara et Bruce, ou Rogelio et Darci ?). Elle a les cheveux courts, une façon de montrer qu’elle s’est séparée d’une partie d’elle-même après la mort de Michael, pour mieux tourner la page. Ça va tout changer. Pour nous, pour Jane, mais aussi pour Rogelio qui va sûrement devoir tomber le masque et arrêter ses irrésistibles bouffonneries pour nous montrer une facette de lui qu’on n'a quasiment jamais vue : la douleur, pure et simple, d’avoir perdu un être cher.

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Mais évidemment, si la série persiste dans son saut dans le temps, la mort de Michael va également changer la narration. Va-t-on directement passer à autre chose, pour rester en phase avec l’esprit optimiste de la série, ou va-t-on s’attarder sur les conséquences directes ? Ce qui ne changera pas en revanche, c’est le triangle amoureux entre Jane, Rafael et Michael. Car si le propriétaire du Marbella aura toujours, quoi qu’il en dise, des sentiments profonds pour la mère de son fils, il est désormais en compétition, non plus avec le "college sweetheart" de Jane, mais avec l’homme de sa vie, l’idée d’un bonheur qui lui a été arraché, bref, une version de Michael upgradée au rang de saint. Difficile de rivaliser.

Et Jane, cette incorrigible romantique qui vivait enfin l’histoire de ses rêves, comment pourrait-elle encore croire à ses telenovelas à l’eau de rose ? Ce sont les fondations mêmes de Jane the Virgin qui vont être mises à l’épreuve par la suite. Jennie Snyder Urman, la showrunneuse, s’est fendue d’une lettre (qui avait des airs d’excuses) pour rassurer les fans. Car après tout, c’est le principal effet secondaire de cet série : le réconfort. Elle confirme que Michael devait initialement mourir bien plus tôt dans la série.

"Jane ressentira toujours l’absence de Michael (et croyez-moi, nous aussi), mais ça ouvre notre narration à de nouvelles et excitantes perspectives, tout en conservant le monde léger et lumineux de Jane que nous adorons écrire", écrit Jennie Snyder Urman dans sa lettre.

Mais ça, c’était avant que le génial Brett Dier ne s’en empare et n’en fasse l’un des chouchous des fans. Rafael soutient à peine la comparaison tant son personnage est dénué de tout humour. Michael est un être lumineux, un pitre, un petit ami qui ne pose pas d’ultimatum à Jane, un ex qui sacrifie son bonheur pour elle, un mari qui la soutient envers et contre tout. Mais aussi, Michael, c’est l’homme des premières fois de Jane. Son premier amour, son premier mariage, sa première relation sexuelle, sa première maison loin de Xiomara et Alba.

Je veux bien concéder que Jane the Virgin, en tuant Michael, n’a pas fait ça pour nous torturer, mais pour le bien de l’histoire. C’est peut-être le début de la phase d’acceptation pour moi. Super… J’en fais quoi, maintenant, de tous ces Kleenex ?

Par Delphine Rivet, publié le 09/02/2017

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