Marvel's Daredevil : "Elektra n'est pas seulement badass"

Elle donne du fil à retordre à Daredevil dans la deuxième saison de la série Marvel disponible sur Netflix. Biiinge a rencontré Élodie Yung, l'actrice qui a redonné vie à la complexe Elektra. 

©Patrick Harbron/Netflix

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Biiinge | Vous incarnez un personnage très ambigu et particulièrement badass, celui d’Elektra. Vous êtes-vous sentie investie d'une certaine responsabilité ?

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Élodie Yung | Il existe définitivement une fanbase autour d’Elektra, mais je ne ne me suis pas sentie investie d'une si grande responsabilité. J’ai surtout été agréablement surprise et très heureuse que l’on me fasse confiance pour interpréter ce personnage vraiment incroyable.

Elektra est une femme forte et badass, mais pour moi les autres personnages de Marvel’s Daredevil, comme Claire ou Karen, le sont aussi, à leur façon.

C’est important d’avoir des personnages féminins forts dans les séries comme au cinéma, qu’elles ne soient plus seulement la petite amie du héros. Et en même temps, je n’ai pas envie de décrire Elektra seulement comme un personnage badass. Je n’ai pas pris ce rôle juste parce que c’est une fille qui cherche la bagarre. C’est surtout un personnage très intéressant.

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Je ne veux pas m’enfermer dans un type de rôle. Je suis aussi très attirée par les histoires simples qui ont des choses à dire. J’ai vu récemment le film français La Loi du marché, et j’ai adoré. Le personnage principal n’est pas un super-héros, mais son histoire vous va droit au cœur.

Connaissiez-vous un peu les comics Marvel et le personnage d’Elektra ? 

Pas vraiment. J’ai grandi avec des bandes dessinées comme Tintin, Astérix et Obélix, etc. Je n’étais pas très familière avec les comics ni avec les films Marvel. J’ai vu Iron Man, surtout pour Robert Downey Jr., qui est un acteur fabuleux. C’est d’ailleurs l’une des qualités des productions Marvel. Elles réussissent à attirer des acteurs de grand calibre dans leurs univers.

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"Marvel's Daredevil est physiquement très exigeante, mais le résultat est à la hauteur des efforts"

Quelle préparation avez-vous effectuée pour ce rôle ? 

Sur les films, en général, on nous demande d’avoir au moins un mois de training si le rôle est physique. C’est vrai que sur une série comme Marvel’s Daredevil, le facteur combat n’est pas anodin. On tourne parfois des scènes d’action pendant toute une journée ou toute une semaine.

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Sur ce show, je n’ai pas eu le luxe de pouvoir me préparer à l'avance, mais j’ai la chance de pratiquer le karaté depuis plus de dix ans [Élodie Yung est ceinture noire, ndlr] et d’avoir fait aussi du Muay Thaï [la boxe thaïlandaise]. Le fait d’avoir participé à des films d’action dans le passé [notamment G.I. Joe : Conspiration, en 2013] m’a rendu assez familière du process à suivre quand on tourne des scènes d’action.

J’ai donc réussi à apprendre les chorégraphies de combat assez vite et j’ai aussi bénéficié d’une doublure cascade géniale, Lauren Kim. À la fin de ce genre de journée, on était à récupérer à la petite cuillère (rires) ! Je me badigeonnais d’arnica, j’allais prendre un bon bain chaud, et il fallait y aller mollo pendant quelques jours…

Marvel’s Daredevil est physiquement très exigeante mais je pense que le résultat est à la hauteur des efforts. Les scènes d’action sont superbement filmées.

Avez-vous jeté un œil à la performance de Jennifer Garner au cinéma (en 2005 dans Elektra) ?

J’ai préféré ne pas regarder le film. Vous savez, j’ai travaillé sur le film Millénium: les hommes qui n'aimaient pas les femmes de David Fincher. J’avais regardé la version suédoise en tant que spectatrice, avant de savoir que j’allais jouer dans le remake américain le personnage de Miriam Wu.

Pour mes recherches, je suis allée relire le roman. Je n’avais pas envie de m’inspirer du premier film. Le mieux dans ce genre de cas, c’est de retourner au matériel original pour ensuite proposer votre propre version, personnelle. Pour Elektra, j’ai donc lu les comics.

©Patrick Harbron/Netflix

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Elektra est probablement le personnage le plus mystérieux de la série. Qu’attend-elle de la vie selon vous ?

