Sarah Shatz/Netflix

Marvel’s The Defenders : une super réunion qui manque de mordant

De bonnes intentions et de bons personnages ne suffisent pas, hélas, à faire une bonne série d’action. Attention, spoilers.

© Sarah Shatz/Netflix

En dépit de la déception Marvel’s Iron Fist, l’association entre Netflix et La Maison des Idées avait porté ses fruits. Un Daredevil soigné, un Luke Cage engagé, une Jessica Jones politiquement incorrecte… Chacun avait trouvé sa recette et son identité. Alors oui, on attendait fermement ces huit épisodes de Marvel’s The Defenders. D’autant que le défi était de taille : il fallait faire se rejoindre quatre storylines bien distinctes, avec chacune ses codes visuels, créer l’alchimie entre nos héros, et leur donner un ennemi suffisamment puissant et difficile à combattre pour que les enjeux en vaillent la peine. Si les deux premiers challenges ont été relevés, c’est sur le troisième, en revanche, que le bât blesse.

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Destins croisés

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En huit épisodes, Marvel’s The Defenders, showrunnée par Marco Ramirez, qui a travaillé précédemment sur Daredevil, n’a jamais trouvé son rythme de croisière. C’est le premier reproche qu’on peut lui faire et les autres séries Marvel-Netflix de la cuvée souffrent toutes plus ou moins du même défaut. Ici, l’exposition est lente, et parfois futile. On peut comprendre que la série souhaite s’adresser au plus grand nombre. Qu’ils aient vu ou pas les aventures individuelles des quatre premiers super-héros, les spectateurs doivent pouvoir s’y retrouver. Cela, on le conçoit aisément. Mais la série prend beaucoup trop de temps à jouer aux crossovers : Luke qui rencontre Iron Fist, Jessica Jones qui retombe sur son ex ou joue au chat et à la souris avec Matt Murdock, le tout agrémenté par les interventions en mode "fil d’Ariane" de Claire Temple (la seule à les avoir tous rencontrés).

De son côté, Elektra est probablement la plus mal lotie alors que, paradoxalement, elle hérite d’un rôle majeur : celui de Black Sky. Elle reste enfermée dans son rôle de femme fatale que Matt Murdock s’efforce de sauver. Elle est le mal, la tentation, celle qui, en saison 2 de Daredevil, tente de corrompre l’enfant de chœur torturé qu’est notre héros, bref, elle est un cliché. Dans Marvel’s The Defenders, la trajectoire des amants terribles est sensiblement la même : il est l’éternel martyre qui veut ramener Elektra dans la lumière.

Elle n’a pas grand-chose à défendre en termes de storyline. On la voit donc devenir Black Sky, le bras armé de The Hand (La Main en VF) et sous le contrôle d’Alexandra Reid, puis s’affranchir de sa maîtresse en la tuant, pour finalement prendre la place de cette dernière et poursuivre sa mission, qui consiste à capturer Iron Fist et lui faire ouvrir le passage vers K’un-Lun. Et la seule question qui nous vient à l’esprit c’est : pourquoi ? À quoi bon rêver de liberté et de pouvoir, si c’est pour exécuter un plan qui ne profite qu’à ceux qui l’ont asservie un peu plus tôt ?

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© Sarah Shatz/Netflix

Une fois que les interminables présentations sont faites, la réunion de super-héros se révèle pourtant être carrément fun et jouant plutôt bien sur ce qui les oppose. Ramirez, et ses réalisateurs, parviennent d’ailleurs à trouver le ton, grâce à quelques subterfuges et autres transitions, pour passer de l’univers froid de Jessica Jones au Harlem baigné de soleil de Luke Cage, en passant par la noirceur percée de rouge du monde de Daredevil et le quotidien urbain et légèrement teinté de vert d’Iron Fist. Il faut un temps d’accoutumance à ce parti pris visuel, mais le résultat s’avère finalement payant quand notre super-team se forme pour la première fois au resto chinois. À cet instant, on touche du doigt tout le potentiel de nos Defenders.

