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Manon 20 ans, l’émancipation poignante d’une vingtenaire déphasée

Près de quatre ans après 3 x Manon, Arte vise juste avec le retour en force de sa jeune héroïne piquée à vif.

À 20 ans, on est dans le champ des possibles. On peut devenir fonctionnaire, enchaîner les cursus universitaires ou tester le backpacking autour du globe. Seul-e, en couple ou avec des potes, les débuts de la vingtaine représentent un véritable rite de passage sur la route vers la vie adulte. Pour explorer le monde, pour se découvrir soi-même. Exit le centre éducatif fermé, l’adolescente en crise de 3 x Manon se fraye, elle aussi, un chemin jusqu’au monde des grands dans Manon 20 ans.

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Forte de sa première collaboration avec Jean-Xavier de Lestrade, Arte remet le couvert pour la suite des péripéties de sa jeune héroïne dans la tourmente. Le réalisateur a su résister à la pression du milieu sériel et s’est payé un luxe que d’autres n’ont pas : prendre son temps. "À la fin du tournage de la première saison, on a émis le désir de faire une suite, assure-t-il. Mais il fallait attendre au moins trois ans pour que la comédienne [Alba Gaïa Bellugi] ait vécu des choses et que le personnage soit nourri de ses expériences."

Ses années turbulentes derrière elle et un BTS en poche, Manon démarre un nouveau chapitre de sa vie en se faisant embaucher dans un garage, pour bosser à l’accueil. Dans une ville provinciale passe-partout, la jeune fille devenue femme cumule les galères, aussi bien sur le plan financier que sentimental. Aussitôt arrivée dans la vie active, elle se heurte à la dure réalité des choses. Précarité et misogynie font partie de son quotidien et la poussent irrémédiablement à se replier dans sa coquille. C’est là qu’on reconnaît la Manon de la mini-série originelle, 3 x Manon.

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En seulement trois volets d’une cinquantaine de minutes chacun, Jean-Xavier de Lestrade et son équipe dressent le portrait d’une personne déphasée et étouffée, à peine tenue éveillée par une faim insatiable d’émancipation. Tout au long de son périple introspectif, Manon est confrontée à des gens qui lui mettent des bâtons dans les roues. Entre tromperies et déceptions, son entourage peut s’avérer néfaste et bride son besoin de libération. Perpétuellement sur la défensive, l’héroïne de Manon 20 ans est d’une sensibilité rare, constamment à fleur de peau.

L’élément le plus fascinant de la construction du personnage est indubitablement la relation toxique qu’elle entretient avec Monique, sa mère. À deux doigts de suffoquer, Manon subit les échanges avec sa génitrice. Chaque ligne de dialogue est comme une énième entaille sur la confiance en soi de l’héroïne tendue. De retour pour cette seconde saison, l’excellente Marina Foïs se glisse avec aisance dans ce rôle d’antagoniste borderline.

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"Tout ce que Monique dit pourrait être bienveillant mais ne l’est jamais… C’est une véritable perverse narcissique. Un personnage dévorant, nocif. J’adore ce type de rôle. En plus, la maternité, c’est un sujet qui me fascine", nous a-t-elle confié. Et ce n’est pas la seule à être captivée par cette thématique. Jean-Xavier de Lestrade l’est vraisemblablement lui aussi, comme il l’a prouvé par le passé dans Parcours meurtrier d’une mère ordinaire : l’affaire Courjault. Ici, le documentariste se sert de sa maîtrise du sujet pour creuser davantage la relation malsaine entre ces deux femmes, aux antipodes des stéréotypes féminins.

L’étouffement dont est victime Manon est mis en exergue grâce à la réalisation soignée et réfléchie de cette trilogie. "À part une scène filmée à l’épaule, le reste est en caméra fixe. Je voulais que la réalisation soit structurante car le personnage s’inscrit dans un cadre qui l’enferme : il fallait donc que la caméra renforce cette notion de cloisonnement", soutient la tête pensante de la série. Vous l’aurez compris : si le déroulement de l’intrigue s’avère fluide et cohérent, la mise en scène risque d’en oppresser plus d’un.

Dans son essence même, tout comme 3 x Manon en 2013, Manon 20 ans s’impose comme un récit d’apprentissage touchant, mais jamais larmoyant. "Quand on a 20 ans, on a un grand questionnement quant à la place qu’on va occuper dans la société, dans le cercle amical, amoureux, dans le domaine généalogique…", commente son réalisateur. Manon est en proie à une crise identitaire, certes exacerbée mais à laquelle beaucoup peuvent s’identifier d’une façon ou d’une autre. Parfois, c’est à un personnage aussi bien esquissé qu’on reconnaît une bonne série.

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L’intégralité du triptyque est diffusée ce jeudi 1er juin, dès 20 heures 55, sur Arte.

Par Florian Ques, publié le 01/06/2017

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