Sa personnalité possède en effet plusieurs couches, que l’on découvre au fil de la saison. Il faut la peler ! On finit par aller vraiment au cœur de son être. Matt est son premier et peut-être même unique amour. Elle tient donc à lui, c’est évident.

"Elektra a un côté sociopathe"

Son sens moral est assez fluctuant… 

Oui, elle possède un rapport intéressant avec la moralité. On peut même se demander si elle possède vraiment un sens moral. Je pense qu’elle a un côté sociopathe. Je ne suis pas certaine qu’elle se demande si ce qu’elle fait est bon ou mauvais. Si faire le bien, ou faire le mal, l’amène vers l’objectif qu’elle s’est fixé, elle va y aller, sans réfléchir aux conséquences morales. Elle est comme ça, au début en tout cas.

Le Punisher et Elektra sont tous les deux prêts à tuer pour vaincre leurs ennemis. Qu’est-ce qui les différencie selon vous ?

Le Punisher cherche à se venger de ceux qui ont massacré sa famille. Il tue en pensant que ses ennemis méritent vraiment de mourir. De son côté, Elektra n’est pas motivée par un désir de vengeance. Elle tue car c’est la chose la plus simple à faire.

"Pourquoi est-ce que je vais m’embêter à te parler, à te raisonner, alors que je peux te faire taire pour toujours en deux secondes ?" C’est la façon la plus rapide pour elle d’avancer vers son objectif. Elle se débarrasse de tout ce qui entrave son chemin, sans se poser de questions.

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ce personnage ?

Elektra m’a permis d’aller vers des palettes d’émotion que je n’avais pas encore explorées. Son côté dark est le plus grand défi. Vous la croiseriez dans la rue, peut-être qu’elle vous séduirait, ou qu’elle vous effraierait… Sa personnalité a tellement de facettes que c’était un plaisir pour moi de creuser ce personnage, d’aller au fond de sa psyché. C’est sa complexité qui m'a séduite.

"Marvel a le don de créer des personnages secondaires"

On a exploré son côté froid et sa poker face. Dans la vie, je pense qu’on peut me lire assez facilement. Elektra est au contraire quelqu’un de très manipulateur. L’idée était aussi de creuser sa relation avec Matt. On découvre qu’elle est capable d’aimer vraiment quelqu’un. J’ai insisté sur cet aspect de sa personnalité, car je ne voulais pas qu’Elektra soit cataloguée comme la méchante ou la fille juste badass.

Elle a des fêlures et des faiblesses. Elle n’est pas complètement sociopathe d’ailleurs, car on voit qu’elle peut avoir des sentiments. J’adore explorer tous les aspects de sa personnalité.

©Patrick Harbron/Netflix

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Avez-vu vu Marvel’s Jessica Jones ?

Oui, et j’ai beaucoup aimé. La storyline de cette héroïne est vraiment passionnante. Et cela montre d’ailleurs que Marvel est particulièrement doué quand il s’agit de créer des personnages secondaires. Ils sont tellement bien écrits qu’on en arrive à leur donner leurs propres séries.

C’est pareil pour Marvel’s Daredevil. Karen n’est pas seulement une secrétaire séduite par Matt Murdock. Elle a son propre ordre du jour. Elle existe par elle-même. C’est pareil pour Foggy.

Verra-t-on Elektra dans la mini-série The Defenders ?

Je ne sais pas ! Qu'en pensez-vous ? [Rires.] J’espère que oui, en tout cas, ce serait cool.

Vous tournez assez peu en France. Est-ce une volonté de votre part ?

Non, pas du tout. Ma carrière américaine s’est développée naturellement après mon parcours au théâtre. Je suis partie étudier à la London Academy of Music and Dramatic Art car j’avais l’impression d’atteindre mes limites. J’ai appris beaucoup de choses dans cette classe. Je me suis libérée de la pression qu’on peut ressentir sur un tournage. On peut se lâcher, faire des erreurs et explorer vraiment son jeu.

Après cela, j’ai eu des opportunités américaines, et j’ai foncé. Mais je n’ai jamais voulu consciemment ne plus jouer en France. Donc n’hésitez-pas à passer le mot [rires]. Je suis impatiente de revenir tourner en France en fait. Pour je ne sais quelles raisons, je n’ai pas eu d’ouvertures ici. Ça ne me fait plus mal maintenant. C’est la vie et j’espère qu’à l’avenir, j’aurais des propositions.

Par Marion Olité, publié le 22/03/2016

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