MINDHUNTER

Avec MINDHUNTER, on retrouve le David Fincher de Zodiac

Obsession, quand tu nous tiens.

© Netflix

Ceux qui connaissent la carrière de David Fincher sur le bout des doigts le savent. De Seven à Millénium ou Gone Girl, l’homme a toujours eu une fascination certaine pour les tueurs complexes, et en particulier les serial killers, ceux qui tuent "en séquence", comme le définit Holden Ford (Jonathan Groff), le jeune agent du FBI et héros de MINDHUNTER. Après Zodiac, qui racontait sur deux décennies l’échec de la traque du tueur du Zodiaque à travers les yeux d’un dessinateur de presse (incarné par Jake Gyllenhaal) obsédé par cette affaire, Fincher nous propose ici une sorte d’extension à son long et passionnant film de 2007.

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La série replonge dans cette période des années 1970, où les flics ont l’impression de faire face à une nouvelle catégorie de tueurs, qui ne commettent plus leurs crimes pour des motifs "compréhensibles" par la société, comme l’appât du gain ou la passion amoureuse. Pour le FBI de l’époque, les Charles Manson ou Ed Kemper ne sont que des tarés psychopathes, fous à la naissance, et tenter de les comprendre ne sert à rien. Holden Ford pense au contraire que les forces de l’ordre ont un besoin urgent d’étudier les comportements et les motivations de ces nouveaux tueurs en série ultraviolents, qui font montre d’une perversité, souvent sexuelle, dépassant l’entendement.

L’homme va s’associer avec un vétéran, Bill Tench (Holt McCallany, second rôle dans Fight Club et Alien 3) qui officie dans l’Unité des sciences du comportement. Ils vont alors prendre la route et partir à la rencontre des policiers locaux pour ouvrir une discussion sur ces nouvelles méthodes d’investigation. Et ils feront face à bien des résistances, qu’elles viennent des pontes du FBI ou des flics fatigués et bornés. Parallèlement, Holden commence à s’entretenir avec des serial killers, en particulier Ed Kemper, un tueur très intelligent, à la psychologie complexe. Il est persuadé qu’en perçant la psyché de ce genre de criminels, de nombreuses affaires non résolues le seront et que les tueurs en série seront arrêtés plus rapidement. En gros, on assiste à la naissance du métier de profileur.

Dans la tête d’un serial killer

Avec MINDHUNTER, Fincher reprend vraiment le même modus operandi que dans Zodiac : s’il n’est pas créateur de la série, écrite par Joe Penhall, le cinéaste effectue un évident retour aux sources d’une de ses plus grandes obsessions. Les points communs entre les deux œuvres s’accumulent : elles se déroulent à la même époque, sont basées sur des livres écrits par des personnes ayant vécu les faits (Mindhunter, dans la tête d’un profileur de John Douglas et Mark Olshaker, sort en librairie le 19 octobre en France) et s’intéressent à de vrais serial killers.

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© Netflix

Elles sont toutes deux marquées par un souci de réalisme, appuyé par une sobre reconstitution et une réalisation chirurgicale, dénuée de tout effet de style facile (Fincher a réalisé les deux premiers et les deux derniers épisodes de la saison 1). Et portées par de grands acteurs qui n’ont pas besoin d’en faire des tonnes pour briller. L’excellent Jonathan Groff a remplacé Jake Gyllenhaal dans le rôle du petit jeune malin, très curieux, qui va faire bouger les choses en allant où personne ne lui dit d’aller. Les structures de Zodiac et MINDHUNTER sont assez proches (la transition des séquences se fait par des panneaux informant du lieu et de la date du moment) et s’attellent chacune, avec un angle d’attaque différent, à cette grande question de la compréhension du tueur en série.

Quel est son background familial, son schéma ? Quel mot va le faire sortir de sa réserve ? Pourquoi est-il un sadique sexuel ? Plonger dans ces esprits torturés, découvrir les horreurs mais aussi l’humanité qui s’y cachent, ne va pas aller sans conséquence pour ces hommes. Dans la série comme dans la vie (les deux personnages principaux sont librement inspirés des vrais agents du FBI John Douglas et Robert Ressler, pionniers du métier de profileur), l’enquête vire à l’obsession d’une vie.

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Et cette fois, David Fincher n’est plus restreint par le timing d’un film : MINDHUNTER se compose de 10 épisodes et s’est déjà vue attribuer une deuxième saison. Les passionnés d’enquêtes méticuleuses et de psychologie seront donc comblés. Les scènes de tension – notamment les interviews des serial killers derrière les barreaux – remplacent les scènes d’action. Mais pour autant, la série n’apparaît pas comme austère. C’est qu’elle est soutenue par une belle écriture, des dialogues percutants et une pointe d’humour.

© Netflix

Le duo formé de Jonathan Groff et Holt McCallany fonctionne à merveille. On ne peut pas non plus reprocher à Fincher de ne pas s’intéresser aux figures féminines. Le personnage de Debbie (Hannah Gross), certes secondaire, s’éloigne du cliché de la petite amie décorative ou ulcérée par le fait que son flic de mec soit toujours en train de bosser. Dans une scène de sexe pour le coup pas du tout gratuite, elle guide sexuellement son petit ami pour qu’il lui donne du plaisir. Plus tard, c’est elle qui lui fait comprendre que le FBI est super à la traîne et qu’il ferait bien de faire un tour du côté de l’Unité des sciences du comportement pour voir ce qu’il s’y passe.

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Rien de dingue me direz-vous, juste un personnage féminin traité comme un personnage à part entière, qui a une influence positive sur son petit ami. Ce n’est pas si commun en 2017, surtout quand on met en scène une série d’époque, excuse entendue mille fois pour justifier l’écriture médiocre de personnages féminins. Et puis la suite de la série (cette critique se base sur les 2 premiers épisodes) mettra en scène la revenante Anna Torv (Fringe) qui reprend un badge du FBI pour incarner une collègue de nos deux héros.

Après House of Cards, la paire Netflix-David Fincher se porte donc comme un charme, les deux parties semblant y trouver leur compte. La plateforme américaine peut compter sur le prestige du cinéaste et un sujet catchy (qui n’a pas envie de savoir comment fonctionne un tueur en série ?), et lui sur une carte blanche totale, qui lui permet d’explorer en toute liberté un de ses thèmes de prédilection, les zones d’ombre de l’humanité.

La première saison de MINDHUNTER est disponible depuis le 13 octobre sur Netflix.

Par Marion Olité, publié le 13/10/2017

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