Master of None ou l'apprentissage du féminisme par Aziz Ansari

Dans Master of None, la série qu'il a créée pour Netflix, Aziz Ansari aborde un thème qui lui est cher : le féminisme. Un engagement qui lui est venu sur le tard et dont il partage les idées avec son public à la moindre occasion.

Aziz Ansari a pris le train du féminisme en marche. Chez ce comédien, fruit d'un mariage arrangé, le militantisme ne s'est pas fait en un jour. C'est sa petite amie, chef dans un grand restaurant, qui l'a initié et lui a ouvert les yeux sur les inégalités hommes/femmes. Depuis, ce romantique invétéré, découvert dans Parks and Recreation, profite de sa célébrité pour répandre la bonne parole.

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Jusqu'ici, ses spectacles de stand-up étaient son terrain de jeu favori pour mettre en avant l'absurdité d'une société qui se refuse encore à mettre hommes et femmes sur un pied d'égalité. Dans Aziz Ansari: Live at Madison Square Garden (disponible sur Netflix), le comédien prend son public à partie et demande aux femmes : "Levez la main si vous avez déjà été suivies par un mec louche".

Il s'amuse ensuite de l'étonnement des hommes devant la grande majorité des mains levées. C'est d'autant plus drôle qu'il a été l'un de ces hommes, dans un passé pas si lointain. Des convictions qu'il partage également dans son livre Modern Romance, ou sur les plateaux des Late Shows dès qu'il en a l'occasion.

Dans Master of None, probablement son œuvre la plus personnelle, Aziz Ansari devient Dev, le héros de l'histoire et alter-égo à peine fictif. Trentenaire new-yorkais, comédien qui aimerait percer dans le milieu, cœur à prendre ou coup d'un soir, Dev affiche une candeur rafraîchissante quand il s'interroge sur le féminisme. La preuve en trois scènes révélatrices.

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Plan B

Au beau milieu de leurs ébats, c'est le drame. Dev annonce à Rachel que la capote vient de les lâcher. L'angoisse les gagne et Rachel décide, par précaution, de se rendre dans la pharmacie la plus proche pour demander la pilule du lendemain. Dev l'accompagne et lui balance, alors qu'elle s'apprête à payer, "Non non, je t'en prie, c'est pour moi".

Dès les premières minutes de Master of None, Aziz Ansari jette un pavé dans la mare : dans un couple, la contraception est l'affaire des deux parties. Mine de rien, un homme qui se propose de payer la pilule de sa partenaire, même pour une contraception d'urgence, c'est assez inédit.

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No means no

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Après un rencard avec une serveuse qui vire au fiasco, Dev finit par retrouver Rachel dans un bar. Quand le moment est venu de se dire au revoir, Dev tente une approche et s'avance pour l'embrasser. Dans un mouvement de recul, Rachel explique qu'elle a quelqu'un. Ecœuré, mais respectueux, Dev n'essaiera pas de la faire changer d'avis et s'abstiendra de virer lourdingue.

Une situation qu'Aziz Ansari a déjà abordée dans ses sketches de stand-up, exhortant ces messieurs à ravaler leur fierté dans un contexte pareil. Mieux vaut être vexé pendant quelques minutes plutôt que de forcer une fille à faire ce qu'elle ne veut pas, a fortiori quand il est question de relations intimes.

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Harcèlement de rue

Master

Le matin sur le plateau de tournage, Dev raconte à l'une de ses collègues la soirée pourrie qu'il a passée la veille : le service au bar était bien trop lent et, comble de la malchance, il a mis le pied dans une crotte de chien en rentrant chez lui, ruinant du même coup ses baskets préférées. Et elle, sa soirée ? Oh, rien d'exceptionnel : elle a été suivie jusque chez elle par un type louche dont elle avait gentiment repoussé les avances un peu plus tôt.

Surpris de constater à quel point ce genre d'histoires est monnaie courante, Dev réalise soudain ce qu'est le sexisme ordinaire, vicieux, celui qui se loge dans les détails et dont on ne parle décidément pas assez.

Là encore, Aziz Ansari partage sa propre expérience, une épiphanie qu'il doit à sa petite amie, lorsque celle-ci lui a fait la liste par le menu des comportements sexistes auxquels elle est confrontée quotidiennement, comme tant d'autres femmes.

Dans Master of None, et comme il le fait déjà sur d'autres terrains d'expression, Aziz Ansari démontre qu'être féministe n'est pas inné. Ça s'apprend.

Par Delphine Rivet, publié le 06/11/2015

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