De Master of None à You’re the Worst, ces séries qui auscultent les relations amoureuses modernes

On n’a jamais vu autant de séries nous tendre un miroir de nos relations amoureuses. À chaque comportement amoureux, son programme. Suivez le love guide !

Les dramédies centrées sur les relations amoureuses, c’est un peu le pendant sériel des bonnes vieilles rom-coms qui inondent régulièrement le cinéma. Sauf qu’ici, le concept est dépoussiéré : les personnages font face à des situations réalistes et des émotions complexes, dans un environnement souvent plausible. Ces séries, drôles, intelligentes et ancrées dans l’air du temps, auscultent chacune à leur façon les nouveaux comportements amoureux. À binge-watcher en prenant des notes !

You’re the Worst, pour les phobiques de l’engagement

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Clin d’œil aux comédies romantiques d’antan : la série de Stephen Falk débute par la rencontre entre Gretchen et Jimmy lors d’un mariage. On se rend vite compte que ces deux-là sont un "perfect match" du pire (d’où le titre) : complètement borderline, égoïstes, toxiques, autodestructeurs… Derrière ce couple terrible toujours prêt à faire les 400 coups version adulte se cache une réalité moins reluisante. Elle lutte contre la dépression, il a une peur panique de l’attachement et de l’engagement. Le genre de blocage qui peut vous bousiller une relation, même si les sentiments sont là. Série hystérique, attachante, parfois cruellement humaine, You’re the Worst est un grand huit émotionnel dont on ne ressort pas indemne. La saison 4 arrive le 6 septembre.

Love, si tu es avec une personne très différente de toi

La série de Judd Apatow met en scène la relation amoureuse naissante entre deux trentenaires aussi "adulescents" qu’aux personnalités radicalement différentes. Jeune femme autodestructrice et dépendante affective en voie de guérison, la borderline Mickey rencontre Gus, un petit geek pépère qui vient de rompre avec sa nana de longue date. Leur seul point commun : ne pas savoir gérer leur relation amoureuse. Voilà donc un anti-match qui, étrangement, fini justement par fonctionner. Il lui apporte toute sa candeur et son innocence quand elle le pousse à se lâcher davantage. Au moindre texto ou comportement mal interprété, tout menace de se casser la figure, et c’est ce qui fait toute la beauté de ce couple en équilibre instable.

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Insecure, si tu es en couple mais un peu paumé.e

Insecure vient remédier au pire défaut des dramédies sur les relations amoureuses : le manque de diversité dans les personnages principaux. Trop d’entre elles mettent en scène les problèmes du couple hétéro blanc. Créée par la géniale Issa Rae, Insecure s’intéresse à la vie de deux copines afro-américaines, et surtout à celle d’Issa donc. Son alter ego de fiction est une jeune femme qui manque de confiance en elle et n’ose pas encore tenter de réaliser son rêve professionnel. En couple depuis plusieurs années, elle traverse une crise quand une ancienne connaissance très attirante vient la draguer. Son mec, Lawrence, s’est en plus un peu laissé aller. Issa se retrouve à la croisée des chemins : est-elle en train de vivre une mauvaise passe, doit-elle s’accrocher ou céder à ses envies ? Toutes les personnes qui ont été en couple assez longtemps ont vécu ce genre de questionnements. Insecure n’a pas forcément la réponse, mais se questionner avec ses personnages humains et attachants ne peut faire que du bien.

New Girl, pour les célibataires

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La série signée Elizabeth Meriwether explore l’amitié mais aussi les relations amoureuses modernes avec acuité. Et si New Girl ronronne quelque peu dans sa dernière saison, heureusement, son héroïne et ses colocs sont toujours aussi attachants. Si des couples se sont formés (Nick et Reagan, Cece et Schmidt, et Winston et Aly), chacun a été à un moment ou à un autre célibataire dans cette série. Avec ce que ça comprend de moments de grandeur (je suis liiiiiibre !!), de débuts d’histoire qui tournent finalement court, de dates awkward, de petites obsessions friend zone (après plusieurs histoires, Jess recraque complètement sur Nick en saison 6) et de moments de solitude (wink wink Winston pré-Aly).

