Ma lettre à Skam : comment j'ai (re)vécu mon adolescence avec toi

Parce qu'on a tous été Noora, Isak ou Sana à un moment donné de notre vie. Merci.

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Un vendredi soir. Mes colocataires doivent sillonner les rues parisiennes, probablement sur le point de commander une énième pinte en happy hour. J'ai refusé de les suivre, préférant un sachet de chips au vinaigre (une saveur très sous-estimée) et mon plaid polaire Tati (qui valait assurément ses 15 euros). C'était en décembre 2016. Ma soirée, à l'image des précédentes, allait consister en un visionnage intensif de cette petite série norvégienne qui cartonnait dans son pays d'origine. À l'heure où cet article est publié, je m'apprête à franchir le cap des vingt-trois ans. Pourtant, devant chaque épisode de Skam, c'est comme si j'en avais huit de moins.

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Dans ma (courte) vie, j'ai dû mater des centaines de séries. Des drames, des sitcoms, des thrillers. Beaucoup de séries pour ados : Newport Beach, Skins, Gossip Girl et, oui, même le honteux remake de Beverly Hills. Et pour autant, aucune n'est parvenue à me faire éprouver les mêmes émotions que Skam. Pendant quatre saisons, j'ai souri. J'ai ri, nerveusement. Je me suis révolté, férocement. J'ai pleuré, aussi, de manière quasi incontrôlable à tel point que mes yeux s'embuaient et mes lentilles de contact se faisaient la malle. D'un point de vue extérieur, je devais vraiment faire pitié avec mes paupières gonflées, emmitouflé dans ma couverture discount (mais néanmoins confortable, je vous jure).

Comme dirait Edith Piaf, "non, je ne regrette rien". Au contraire, je suis mille fois reconnaissant à Skam et à toute l'équipe de la série qui aura permis la naissance d'un tel chef-d'œuvre. Aux réalisateurs, aux scénaristes. À Julie Andem, sa créatrice, pour avoir illustré avec justesse les premiers émois adolescents. À l'ensemble du casting, sans exception, pour m'avoir fait ressentir une nostalgie que je ne pensais même pas avoir en moi un jour. La nostalgie d'une jeunesse que j'ai vécue, et qu'en même temps je ne vivrai jamais.

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J'ai relativement aimé mes années lycée. Ce n'était pas les meilleures, ni les pires. Mon adolescence a beau avoir des similitudes avec celle des personnages de Skam, elle n'est en rien la même. La série scandinave a réussi l'exploit d'allier un réalisme inébranlable avec la vision fantasmée de l'âge adolescent. Celle où deux jeunes individus se rencontrent et, comme une évidence, l'attirance est là. Je n'ai pas vécu cet amour (ou semblant d'amour, du moins) instantané et pur. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas un regret (et pourtant Dieu sait que j'en ai, comme la fois où j'ai tenté les mèches blondes). Grâce à Skam, j'ai pu rectifier le tir.

Pendant quatre saisons, j'ai été Eva, quand elle réalise qu'elle doit s'ouvrir au monde. J'ai été Noora, quand elle pense que William va la quitter définitivement. J'ai été Isak, quand il s'est retrouvé démuni face aux crises de panique d'Even. Et, enfin, j'ai été Sana, quand elle a vu ses amies débarquer en klaxonnant devant Hartvig Nissen à bord de leur "bus de losers". Des hits comme Breaking Bad ou Les Soprano, dopés aux anti-héros, ont prouvé qu'il n'était pas nécessaire de s'identifier aux protagonistes pour s'attacher à une série. Skam m'a convaincu du contraire.

Dans Skam, personne n'est fondamentalement bon, ni fondamentalement mauvais. Pas même Sara, ou Ingrid, ou Penetrator Chris. Il n'y a jamais eu d'antagonistes à proprement parler, simplement des ados qui se cherchent, qui se trompent et qui apprennent à aller de l'avant. D'un point de vue narratif, la série n'a jamais fait dans la facilité. Pas d'ellipses temporelles. Even n'a pas appris à gérer sa bipolarité d'un épisode à un autre. Graduelle et touchante, son évolution s'est faite sous nos yeux. Et puis, l'émotion quoi. L'émotion, les gars.

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L'estomac noué, les papillons dans le ventre... Toutes les expressions et métaphores du même acabit représentent le grand huit émotionnel qu'étaient ces quatre saisons de Skam. Chaque épisode m'a pris aux tripes et a su user aussi bien mes glandes lacrymales que mes zygomatiques. Alors oui, je suis sincèrement attristé par l'arrêt de la série. C'est une tristesse égoïste, car j'aimerais que Skam ne quitte jamais l'antenne et continue de me faire vibrer jusqu'à ce que Noora, Vilde et les autres se retrouvent à picoler dans la même maison de retraite. Mais c'est terminé.

Mon discours, si on peut l'appeler ainsi, n'arrivera pas à la cheville de celui prononcé par Jonas dans les derniers instants de la série. Ce n'est pas le but. Après avoir passé des mois à vivre au rythme des lycéens de Hartvig Nissen, je me devais de rendre hommage à Skam, à ma façon. Car je ne suis pas le seul à faire mes adieux à la série, cette dernière ayant amassé des millions de fans à l'international. Une fanbase dévouée, empathique et tolérante, à l'image de nos personnages préférés.

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Je n'ai jamais autant été investi dans une œuvre fictive. Encore et toujours, Skam, merci. Et peut-être à bientôt ?

Par Florian Ques, publié le 27/06/2017

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