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Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly/ Malotru) ©️Jessica Forde/Canal+

Le Bureau des légendes s'humanise dans une saison 2 haletante

Canal + diffuse actuellement la deuxième saison du Bureau des légendes, dans laquelle Mathieu Kassovitz nous guide dans les entrailles de la DGSE. Inratable. 

Toujours aux manettes de ce thriller racé, le showrunner Éric Rochant reprend l'histoire de Malotru, aka Guillaume Debailly (Mathieu Kassovitz) quatre mois après les événements de la première saison. Notre anti-héros taiseux est désormais un agent double pour la CIA, et il a également été promu DG adjoint du Bureau des légendes. Dans l'ombre, de plus en plus soupçonné, il tente de faire libérer Nadia, otage du régime syrien par sa faute. Et alors que Marina Loiseau prend ses marques à Téhéran, la DGSE est confrontée à une nouvelle crise. Elle doit débusquer un djihadiste français en passe de tenir un rôle important au sein de Daech.

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Là-bas

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Après une première saison en forme d'exposition, Éric Rochant et ses équipes ont pris la clé des champs pour cette deuxième saison du Bureau des légendes, qui débute par une scène en Iran avec Marina (exceptionnelle Sara Giraudeau). Elle fait partie des neuf clandestins français éparpillés dans le monde, oeuvrant dans le plus grand secret pour les services de renseignement français. C'était notre guide en première saison : on vit maintenant au rythme de ses missions à hauts risques dans cette nouvelle livraison d'épisodes, qui augmente les enjeux à tous les niveaux.

Sara Giraudeau (Marina Loiseau) ©️Jessica Forde/Canal+

Sara Giraudeau (Marina Loiseau) ©️Jessica Forde/Canal+

De la Syrie à l'Irak en passant par la Turquie, le Qatar ou l'Iran (quasiment la moitié de la saison a été tournée au Maroc, l'autre dans les bureaux de la DGSE reconstitués à la Cité du Cinéma), de nombreux points géopolitiquement chauds de la planète sont explorés de façon complètement plausible. Complexe et solide, le scénario relie les différents protagonistes et leurs intérêts de façon plutôt brillante.

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Si l'on suit désormais les petits points qui apparaissent sur les cartes géographiques des ordinateurs de la DGSE, la série ne cesse pas pour autant de disséquer le travail des agents à Paris, et s'intéresse davantage à leurs états d'âme. De la truculente Marie-Jeanne (Florence Loiret Caille) à l'attachant Raymond Sisteron (Jonathan Zaccaï) en passant par la petite nouvelle Céline Delorme (Pauline Étienne) immédiatement adoptée, ils font tous face à des épreuves professionnelles et intimes souvent liées, et qui nous les rend plus humains.

Le coeur

Il en va de même pour Malotru, le roi de la "poker face". Si sa relation avec Nadia El-Mansour (Zineb Triki) reste un peu sous-exploitée (sans doute de peur de trop en faire), notre clandé préféré se dévoile intimement grâce à une autre femme, sa fille Prune (Alba Gaïa Bellugi repérée dans Trois fois Manon). Rochant a aussi fait le choix d'avoir Malotru en voix-off, que l'on entend tout au long de cette deuxième saison, par le truchement d'un flashforward bien troussé. Comme pour tenter de comprendre les motivations et ce que peut ressentir l'insondable Guillaume.

Le bureau de la DGSE ©️Jessica Forde/Canal+

Le bureau de la DGSE ©️Jessica Forde/Canal+

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Série chorale s'il en est, Le Bureau des légendes accueille une nouvelle belle poignée de personnages secondaires soignés, qui s'insèrent à merveille dans cet univers maîtrisé. Hors agents de la DGSE, Moe Bar-El (Shapur Zamani) et Alice Belaïdi (Sabrina) tiennent des rôles délicats avec beaucoup de justesse.

Ajoutez-à cela une dose d'humour bien négocié ("Vous auriez fait fureur pendant la Guerre Froide" lance le directeur du renseignement Marc Laure à Guillaume) sans compter les cravates d'Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin, toujours parfait), et vous obtenez une saison exemplaore du point de vue de l'évolution des personnages. C'est une vraie leçon d'humanisation de personnages qui a lieu sous nos yeux. On pourrait presque reprocher par moments à la série de trop en faire, façon premier de la classe.

Pertinence

La série Le Bureau des légendes est souvent comparée à Homeland. À bien des égards, elle ne l'est pas. Au contraire du parti pris souvent show-off de sa lointaine cousine US, la série de Canal + tient son ADN dans les bureaux feutrés de la DGSE, dans ces photocopies faites dans l'urgence, ces pas qui s'accélèrent, ces regards qui en disent longs, ces crises de confiance (justifiées)...

Jean-Pierre Darroussin (Henri Duflot) et Gilles Cohen (Marc Lauré) ©️Jessica Forde/Canal+

Jean-Pierre Darroussin (Henri Duflot) et Gilles Cohen (Marc Lauré) ©️Jessica Forde/Canal+

Mais là où LBDL rejoint Homeland, c'est dans sa remarquable pertinence avec l'actualité. Les tournages de la série ont d'ailleurs été marqués par les deux attentats successifs ayant frappé la France en 2015, comme l'explique Mathieu Kassovitz. Le fil rouge de cette deuxième saison - la traque du djihadiste français de Daech - résonne puissamment avec l'actualité française. Et là, comme Homeland, la série ne tente pas de comprendre les motivations du jeune terroriste mais choisit un plein axe "thriller". Elle le traite comme un antagoniste intelligent.

Éric Rochant est un showrunner qui ne se repose pas sur ses lauriers et tente de se perfectionner à chaque saison. Avec application, l'auteur a patiemment gommé dans cette deuxième saison les petites faiblesses de la première (trop de froideur, un peu trop de bureaux), tout en augmentant les risques pour ses protagonistes. Cette saison haletante tient toutes ses promesses, s'achevant sur un cliffhanger quelque peu improbable (nous n'en dirons pas plus) mais diabolique.

Si tout va bien - l'écriture de la saison 3 est lancée, reste à Canal + à donner officiellement son feu vert -Phénomène, Moule à gaufre, Malotru et les autres vous donnent rendez-vous dans un an.

Note de la saison 2 : 4,5/5

Par CANAL+, publié le 16/05/2016

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