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Krypton, série préquelle de Superman, a encore sa propre légende à construire

Quel est l’intérêt de suivre une histoire dans l’univers de Superman… sans la présence de Superman ? Krypton tente de répondre à cette épineuse question.

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Si les "origin stories" sont monnaie courante dans la culture super-héroïque, on le sait, l’exercice est casse-gueule. A fortiori quand elles se penchent sur des monuments du genre comme Superman et Batman. Gotham a essayé de nous montrer son Chevalier noir en pleine puberté, elle s’en mord encore les doigts. Ce numéro d’équilibriste aura finalement porté préjudice à Bruce Wayne, tandis que les méchants de la cité sont devenus les points forts du show.

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Toujours dans l’univers DC, Krypton a pris le parti de nous raconter, non pas la naissance de Superman, mais l’histoire de son grand-père, une jeune tête brûlée du nom de Seg, sur sa planète d’origine qui donne le nom à la série. Imaginé par David S. Goyer (lequel avait coécrit les films Man of Steel et Batman v Superman : Dawn of Justice) et Cameron Welsh, le show nous ramène donc au moment où Val-El, le grand-père de Seg, est jugé pour trahison et condamné à mort. Leur famille tombe alors en disgrâce et est vouée à l’oubli. Mais des années plus tard, notre jeune héros va être rattrapé par son destin, en la personne d’Adam Strange, un Terrien venu du futur pour le prévenir du grand péril qui menace sa famille, et surtout sa descendance… un certain Kal-El.

Dans ce pilote, Krypton nous mitraille d’informations et établit un monde visuellement riche, aux effets spéciaux plutôt réussis. Un début chargé, où beaucoup de thèmes sont brassés. La lutte des classes, des amours contrariées à la Roméo et Juliette, une guerre entre des familles de notables (coucou Game of Thrones), le poids de la destinée, les voyages temporels, l’éveil d’un héros, le terrorisme, les lanceurs d’alerte, le totalitarisme, etc. Ça fait beaucoup et l’ensemble se révèle à peine digeste.

Un pilote généreux mais qui manque d’ambition

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Mais au moins, Krypton est généreuse et préfère ignorer que le trop est l’ennemi du bien. C’est un point de vue. Ce pilote a tellement envie de nous convaincre d’embarquer pour cette planète (vouée à disparaître), qu’il en fait des caisses. Mais on peut lui pardonner cette fougue. On pardonne un peu moins l’aspect très familier du monde qu’elle a créé. Chaque plan, en dépit des efforts évidents mis en œuvre pour lui donner vie, nous renvoie en terrain connu. Comme si la série ne parvenait pas à faire de Krypton et sa société un environnement suffisamment "alien". Certains éléments ne sont pas sans rappeler Inhumans. Une comparaison que Krypton aurait sans doute préféré éviter.

Là où la série sur le papi de Superman se distingue, par rapport au ratage que fut celle de Marvel citée plus haut, c’est dans la caractérisation de ses personnages, dont certains s’avèrent déjà très intéressants. La première étant la générale Alura-Zod (interprétée par Ann Ogbomo), cheffe des Sagitarii, une milice impitoyable au service de la Voix de Rao, le maître de Krypton, un tyran muet qui se cache sous un masque à trois visages. Sa fille, Lyta (jouée par Georgina Campbell), promet aussi de beaux développements, son amour interdit avec Seg étant déjà le catalyseur des nombreux obstacles qui vont se dresser entre le héros et son destin. Ce dernier, incarné par Cameron Cuffe, s’il gagnerait à être un peu plus charismatique, a de chouettes promesses à défendre.

Il est encore trop tôt pour dire si Krypton tiendra la route, mais déjà, le pilote laisse espérer quelques intrigues futures palpitantes. Ne lui manque qu’un bon gros boost d’assurance pour davantage affirmer sa différence et sortir du moule un poil trop académique dans lequel la série semble s’enfermer. Pas facile de s’affranchir du carcan des nombreux comics dont elle s’inspire, tout en suivant la route toute tracée par ces derniers. Krypton va devoir prouver qu’elle ne manque pas d’ambition, sinon, la sentence sera expéditive.

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Par Delphine Rivet, publié le 22/03/2018

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