Limitless la série, la pilule de trop

Adaptation d'un film de 2011, la série Limitless vante les mérites d'une drogue qui confère à qui en prend une intelligence quasi-divine.

Une jolie pilule translucide qui transforme le quidam en demi-dieu à l'intelligence phénoménale : le prémisse de départ de Limitless est tentant et développe la vieille légende neurologique selon laquelle l'être humain n'utiliserait, au cours de sa vie, que 10% de son cerveau. Dans l' émanation télé du film de Neil Burger, sorti en 2011, qui nous offrait un Bradley Cooper accro et écœurant de confiance en soi, c'est ce qui arrive à Brian Finch (Jake McDorman, physique d'ours en peluche), adulescent paumé incapable de renoncer à ses vieux rêves de gloire musicale, qui enchaîne les missions d'intérim tandis que son paternel se meurt d'une maladie non diagnostiquée.

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En rencontrant par hasard son ex-meilleur ami Eli, devenu la caricature du trader à succès, Brian se retrouve à gober sa première pilule de NZT-48, sorte de Ritalin puissance mille qui rend successivement tout-puissant puis minable le lendemain, et permet à celui qui en prend d'accéder à 100% des capacités de son cerveau. Toute ressemblance avec une autre drogue en vogue dans les milieux d'affaires serait évidemment fortuite.

Les choses tournant mal, le pauvre Eli y passe rapidement, Brian récupère la came et entame une course-poursuite d'une heure avec le FBI, qui s'intéresse aussi à la drogue miraculeuse et croit l'ex-paumé-devenu-junkie-surdoué responsable du meurtre. Entre deux crises de manque qui ressemblent à s'y méprendre à de sales aigreurs d'estomac, Brian doit utiliser ses trips de génie, qui ne durent pas plus de quelques heures, pour prouver son innocence, sauver son papa, résoudre le problème de la guerre dans le monde, classer des fichiers, jouer de la guitare et trouver qui a tué Eli. Un peu comme un Super Mario IRL, où chaque pilule serait une étoile d'invincibilité, dépendance et effets secondaires en plus.

L'intelligence, ça donne envie

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Le Limitless version télé, réalisé par Craig Sweeney, reprend à son compte les gadgets visuels bien foutus mis en place par Neil Burger dans la version ciné : lorsque Brian est clean, Manhattan est filmée dans des tons bleutés, froids et mécaniques. Une fois défoncé au NZT, en revanche, Brian évolue dans un monde de couleurs chaudes, de contraste et de surexposition.

Pour traduire en images cet état de toute-puissance où l'intelligence fonctionne si rapidement qu'elle confine à l'extra-lucidité, Craig Sweeney recycle avec succès l'arsenal d'incrustations, de travellings et de fondus de son prédécesseur. Le temps s'étire et les informations apparaissent, liquides, devant les yeux du héros (et les nôtres), qui peut ensuite les trier à sa guise, fouiller dans son propre cerveau comme dans une collection de vinyles, recouper, compiler, analyser, raisonner et déduire, paf, en un clignement d'œil et en full HD numérique.

Vu comme ça, le génie est séduisant et, de l'autre côté de l'écran, on salive à l'idée que la pilule magique atterrisse un jour au rayon pharmacie. C'est peut-être justement le souci de Limitless, qui vante un peu trop lourdement les mérites de sa drogue en gommant d'une pirouette scénaristique le danger qu'elle renferme : pile au moment où Brian commence à vraiment s'inquiéter pour sa santé, Bradley Cooper débarque la bouche en cœur pour lui filer un antidote qui lui permet de se bourrer de NZT sans aucun effet secondaire. Ben voyons.

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La bonne idée de départ ne suffit pas

Au moins, la série ne nous refera pas le coup du film et de son association triviale entre intelligence et richesse : là où Eddie Morra, le personnage joué par Bradley Cooper en 2011 laissait de côté son boulot d'écrivaillon pour prendre l'autoroute américaine du succès entre Wall Street et la Maison-Blanche (si vous étiez l'homme le plus intelligent du monde, que feriez-vous d'autre que vous acheter un joli costard et foncer sur les marchés financiers?), Brian Finch, un vrai bon gars, s'associe avec le FBI une fois blanchi pour mettre ses neurones de junkie au service de la justice.

Reste que, malgré un rythme soutenu, une réalisation inventive et une idée de départ réjouissante, Limitless risque de devenir une énième série de super-héros cérébral, plus proche du Caméléon que de Trainspotting. Et c'est dommage, car on aimerait voir Brian Finch en galère de dope, roulé en boule dans un coin de sa chambre aux murs décorés de vomi, suant et pleurant après une dose. La drogue c'est mal, les enfants.

Par Thibault Prévost, publié le 25/09/2015

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