Lore, une adaptation bien flippante du célèbre podcast qui doit trouver sa voix

Lore, précurseure de l’adaptation du podcast à l’écran, réussit son pari tout en naviguant en eaux troubles.

Au risque de sonner dramatique, on tient peut-être là la prochaine source d’inspiration de la télévision US : le podcast. Des tas de formats, de tons, de genres, d’idées, que ce soit de la fiction ou non, des expérimentations narratives et auditives : le média est encore peu connu du grand public. Après la littérature, les comics, le cinéma, ou le reboot d’anciennes séries, il se pourrait donc que l’industrie télé américaine se tourne de plus en plus vers cette terra incognita. Que ces histoires soient feuilletonnantes ou anthologiques, elles se fondent, a priori, parfaitement dans le moule du petit écran.

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Creepy à souhait

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Le plus grand défi de Lore, en sautant le pas de l’audio à l’audiovisuel (sur Amazon), était de rester fidèle à son essence. De ce point de vue, le contrat est rempli avec succès. Car le podcast Lore, créé en 2015 par Aaron Mahnke, est connu pour être une compilation d’histoires toutes plus creepy les unes que les autres et surtout… tirées de fait réels. À travers les âges, le narrateur, à la diction si particulière, explore les rites, les croyances, les expériences médicales ratées, les tâtonnements de la science… La série, showrunnée par Glen Morgan (The X-Files), avec le soutien de la productrice de The Walking Dead Gale Ann Hurd, restitue parfaitement cette ambiance, à mi-chemin entre le conte horrifique, la reconstitution et le travail documentaire.

Pour cela, la série jongle entre des pastilles en animation qui font hérisser les poils, des photos d’archives pas franchement plus rassurantes et une réinterprétation des faits racontés, avec des acteurs (dont certaines têtes connues comme Robert Patrick, Holland Roden ou encore Kristin Bauer van Straten). En anglais, le mot "lore" signifie coutumes, traditions, mais aussi connaissances. C’est d’ailleurs ce qui, accolé au mot "folk", les gens, a donné le "folklore".

© Amazon

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Le premier épisode, "They Made A Tonic", revient sur la peur ancestrale d’être enterré vivant. La série revient autant sur les mythes entourant la mort, les avancées de la science au fil des siècles, et les stratagèmes inventés (et souvent terrifiants) pour s’assurer que le proche que l’on vient de perdre ne risque pas de se réveiller six pieds sous terre. Une phobie primale que cet épisode ne manquera pas de raviver.

Le deuxième, intitulé "Echoes", n’est guère plus réconfortant… Et c’est tant mieux, c’est justement ce qu’on attend de Lore. Ici, on navigue dans les couloirs tourmentés des asiles, et les méthodes employées et déjà ultracontroversées, au début du XXe siècle, par le Dr. Walter Freeman. Ce dernier était en effet un spécialiste de la lobotomie. Des techniques aujourd’hui jugées barbares et dont les femmes étaient les premières victimes. La dépression, à l’époque, était diagnostiquée comme une forme d’hystérie (une affliction toute féminine puisque "hysteros" en grec, signifie la matrice, l’utérus). Les patientes étaient donc traitées en conséquence… Les prochains épisodes (nous n’en avons vu que deux, sur les six de cette première saison) seront, à n’en pas douter, du même acabit.

D’un monde à l’autre

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Mais si Lore a conservé son essence en traversant l’écran et en incarnant visuellement ses histoires, avec des reconstitutions d’époques maîtrisées, la narration a sans doute encore un peu besoin de trouver ses marques. Car le passage du podcast à la série télé ne peut se satisfaire de la seule mise en images de ses épisodes audio. La série a choisi plusieurs façons de raconter, comme on le disait plus haut (animation, docu, live), mais semble avoir désormais un espace d’expression trop vaste.

Il apparaît alors difficile de justifier toutes ces différentes ambiances, si réussies soient-elles, assemblées un peu en vrac. La voix d’Aaron Mahnke joue bien son rôle de conteur, avant de nous quitter pour qu’on entre dans la partie reconstitution avec acteurs, pour finalement nous cueillir de nouveau, nous sortir de cette fiction et nous ramener à des éléments plus réels. Il devient alors difficile pour le spectateur de s’immerger autant que le podcast le permettait par sa mise en scène sonore. Ces légers décrochages ne font évidemment pas oublier les qualités de Lore, mais ils marquent surtout l’une des limites de l’adaptation de l’audio à la série.

Des limites qu’il faudra apprendre à apprivoiser puisque, on en est convaincu, c’est du côté des podcasts qu’il faudra bientôt se tourner pour trouver de "nouvelles" inspirations sérielles. Hollywood a tout juste flairé le bon plan. Des adaptations sont déjà dans les tuyaux, comme Serial (s’il y avait un best-seller des podcasts, ce serait lui), Homecoming ou encore StartUp, renommé Alex Inc. pour la télé et avec Zach Braff. Ultime argument qui finira de convaincre les studios encore frileux, les plus populaires de ces podcasts ont déjà prouvé qu’ils pouvaient fidéliser une solide base de "poditeurs". L’avenir des séries se trouve peut-être déjà dans vos oreilles.

Les six premiers épisodes de Lore sont disponibles sur Amazon depuis le 12 octobre dernier.

Par Delphine Rivet, publié le 18/10/2017

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