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On n’a pas trouvé le Graal avec Knightfall, une épopée sur la chute des Templiers

La nouvelle série d’History n’atteint pas le niveau de qualité de Vikings, mais saura convaincre les passionné·e·s de quêtes arthuriennes. Attention, spoilers.

Époque de Peak TV oblige, les chaînes thématiques américaines s’adaptent à la demande en développant leur propre contenu basé sur leur fond de commerce : l’Histoire avec un grand H. Quand National Geographic s’attaque au parcours des plus grands cerveaux de la planète avec Genius, Discovery Channel répond par une plongée dans l’esprit torturé des tueurs en série avec Manhunt: Unabomber. Mais l’une d’entre elles exploite le filon depuis 2013 avec succès grâce à une série capable de soulever les foules autant que Game of Thrones et Stranger Things : History et ses Vikings.

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La petite chaîne dédiée à l’histoire revient cette année avec Knightfall, une épopée chevaleresque se déroulant au XIVe siècle, alors que l’ordre des Templiers a trouvé refuge à Paris sous la protection de Philippe IV le Bel. Chassés de la Terre sainte après le siège des armées égyptiennes contre Saint-Jean-d’Acre, les chevaliers à la croix rouge y perdent également leur Graal. Cette défaite marque la fin des croisades et la disparition de la présence franque en Orient. Mais contre toute attente, les derniers Templiers vont se rendre compte que leur Graal a refait surface après la bataille et partir à sa recherche.

Une reconstitution décevante

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Si Vikings plaît autant à son public, c’est parce qu’elle atteint un niveau de qualité lui faisant dépasser sa condition de simple panorama historique sériel. Sa photographie, son casting, ses combats sanglants et son exploration complexe et fascinante du panthéon nordique font de l’œuvre de Michael Hirst une réussite totale. Knightfall, qui suit ses traces mais à une époque postérieure, manque clairement de caractère pour rivaliser avec sa grande sœur.

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Pourtant, le postulat de départ était vraiment prometteur. Les croisades de l’ordre du Temple, qui déboucheront sur la dynastie des Rois maudits, sont dignes des légendes arthuriennes et les trois créateurs de la série (Don Handfield, Dominic Minghella et Richard Rayner) ont déjà revisité des périodes historiques tels que l’Angleterre de Robin des Bois ou l’Écosse médiévale de Macbeth. Les multiples trailers annonçaient également des joutes violentes et dynamiques venant ponctuer la quête du Graal. Malheureusement, des manques évidents de budget et une direction d’acteurs inexistante viennent ternir cette belle promesse.

Le pilote de Knightfall use et abuse des effets numériques pour reconstituer la bataille de Saint-Jean-d’Acre, à base de troupes indénombrables, de catapultes en bois et autres explosions grandiloquentes. Trop ambitieuse, la séquence est cheap et n’a rien de mémorable, alors qu’elle est censée exposer les enjeux dramatiques des Templiers, personnages que nous suivrons par la suite. Si les duels à l’épée convaincront les fans d’hémoglobine et de membres coupés à la sauce Tarantino, ces scènes sont des copier-coller des combats de Spartacus. Sauf que quatre années ont passé depuis la fin des exploits des gladiateurs, et que l’aspect désuet des chorégraphies et l’abus du slow motion se ressentent fortement.

Malgré tout, l’histoire de Knightfall progresse sur un rythme suffisamment rapide pour nous captiver dans son histoire de déchéance, mais sans le charme visuel d’un Vikings. Les rues de Paris au XIVe siècle sont agréables à découvrir même si les costumes de certains personnages sont loin des reconstitutions ultrafidèles de The Crown ou Outlander. Si on pardonne aisément le manque de budget pour cette série qui a du cœur, il est difficile de passer outre le jeu décevant voire catastrophique des acteurs.

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On se croirait parfois dans une rom-com des années 1990. Le cast semble à l’abandon dans les scènes dramatiques, monoexpressifs d’abord puis en total surjeu dans la suivante. Tom Cullen (Downton Abbey) n’a pas le charisme suffisant pour porter le show sur ses épaules et personne n’est capable de véritablement lui donner la réplique. Knightfall est également un éloge de la virilité à peine dissimulée. Au bout des quarante premières minutes, on cherche encore la présence d’une femme quand elle ne sert pas de chair à canon, ou est montrée comme une personne volage qui s’offre aux hommes en un claquement de doigts.

Par certains aspects, la série va jusqu’à s’autoparodier. Les airs trop sérieux que prennent les méchants, les tirades mielleuses roucoulées par les gentils ou encore ces plans immondes en caméra rapprochée venant souligner la surprise d’un personnage frôlent parfois le grotesque. Si le cliffhanger final, qui débouche sur la quête chevaleresque des Templiers, donne envie de poursuivre l’aventure et de laisser une chance à la série, les scénaristes devront apporter plus de complexité, de profondeur et d’esthétique à leur bébé pour espérer convaincre et ne pas tomber in fine dans la catégorie des nanars inavoués.

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En France, la saison 1 de Knightfall reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 11/12/2017

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