© Marathon Productions

Gloire à Martin Mystère, dessin animé culte aussi référencé que sous-estimé

Équipé de son Chrono-Scan et de sa chemise kitsch aux motifs de flamme, ce détective du paranormal loufoque reste encore mémorable pour toute une génération de millennials. Retour sur Martin Mystère, série d’animation partie trop tôt.

© Marathon Productions

Figure de proue des années M6 Kid, le héros de Martin Mystère avait tout pour appâter les jeunes téléspectateurs avides de divertissement. Une animation 2D efficace et soignée, un doublage zéro défaut et un créneau de diffusion avantageux (le mercredi après-midi ou les matins de week-end, les vrais savent). Certains millennials n’hésitaient pas à programmer leur magnétoscope pour enregistrer l’épisode du jour s’ils avaient un empêchement. D’autres conservent encore l’intégrale de la série sur disque dur externe, qu’importe si on est loin du 1080p plébiscité de nos jours.

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OK, je plaide coupable : Martin Mystère est mon dessin animé culte, celui qui m’a fasciné dès sa première diffusion sur Canal J en 2003 et continue de me faire vibrer à chaque revisionnage. Avec son microcosme horrifique recouvert d’une couche généreuse d’humour potache, la série aura, d’une certaine façon, servi d’entrée en matière au fana d’épouvante que je suis devenu. Et plus les années passent, plus on prend conscience que Martin Mystère est une œuvre cruellement sous-estimée, injustement passée à la trappe.

Mais ça, c’est parce qu’il existe toute une histoire derrière Martin, Diana et Java. "Nous étions obsédés par la qualité et le succès auprès du public, nous avoue Vincent Chalvon-Demersay, cocréateur du dessin animé, et non par le fait de plaire aux chaînes ou d’avoir des contrats". Un élan créatif qu’il reconnaît, confirmant que les chaînes de télévision leur accordaient une plus grande liberté qu’aujourd’hui. "C’est comme ça qu’on a innové et qu’on est allés loin, rajoute-t-il dans la foulée. Et je crois qu’on est allés trop loin".

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Effectivement, à l’aube du millénaire, peu de fictions à destination des gosses osaient se frotter au genre horrifique, hormis des cas isolés comme Archie, mystères et compagnie qui se comptent sur les doigts d’une main. Initier de jeunes téléspectateurs à l’épouvante, c’est un pari audacieux, à moitié réussi si l’on en croit les dires de Stéphane Berry, réalisateur de la série :

"Je suis heureux que la série soit devenue culte, mais ça n’a pas rendu l’horreur plus abordable pour autant. J’ai essuyé les critiques et on m’est tombé dessus comme la peste quand les résultats de la série n’avaient pas atteint les résultats d’audiences escomptés. Martin avait été déclaré trop effrayant pour la cible des téléspectateurs. Le plus fou, c’est que je rivalisais avec les audiences de Totally Spies, donc je rivalisais avec moi-même."

Cela n’aura pas échappé aux plus perspicaces, Martin Mystère et Totally Spies étaient réalisées par la même boîte, en l’occurrence Marathon Productions, ce qui explique qu’elles aient le même type d’animation, surnommé "franime" dans le milieu. Un mot-valise qui caractérise un dessin animé français classique auquel sont instillées des influences d’anime japonais notables. Pour l’anecdote, notre enquêteur du paranormal fétiche était venu en aide à Sam, Clover et Alex le temps d’un épisode crossover. "À cette période, j’avais séparé mon cerveau en deux pour réaliser Totally Spies d’un côté et Martin Mystère de l’autre, se rappelle Stéphane Berry. Je travaillais dix-huit heures par jour et je dormais dans mon bureau ou dans les studios d’animation coréens, mais le jeu en valait la chandelle".

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Mais ce qui a rendu Martin Mystère aussi délectable, c’est avant tout l’étendue de son univers et l’imagination sans bornes nécessaire à sa conception. Un essaim d’insectes préhistoriques menaçant une bourgade du Canada, un professeur fou transformé en mite king-size, des nains de jardin malicieux qui prennent vie… Les créatures que Martin et ses acolytes ont dû terrasser pouvaient parfois s’avérer totalement improbables. D’autres, en revanche, prennent davantage de sens lorsqu’on (re)découvre la série à l’âge adulte.

© Stéphane Berry

Dans l’épisode intitulé "La Malédiction de l’esprit mutant", Martin est envoyé sur une base scientifique au cœur du continent arctique. Là-bas, il doit faire face à une créature coriace et protéiforme qui prend possession des individus présents et s’aventure d’hôte en hôte pour gagner en puissance. Ça vous dit quelque chose ? Si vous avez pensé à The Thing, c’est jackpot. Film culte des 80’s signé John Carpenter et tiré d’une nouvelle américaine, déjà adaptée dans les salles obscures avec le nanar La Chose d’un autre monde. Et ce n’est pas la seule référence horrifique que s’est payée la série, comme nous le confirme son réalisateur :

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"Si vous voulez me faire dire que Philus dans l’épisode "L’Antre des esprits frappeurs" est Stanley Kubrick et qu’un des musiciens est Stephen King himself, eh bien, oui, j’avoue. […] Mais il y a peu de références. Selon moi, les clins d’œil sont toujours à utiliser avec modération. Une fois, on m’avait demandé de faire un monstre moins effrayant dans l’épisode "La Créature du chaos". Du coup, j’avais pris Pikachu comme référence et j’en avais fait un cyclope à mâchoire de pieuvre. Ça faisait un monstre de sentai japonais. Il était cool, mais il ne ressemblait plus du tout à Pikachu."

En 2006, pour cause d’audiences jugées insuffisantes, le Centre ferme ses portes et l’aventure Martin Mystère s’achève après une soixantaine d’épisodes. Aujourd’hui, à l’heure où les revivals sont monnaie courante, peut-on espérer retrouver Martin, Diana et la bande sur nos écrans ? "Je ne l’attends pas mais je serais partant pour retrouver Martin pour une troisième saison bien sûr, concède Stéphane Berry. En 2013, on m’avait demandé de proposer les nouvelles bases créatives d’un reboot en 2D digitale de 13 minutes à petit budget afin de le proposer à un grand network américain, mais ce projet est resté sans suite et on ne m’en a jamais reparlé".

Il y a toujours la possibilité d’envisager un autre format. Après tout, pendant sa diffusion, Martin Mystère avait connu plusieurs déclinaisons aussi bien en romans jeunesse qu’en bandes dessinées. Et pourquoi pas une série en live action ? "Une série live fonctionnerait bien, admet le réalisateur. Ça arrivera un jour, je n’ai aucun doute là-dessus". On n’a plus qu’à croiser les doigts. Au bout du compte, Martin Mystère aura sans doute été victime d’une ambition trop conséquente pour son époque. Quoi qu’il en soit, peut-on arriver à un consensus et affirmer sans conteste que Martin Mystère est génialissime ?

Par Florian Ques, publié le 26/02/2018

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