Marvel's Daredevil : "J'ai le Punisher dans le sang"

C'est le nouveau venu dans cette deuxième saison de Marvel's Daredevil, qui sera mise en ligne vendredi sur Netflix. Apparu dans The Walking Dead, Jon Bernthal a décroché un rôle sur mesure pour lui, celui du Punisher. Rencontre avec un acteur aussi badass que son personnage.

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© Netflix

Biiinge | Le Punisher est un rôle très physique. Comment vous y êtes-vous préparé ?

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Jon Bernthal | Les scènes de combat faisaient partie des vrais réussites de la saison 1. Ils n’ont pas seulement produit de belles chorégraphies. Chaque combat prend en compte le style du personnage, qui se bat d’une certaine manière selon son histoire.

L’année dernière, j’ai joué dans deux ou trois films d’action. Dans ce genre de production, on a deux ou trois mois pour répéter les scènes de combat avant le tournage. À la télé, un épisode entier se shoote en quelques jours, et d’une manière ou d’une autre, il faut que cette scène de combat incroyablement ambitieuse rentre dans ce planning. Dans cette série, l’action est d'un niveau de qualité équivalent à celui des films.

Ça a donc été dur. J’ai pratiqué différents sports au lycée et à l’université, notamment la boxe, mais le travail sur Marvel’s Daredevil est sans comparaison. C’est ce que j’ai fait de plus dur, physiquement, dans ma vie.

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"Je suis resté le Punisher pendant toute la durée du tournage."

Est-ce l’aspect physique ou émotionnel qui vous a demandé le plus travail ?

Les prouesses physiques du Punisher me sont venues plus naturellement car j’ai mené une vie d’athlète. Ça risque de vous sembler pompeux, mais sur un show comme Marvel’s Daredevil, j’ai dû rester le Punisher tout le temps, vu le niveau d’exigence demandé, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Si j’étais plus talentueux, peut-être que je pourrais boire des coups ou aller au restaurant entre deux scènes (rires). Mais je ne sais pas faire ça. Je dois rester dans cet état d’esprit sombre, et pour cela, j’ai différentes méthodes.

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© Netflix

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À la fin de la journée, nous ne sommes que des singes maquillés qui répétons des scènes pour gagner notre vie, alors il faut rendre l’expérience la plus dangereuse, réaliste et imprévisible possible.

Pour moi, l'habitude est le pire, l’unique vrai danger sur un plateau. Certains acteurs ont leur routine, et aiment jouer de la même façon à chaque fois. Ils connaissent leur script par cœur et n’y touchent pas. Ma vision de mon métier est qu’il faut bousculer les choses, faire peur aux gens et être le plus imprévisible possible.

"Je devais rendre justice aux comics, mais aussi faire du Punisher quelqu’un d’unique et me l’approprier."

À quel point connaissiez-vous le Marvel Universe ?

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Pas tant que ça. Je ne connaissais pas bien le Punisher avant de travailler le personnage, mais j’ai lu tous les comics depuis, et c’est un vrai régal. Je me sens une vraie responsabilité par rapport à ce personnage. Je veux lui rendre justice. C’est un grand honneur de l’incarner.

Les fans de comics sont particulièrement impliqués et imaginatifs. Ils ont créé dans leur esprit leur propre Punisher. Ils ont une relation incroyablement intime avec ce personnage ! Il évoque beaucoup de choses à de nombreuses personnes. Son background dans l’armée américaine résonne de façon particulière. J’ai donc pris ce personnage très au sérieux. Je devais rendre justice aux comics, mais aussi en faire quelqu’un d’unique et me l’approprier.

Marvel’s Daredevil est une série très sombre comparée aux films adaptés des comics. Ce ton vous a-t-il séduit ?

Ce qui est génial avec les séries actuelles, c’est qu’elles offrent la possibilité de mettre en avant certains personnages, comme le Punisher, qui n’ont pas eu l’opportunité de s’exprimer sur grand écran. Le tout avec une qualité cinématographique. Cela permet une vraie plongée dans la noirceur de ce personnage, sans se préoccuper de savoir si cela va plaire à une large audience. Je déteste la demi-mesure. Quand on propose un personnage qui fait de mauvaises choses et qu’on l’excuse juste après.

