The Man in the High Castle : une série sombre, passionnante et addictive

La très attendue première saison de The Man in the High Castle est en ligne depuis le 20 novembre sur Amazon Prime. A-t-elle tenu les promesses de son pilote ?

Trop sombre pour les chaînes de télévision américaines, l'adaptation du roman de Philip K. Dick a trouvé refuge sur la plateforme américaine Amazon. En pleine montée des extrémismes aux quatre coins du globe, le pitch aussi malin que déprimant de The Man in the High Castle avait de quoi rebuter. Au point que la promo de la série a fait scandale à New-York. Dans cette uchronie, la Seconde Guerre Mondiale s'est terminée par la victoire des Japonais et des Nazis, qui se partagent le territoire américain.

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L'histoire prend place en 1962, et suit la trajectoire d'une poignée de personnages, dont celle de Julianna Crain à San Francisco. La jeune femme voit sa soeur mourir sous ses yeux alors qu'elle était sur le point de se faire arrêter par le Kempeitai, la brutale police militaire japonaise. Avant de rendre son dernier souffle, Trudy confie à Julianna un film qui contient des images d'archive à peine croyables, où les Alliés ont gagné la guerre. Traquée par les Nazis et les Japonais, cette dernière doit alors à tout prix apporter la pellicule à un certain "Maître du haut château".

Voilà pour les grandes lignes d'un scénario qui repose en grande partie sur les épaules du personnage féminin de Julianna Crain, mais pas seulement. Autour des aventures de la jeune femme se tisse une toile de protagonistes, espions, commandants SS ou encore Ministre japonais du commerce extérieur.

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Dans les premières minutes du pilote, le téléspectateur découvre, interdit, un New-York sombre, où les affiches de Broadway ont disparu au profit de panneaux lumineux nazis complètement flippants. On est du côté du "Grand Reich Nazi" (le centre et la côte Est des Etats-Unis), qui se distingue d'emblée par sa photographie très sombre et sa brutalité (froides exécutions à mort, lâcher de chiens, torture).

Renversement des codes culturels

Quelques minutes plus tard, le personnage de Julianna nous ouvre les portes des "Etats Japonais du Pacifique", où la vie semble plus sereine. En dépit d'une photographie chaleureuse aidée par le soleil de San Francisco, la terreur règne aussi là-bas, où tout ceux qui ne sont ni Nazis, ni Japonais se retrouvent citoyens de seconde zone.

Ce jeu vieux comme le monde du "Et si ?" permet à Frank Spotnitz, showrunner de la série, de renverser complètement l'échelle des valeurs. Les Américains, si puissants, sont considérés comme des "autochtones". Les "blancs" des Etats Japonais se retrouvent en minorité et subissent un racisme quotidien.

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La culture de l'occupant japonais s'est imposée, des dojos aux épiceries en passant par ses coutumes et ses règles strictes de politesse. Si la police se montre impitoyable, la série a le bon goût de ne pas diaboliser toute une civilisation, proposant des personnages asiatiques négatifs comme positifs.

C'est un peu plus compliqué d'évoquer la culture allemande, indissociable dans la série de son idéologie nazie qui prône justement l'anéantissement de la diversité culturelle. Parallèlement aux deux occupants, les codes culturels américains ont disparu, et seuls subsistent quelques vestiges, vendus dans des boutiques d'antiquaire à de riches nippons en quête d'objets rares.

The Man in the High Castle est traversée par des figures de purs méchants (le chasseur de primes nazi, le chef de la police japonaise). Mais si elle n'y parvient pas toujours, la série tente de ne pas s'enfermer dans un combat trop simpliste et réducteur des forces du bien contre le mal.

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Même le personnage assez flippant de l'Obergruppenführer John Smith (magistralement interprété par Rufus Sewell) a ses moments de doute qui le rendent humain. Tout le casting - Alexa Davalos, Rupert Evans et Luke Kleintank en tête - est au diapason d'un jeu sobre et juste. Il concourt à rendre plausible cet univers complexe.

Très soignée, l'esthétique particulière de Man in the High Castle, fascinante et terrifiante à la fois, repose sur la sophistication de ses deux mondes (nazis et japonais), auxquels il faut ajouter quelques touches de l'imagerie années 60. La femme au foyer américaine est par exemple toujours présente, avec son apparente vie de famille parfaite, régie cette fois par la l'idéologie nazie.

Les scènes de suspens, associées le plus souvent à l'arc narratif autour de la résistance, s'avèrent aussi classiques que diaboliquement efficaces dans ces premiers épisodes aux cliffhangers renversants, qui brouillent les pistes sur le camp choisi par les uns et les autres. Les espions avancent à pas feutrés, tout comme les véritables intentions des personnages.

Les puristes ne manqueront pas de remarquer que la série a pris des libertés avec l'oeuvre originale de Philip K. Dick. Un choix judicieux et logique, le roman ne comportant que 239 pages. Complexe, addictive, intelligente, The Man in the High Castle ne fait pas partie de ces divertissements légers, vite consommés, vite oubliés. Elle reste en tête, nourrit une réflexion passionnante sur les idéologies, le concept de résistance ("Evil triumphs only when good men do nothing", "Le Mal triomphe quand les hommes bons ne font rien"), le mélange des cultures et les extrémismes. Définitivement, une série à ne pas rater.

Note : 4/5

Par Marion Olité, publié le 26/11/2015

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