The Hand… balayée d’un revers de main

Hélas, nos protagonistes passent ensuite plus de temps à se mettre d’accord sur un plan pour détruire The Hand qu’à mettre à profit leur improbable union et à combiner leurs pouvoirs. The Defenders révèle alors son talon d’Achille. Daredevil a eu le charismatique Wilson Fisk, puis The Punisher (bien plus ambigu, et à la frontière entre le héros et le méchant). Et on n’est pas près d’oublier le terrifiant Kilgrave de Jessica Jones. Bref, pour qu’un héros mérite ce titre, il faut qu’il affronte un méchant digne de ce nom. En castant Sigourney Weaver dans le rôle d’Alexandra Reid, l’un des cinq doigts de The Hand, tous les espoirs étaient permis. On parle de Ripley là, quand même ! Pour justifier que nos quatre super-justiciers joignent leurs efforts dans la bataille, il fallait donc un enjeu colossal et un mal comme on n’en avait jamais vu auparavant.

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Mais les Defenders nous ont laissés sur notre faim. On a beau nous répéter que The Hand est une organisation d’immortels, crainte de tous, et qui s’infiltre jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, on ne prend jamais vraiment la mesure de la menace. Quand une série préfère dire plutôt que montrer, c’est qu’il y a un loup… Et ce loup, hélas, fera chanceler tous les efforts entrepris pour associer nos Defenders. The Hand s’avère être une poignée de figurants qui gigotent et donnent, au mieux, quelques suées à nos héros, mais c’est surtout Black Sky et les quatre "doigts" restants qui vont au charbon. Pour une société secrète millénaire censée avoir toute une armée à travers le globe à sa disposition, le déploiement de force est peu impressionnant. À côté, Nobu, qui avait donné du fil à retordre à Daredevil, est un boss de dernier niveau.

© Jessica Miglio/Netflix

Plus la série approche de sa conclusion, plus on remet en question les décisions qu’ils prennent et ce pour quoi ils se battent. Danny Rand est milliardaire et, comme le lui balance sans ménagement Luke Cage, il pourrait faire bon usage de ses privilèges. Le golden boy semble avoir compris la leçon, mais se servira uniquement de son statut pour interrompre une réunion de The Hand. Réunion à laquelle parviennent à s’incruster nos trois autres héros, sans qu’aucun d’eux n’ait le début de réseau du jeune homme. Luke et Jessica, quant à eux, pourraient profiter de leur relative notoriété (on rappelle qu’ils ont été "outés" comme super-héros) pour alerter la population ou faire évacuer le quartier…

Bref, il y a beaucoup d’occasions manquées et Marvel’s The Defenders choisit finalement la plus insipide et pas forcément la plus cohérente. Car pour empêcher The Hand de nuire et provoquer un autre tremblement de terre dévastateur, ils choisissent de faire sauter un building pour reboucher un gigantesque trou. Ils croisent ensuite les doigts pour que le reste du quartier ne soit pas enseveli dans l’opération, après avoir passé d’interminables minutes à se convaincre les uns les autres qu’aucun innocent ne devait mourir. Ils ont une morale, mais pour les principes de base en géologie, on repassera.

Et, même si le final recycle la storyline des amants maudits Matt et Elektra, et que, bien sûr, celui-ci va au bout de son complexe du martyre et se sacrifie, la charge émotionnelle est là. Alors, on oublie un instant les combats gâchés – qu’on devine impressionnants et bien chorégraphiés mais filmés dans une telle pénombre qu’on ne saurait les apprécier –, la menace molle que représentait The Hand, et la platitude du rythme de cette saison, pour se dire que finalement, Daredevil, Jessica Jones et Luke Cage sont peut-être mieux chacun de leur côté. Iron Fist, lui, n’a décidément sa place nulle part.

Par Delphine Rivet, publié le 25/08/2017

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