Les Engagés, une série courageuse sur le militantisme LGBT

Si la télévision française n’est pas encore prête, le Web, lui, a eu un peu plus de flair en proposant une série qui dévoile les dessous du milieu militant LGBT.

Sa date de diffusion est tout un symbole. Aujourd’hui, tandis que s’apprête à être lancé le premier épisode des Engagés sur Studio 4, on célèbre la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Autre symbole qui est tout sauf une coïncidence, la première saison s’achèvera à l’heure où des pays du monde entier se prépareront à défiler pour la marche des Fiertés. Les Engagés, au format de dix épisodes de dix minutes chacun, sera diffusée à partir de ce soir, le mercredi puis le vendredi, sur la plateforme dédiée aux Web-séries de France Télévisions, Studio 4. Et après avoir vu les quatre premiers épisodes, il y a fort à parier qu’elle fera bouger les lignes de la représentation des LGBT sur nos écrans.

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Créée par Sullivan Le Postec, et réalisée par Jules Thénier et Maxime Potherat, Les Engagés nous raconte la collision de deux trajectoires, dans le milieu militant LGBT lyonnais : Hicham (Mehdi Meskar), un jeune homme qui va découvrir qu’être gay, c’est déjà, qu’on le veuille ou non, un acte politique. Et Thibaut (Éric Pucheu), un activiste sans concession qui accepte d’héberger Hicham quand il quitte son foyer familial, et lui sert de porte d’entrée dans ce monde dont il ignore presque tout. Mais leurs visions des choses vont rapidement diverger, permettant du même coup à la série de ne pas se reposer sur un certain manichéisme.

La série devient alors l’occasion d’appréhender ce que signifie l’engagement pour une cause, et les dissensions qui peuvent exister au sein d’un même groupe, même s’il se bat pour un idéal commun. C’est vrai pour le milieu féministe, ça l’est aussi pour le mouvement associatif LGBT. Si l’on s’accorde pour dire que l’outing (le fait de dévoiler l’homosexualité, bisexualité ou transidentité de quelqu’un sans son accord) est une manœuvre franchement dégueulasse, on peut, en revanche, comprendre les arguments de Thibaut lorsqu’il dénonce l’hypocrisie de certains politiques, encore dans le placard, mais qui s’opposent à l’égalité des droits pour tous ou aux manifestations LGBT.

Les Engagés

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Les Engagés est donc une série militante, évidemment politisée par la force et la pertinence du sujet, mais pas seulement… c’est aussi le portrait d’une communauté aux multiples visages, et d’un microcosme lyonnais que son créateur, Sullivan Le Postec, connaît bien pour avoir lui-même passé du temps dans les associations de la ville.

Sa série est portée par deux héros, interprétés avec sobriété et justesse, et que l’on n’abordera pas de la même façon. Hicham est instantanément attachant. Une scène en particulier, bien qu’étant muette, en dit plus long sur cet oiseau tombé du nid, que n’importe quel long discours : dans un club gay, il regarde autour de lui tous ces gens qui dansent, s’aiment, s’acceptent avec leurs différences. À cet instant, il en est sûr : il a trouvé sa communauté. Thibaut, quant à lui, a déjà fait ce chemin. Il a confiance en lui, sait qui il est, ne s’excuse de rien. S’il est peut-être moins touchant de prime abord, on apprend rapidement à l’aimer, à mesure qu’il dévoile ses aspérités et ses contradictions.

Ce qui distingue Les Engagés du reste de la production française, c’est bien sûr son sujet, à peine effleuré sur d’autres canaux (même une lesbienne dans une grande série comme Dix Pour Cent n’est pas à l’abri de virer bisexuelle pour satisfaire la dramaturgie). Mais c’est aussi l’approche très personnelle de son créateur, qui porte ce projet depuis près de sept ans et a trouvé porte close dans la plupart des chaînes. Et Sullivan Le Postec, s’il a écrit avec beaucoup de délicatesse ses personnages et ses dialogues, n’est pas là pour nous (les spectateurs peu ou pas familiers avec le milieu militant LGBT) proposer un atelier découverte. On entre dans l’intimité de ces deux jeunes hommes, sans édulcorant. On devrait d’ailleurs considérer ça comme un acquis, vu le nombre (avoisinant sûrement les 99,9 %) de séries qui représentent l’hétérosexualité sous tous les angles possibles.

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On tombe en pâmoison devant l’audace et la diversité des séries US, sans jamais que nos chaînes n’osent proposer des séries de leur cru, sinon identiques, au moins aussi risquées. Non, ces audaces-là, on préfère payer pour les avoir et se lamenter ensuite du manque de vigueur de la production nationale. Le seul eldorado pour les jeunes scénaristes qui ont des idées un peu moins standardisées, c’est le Web, qui offre, certes, moins de visibilité que certaines chaînes (et encore, ça reste à débattre), mais permettent surtout une grande créativité et une pluralité des points de vue et des genres.

Finalement, le seul regret que l’on a devant Les Engagés, c’est qu’aucune chaîne nationale n’ait eu le courage d’y croire. Notre consolation, c’est de savoir qu’elle a trouvé un partenaire de confiance avec Studio 4, et sera diffusée ensuite à partir du 19 juin sur TV5 Monde.

Par Delphine Rivet, publié le 17/05/2017

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