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Marvel’s Runaways, le mariage réussi entre teen drama et série de super-héros

Avec ses débuts prometteurs, Marvel’s Runaways fait du passage à l’âge adulte de ses héros et héroïnes un point central de sa mythologie.

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Proposer quelque chose de nouveau dans le genre super-héroïque à l’ère de la Peak TV se révèle de plus en plus compliqué. Toutes les chaînes veulent leur Daredevil, mais peu d’entre elles ont l’audace (ou la liberté créative) de s’y aventurer. Les adaptations de comics plient souvent sous le poids de leur matériau d’origine, dont l’aura dévore tout cru toute tentative sérielle. Les faire jaillir de la page pour les jeter en pâture à un public plus large, moins initié – celui de la télé –, c’est risquer de se mettre à dos quelques puristes et, plus grave encore, dénaturer ce qui faisait leurs spécificités.

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Mais Hulu, la plateforme de VOD, n’est pas un network. Elle n’a pas les contraintes de la CW avec Arrow. Moins de censure, une direction artistique plus bienveillante, et un mode de diffusion qui permet de prendre son temps, sans la pression de faire fuir qui que ce soit entre deux épisodes. Car au lieu de lancer le premier, pour ensuite proposer le deuxième la semaine suivante, Hulu a choisi de lancer ses Marvel’s Runaways par trois. Exit le pilote qui doit rusher son exposition et préparer le terrain pour la suite. Les fondations d’une série solide (on l’espère) se bâtissent sous nos yeux, parfois un peu trop lentement, mais sûrement.

Nico, Molly, Gert, Chase, Karolina et Alex vont au même lycée. Autrefois, ils étaient inséparables mais un drame s’est interposé. La vie les a peu à peu séparés, ils ont grandi chacun de leur côté. Mais un événement va bouleverser leur train-train quotidien. Un soir, ils découvrent que leurs parents s’adonnent à de drôles de rituels dans le sous-sol d’une de leurs demeures.

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Écrite par Josh Schwartz et Stephanie Savage, Marvel’s Runaways n’a pas eu trop de difficultés à nous convaincre de regarder la suite. Sur le papier, il y a beaucoup d’éléments qui pourraient, à tout moment, faire basculer la série dans le ridicule (des aliens, du voyage temporel, une secte de parents en toges de cérémonie, une fille à la peau phosphorescente, un vélociraptor…), mais, en dépit de tous ses aspects surnaturels, elle maintient cet équilibre et ancre son récit dans des réalités toutes contemporaines.

Un parti pris principalement dû au fait que les comics d’origine sont eux-mêmes assez récents (ils ont été créés en 2003 par Brian K. Vaughan et Adrian Alphona, et leur dernier volume date de 2015). La série a su injecter "l’esprit comics" à un soap exigent, avec intelligence. Prenez Molly par exemple : le fait d’associer l’apparition de son pouvoir (une super force) à ses premières douleurs menstruelles est en soi un petit miracle. Tant de fictions se montrent encore timorées à l’idée de parler des règles… Alors, certes, ce ne sont plus vraiment des ados lambda, mais Marvel’s Runaways adopte certains des atours les plus séduisants du teen drama avec un ancrage bien plus terre à terre.

La série tend une autre perche avec son casting, son gros point fort. Une diversité salutaire – de couleurs de peau, de physique – débarrassée de tous clichés, qui autorise les spectateurs·rice·s à s’identifier. Les rageux diront "pfff, les quotas c’est nuls". Les lecteurs et lectrices plus éclairé·e·s comprendront en revanche que l’enjeu est tout autre, et la démarche aussi sincère que nécessaire. Présenter d’autres modèles de super-héros que le sempiternel homme blanc musclé, c’est tout simplement inviter d’autres spectateur·rice·s à se reconnaître dans ce personnage.

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Les comics Runaways l’avaient compris. La série n’a fait que respecter la vision des auteurs. Schwartz et Savage, pour avoir bossé sur The OC, Gossip Girl et Chuck, savent écrire des personnages adolescents et maîtrisent la bascule vers des univers traditionnellement réservés aux geeks. Les pouvoirs de nos Runaways, qui mettent un certain temps à se révéler, sont aussi des marqueurs de ce passage à l’âge adulte. Une métaphore dont la série use avec finesse.

Et finalement, la seule chose qui menace l’équilibre du show est à chercher du côté du rythme. Le premier épisode se concentre quasi exclusivement sur l’exposition de ses nombreux personnages, quand le deuxième nous fait revivre les événements du précédent, du point de vue des parents. La mise en place serait toutefois bien plus laborieuse si la plupart de nos héros n’étaient pas immédiatement attachants.

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Pour l’instant, Nico, Molly et Gert sont particulièrement bien servies par le script et leurs actrices respectives. Un pari réussi, donc, pour une série qui a tout misé sur de quasi-anonymes en plaçant stratégiquement ses "visages connus" (comme le Spike de Buffy contre les vampires, James Marsters) du côté des parents. Si elle poursuit sa progression dramatique sans se prendre les pieds dans un casting bien fourni, Marvel’s Runaways promet de belles choses.

Par Delphine Rivet, publié le 23/11/2017

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