New Girl, c’est aussi une série sur l’importance de l’amitié, vécue ici quasiment comme une relation amoureuse. Une dispute, un ami qui s’éloigne (Coach…) et c’est un chagrin d’amour. Il ne dure jamais longtemps, car, fondamentalement, New Girl, à l’image de son héroïne, est une grande optimiste, une série feel good qui croit en des lendemains qui chantent. C’est aussi pour ça qu’on l’aime.

Man Seeking Woman, si tu viens de te faire larguer

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Si les sentiments sont réalistes dans la série de Simon Rich, ils sont mis en scène de façon surréaliste. C’est ce qui fait tout le sel de cette comédie portée par Jay Baruchel. Le trentenaire aux airs d’éternel ado incarne un mec qui vient de se faire larguer par sa copine de longue date, avec laquelle il vivait. Le retour sur le marché des célibataires va donc faire mal, tout comme le processus de deuil de cette relation, qui avait sérieusement formaté sa vie. Les premiers épisodes, aussi drôles que touchants, parleront en particulier à ceux qui viennent de subir une première rupture douloureuse et se sentent désemparés. Les célibataires s’y retrouveront ensuite dans la succession de dates gênants et de potentielles petites amies qu’enchaîne Josh.

Master of None, pour les grand.es indécis.es

Aziz Ansari est passionné par les relations amoureuses, en témoigne son livre Modern Romance, ses stand-up ou encore sa série Master of None, dans laquelle il met beaucoup de lui-même. Il y incarne Dev, un acteur new-yorkais un peu raté mais pas en peine financière, amateur de bonne bouffe et en quête du grand amour. Il ne le formule jamais ainsi mais Dev est un romantique contrarié. Produit de son époque, c’est un éternel insatisfait, obligé de naviguer dans la jungle amoureuse moderne des Tinder & co alors qu’il aimerait vivre dans La Dolce Vita. Master of None analyse avec tendresse et pertinence tout ce qui a changé (ou pas) dans nos comportements amoureux.

Cette sensation, avec l’avènement des appli de rencontres, qu’on peut toujours trouver mieux. Cette peur panique de s’engager dans quoique ce soit qui va demander autre chose que prendre du plaisir. Cette incapacité à prendre des décisions. Et in fine, cette peur constante de l’échec. Mais comme le montre la série, un échec amoureux, quand on prend le temps de l’analyser, est comme un échec professionnel. Il vous fera avancer vers une relation plus saine.

Casual, si tu es très (trop) proche de ta famille

Non, cette série ne parle pas d’inceste (quoique, en sous-texte, peut-être) mais d’une femme, Val, quarantenaire, qui va vivre chez son frère un peu plus jeune avec sa fille ado, à la suite de son divorce. Les trois cherchent plutôt des relations casual, comprenez tout sauf prise de tête, où ils prennent du plaisir sans s’engager. Oh la belle idée ! Sur le papier. Car comme le montrent les trois premières saisons de la série, rien n’est jamais simple en amour. Et la relation casual se trouve surtout être un entre-deux bien pratique, mais inconfortable, pour éviter de trop souffrir. S’engager dans une vraie relation, c’est en fait accepter de souffrir. L’autre versant important de la série, c’est aussi de montrer en quoi être trop proche d’un membre de sa famille (sa fille, sa sœur, son frère…) peut aboutir aussi bien à quelque chose de précieux – une confiance à nulle autre pareille – qu’autodestructeur.

I Love Dick, pour les obsessionnel.les

Mariée depuis de longues années, Chris va tomber raide dingue de Dick, un cow-boy intello (oui, c’est une sorte de fantasme) rencontré lors d’une résidence artistique installée au fin fond du Texas. Elle va transformer son obsession en objet artistique, commençant à écrire des centaines de lettres à Dick, et remettant en cause son mariage. La série de Jill Soloway concrétise le concept de female gaze (adoptant un point de vue féminin sur le désir féminin).

I Love Dick nous fait tout ressentir, à commencer par l’énergie dingue que l’on peut trouver dans une obsession amoureuse et comment on l’alimente sans cesse. Chris suit le conseil inverse de celui qu’un pote ou un magazine féminin vous donnerait dans ce cas-là. Au lieu de tenter de fuir son obsession, elle s’y jette corps et âme, et ce qu’on pourrait juger aliénant au premier abord (ne pas pouvoir s’empêcher de penser à une personne) va devenir libérateur. Tordu et passionnant.

Par Marion Olité, publié le 18/08/2017

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