"Marvel’s Daredevil est avant tout une série sur des êtres humains."

Ce que j’aime le plus avec Marvel’s Daredevil, c’est que ce n’est pas une série de super-héros, mais une série sur des êtres humains et sur ce qui les motivent. L’histoire de Matt Murdock est celle d’un homme. C’est une vision rafraîchissante et très intéressante du genre super-héroïque.

Les personnages évoluent, se développent, grandissent… Le Frank Castle introduit au début de la saison 2 est très différent de celui que vous allez voir dans le dernier épisode. Quand on le rencontre, il est plein naufrage. Il souffre et vit un véritable cauchemar éveillé depuis l’événement tragique qui a bouleversé sa vie. C’est un écorché vif.

Le Punisher ne serait-il pas un  "mauvais" modèle pour les jeunes ?

Ça ne me concerne pas vraiment de savoir si Frank est un bon ou un mauvais modèle. Je veux surtout rendre justice à ce personnage, cet homme, ce soldat qui s’est battu pour son pays, ce père et mari qui a perdu tous ceux qui comptaient pour lui.

En tant qu’acteur, je ne peux pas me demander s’il est aimable ou s’il peut servir de modèle. J’aurais toutes les chances de mal l’interpréter. Je dois croire en lui pour le rendre ensuite crédible auprès du public.

Pensez-vous que le monde serait plus sûr avec un "vigilante" dans les rues ?

Si la série pousse les gens à se poser cette question, c’est qu’on aura bien fait notre job. Mais je ne pense pas que mon boulot soit de répondre à cette question. Je n’aurais pas pu jouer ce personnage si je n’avais pas été un mari et un père dans la vie, si je n’avais pas dans ce monde des proches que j’aime plus que moi-même.

Je peux m’identifier au Punisher. Je peux comprendre comment il en arrive là, pourquoi il choisit ce chemin et ce qu’il doit endurer. Je ne veux pas excuser son comportement mais j’ai de l’empathie pour lui.

"Ne serait-il pas plus en phase avec sa nature en devenant ce tueur de masse que quand il était mari et père ?"

©Netflix

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L’absence de costume trop encombrant pour le Punisher vous a-t-il aidé ?

Oui, cela montre aussi que ce personnage est un "work in progress". Quand il arrive au début de la saison 2, il n’est pas un "produit fini". Des semaines se sont écoulées depuis qu’il a perdu sa famille et qu’il s’est déconnecté du monde. Il réapprend certaines choses, et évolue au fil de sa relation avec Daredevil et Karen. Il avait abandonné tout sens moral, toute notion du bien et du mal.

Il a construit un mur autour de lui, qui lui permet de ne penser qu’à ceux qui lui ont pris sa famille. Les autres personnages de la série vont détruire ce mur, petit à petit. Au final, Frank est avant tout un être humain avec des sentiments. Il est capable de montrer des remords. Je pense qu’il vit avec une honte permanente, car sa famille a été enlevée sous sa garde. C’est quelque chose dont il ne se remettra jamais.

©Netflix

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Il fait aussi face à un vrai dilemme : il se demande s’il ne serait pas plus en phase avec sa nature en devenant ce tueur de masse qui rend une justice expéditive, ou quand il était mari et père. Ne serait-il pas plus en paix avec lui-même en faisant ça ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ? Il a l’impression que ce cauchemar ne finira jamais.

La question qu’il se pose, et qui vient des comics, c’est : "Est-ce le vrai moi, pourquoi je fais ça ?" Je dis que c’est pour ma famille, mais c’est aussi la seule façon que j’ai trouvée pour me soulager dans le tourment sans fin qu’est mon existence. Tout est dans le matériel original.

Préféreriez-vous un spin-off sur le Punisher au cinéma, en série ou juste rester un personnage phare de Marvel’s Daredevil ?

Je ne sais pas du tout. Je veux surtout travailler avec la meilleure team possible si l’intrigue du Punisher se poursuit, peu importe le médium. Je suis très attaché à ce personnage. J'ai l'impression que je l'ai dans le sang. J’ai une totale confiance dans les choix de Marvel et Netflix. Tout ce que je peux dire, c’est que si on proposait à Frank Castle une autre chance, il serait partant (sourire).

Par Marion Olité, publié le 17/03/2016

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