Mr. Mercedes, un thriller psychologique glaçant et maîtrisé

L’univers prolifique du maître Stephen King est de nouveau mis à l’honneur sur le petit écran. Malgré la malédiction qui semble poursuivre les tentatives d’adaptations sérielles, Mr. Mercedes brise le sort en offrant un pilote prometteur. Attention, spoilers.

Brighton, Ohio, 2009. La crise économique que subissent les États-Unis oblige certains laissés pour compte à faire la queue en pleine nuit devant un forum pour l’emploi. Un jeune divorcé, un vieux croûton et une mère et son bébé de deux mois s’y retrouvent, en espérant des jours meilleurs. Ils n’auront jamais l’occasion de les voir arriver puisqu’un psychopathe, revêtant un masque de clown, décide de foncer dans le tas avec une Mercedes. Le carnage est total : 16 morts et une trentaine de blessés. Les détectives Bill Hodges et Peter Dixon mènent alors l’enquête, mais, malgré leur détermination à retrouver le criminel, ils ne réussissent pas à l’attraper.

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Deux ans plus tard, Bill Hodges est à la retraite après 36 ans de bons et loyaux services, caché dans sa petite maison. Pourtant, l’ex-détective, ayant pris de l’embonpoint, a du mal à oublier cette affaire, à tel point qu’il en est devenu odieux avec son entourage. Au bord de la dépression, Bill Hodges voit soudain ses vieux démons réapparaître avec un étrange e-mail. C’est lui, Mr. Mercedes, venu tourmenter l’ancien détective et jouer avec ses nerfs. Le jeu du chat et de la souris va pouvoir commencer et aucune des deux parties ne laissera tomber facilement.

Avec un premier trailer haletant, cette énième adaptation d’un roman de Stephen King présageait un thriller angoissant et résolument moderne. Le pari semble réussi au vu du pilote, diffusé le 9 août sur la chaîne Audience Network. Composée de dix épisodes, Mr. Mercedes, adaptée du premier tome de la trilogie Bill Hodges, tient ses promesses grâce à une réalisation sombre et prenante et un casting efficace. Ce thriller psychologique, bien loin des ratées The Mist, autre adaptation de l’univers de Stephen King, et The Sinner, s’annonce comme une belle transition sérielle avant la rentrée.

Attrape-moi, si tu peux

© Audience Network

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Dès la scène d’ouverture, le ton est donné : Mr. Mercedes va jouer avec nos nerfs et nos émotions. Alors qu’on prend la bande de demandeurs d’emploi en sympathie, ces derniers sont tués dans un bain de sang et d’effroi par le psychopathe à bord de sa Mercedes. Déboussolés, on vit le massacre à la place du tueur, dans la voiture, et les corps des victimes virevoltent dans tous les sens, les hurlements et les bruits de choc rythmant la chevauchée mécanique mortelle. La scène est entrecoupée de plans sur la tête de Mr. Mercedes, dissimulé sous son masque de clown, et de plans plus larges sur la foule effarée, courant en tous sens, impuissante face à la projection et l’écrasement des corps.

Ces horribles images, d’une violence sans pareille, ne nous quitteront pas de tout le pilote, Mr. Mercedes se chargeant bien de nous rappeler à ce mauvais souvenir. Ce cauchemar tourmente aussi l’ancien détective, Bill Hodges, le deuxième point de vue important de la série. Replié sur lui-même depuis ce crime non élucidé et la fin de ses fonctions, le retraité va devoir replonger la tête la première dans cette affaire, à cause du psychopathe. Voulant le culpabiliser davantage, Mr. Mercedes lui envoie un e-mail et pirate son ordinateur afin qu’il revive l’horreur de cette tragédie. Mais Bill Hodges semble reprendre du poil de la bête en agrippant l’hameçon lancé par le psychopathe dans le but de le faire flancher.

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Dans une quête initiatique, penchant vers un purgatoire dangereux, l’ex-détective rebat les cartes et relance l’enquête, quitte à se faire violence, comme lorsqu’il s’installe dans la Mercedes, gardée sous scellé comme pièce à conviction. Les images du massacre reviennent peu à peu le tourmenter, et nous aussi par la même occasion. Cette scène frappante d’effroi alimente la tension pesant sur la série et nous rappelle que la tragédie est le fil conducteur de la saison. Elle reste à jamais dans la mémoire de Bill Hodges, interprété par Brendan Gleeson, qui a prêté ses traits à Alastor Maugrey dans la saga Harry Potter. Son gabarit et sa bouille sympathique rendent le personnage touchant, malgré son sale caractère.

En tant que spectateurs, nous sommes pris à témoin puisque, contrairement à Bill Hodges, nous connaissons l’identité de Mr. Mercedes. Il s’agit, en effet, de Brady Hartsfield, un jeune informaticien pris dans l’engrenage d’une relation incestueuse avec une mère instable et alcoolique. Habitant dans un environnement sinistre et glauque, Brady s’est créé une sorte de bunker rempli d’ordinateurs, joujoux technologiques indispensables au parfait pirate du Web. Grâce à un montage effrayant, digne d’un found footage horrifique, le jeune homme réussit à nous glacer le sang avec ses vidéos menaçantes. Le corbeau 2.0 est en marche et compte bien s’amuser avec son ennemi, dépassé par les événements.

Alors qu’il devait initialement être interprété par Anton Yelchin, décédé en juin 2016, Brady Hartsfield est finalement joué par Harry Treadaway, aka Victor Frankenstein dans Penny Dreadful. L’acteur britannique nous donne la chair de poule à la moindre de ses apparitions, grâce à des expressions faciales effrayantes mais subtiles. On soupçonne d’ailleurs qu’il n’a pas encore livré toutes les facettes du monstre qu’est Mr. Mercedes. En s’immisçant dans l’intimité de Bill Hodges, Brady tisse sa toile démoniaque dans la vie de l’ex-détective en pensant avoir déjà remporté la guerre, mais c’était sans compter la détermination du retraité.

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© Audience Network

Entre le vieux déconnecté et le jeune détraqué s’installe alors progressivement un jeu du chat et de la souris haletant jusqu’à, on l’imagine et on l’espère, un affrontement final explosif. La série explore ici un duel classique et manichéen entre un méchant et un gentil, mais cette lutte va heureusement bien plus loin que cela. Les deux personnages sont très bien développés et ont chacun leur arme de combat : une repartie sans pareille pour Bill Hodges et un côté Dr Jekyll et Mr. Hyde pour Brady Hartsfield. En témoigne la dernière scène où le jeune homme effectue son deuxième job, vendeur de glaces, et regarde au loin son adversaire dans le quartier résidentiel, accoudé à la fenêtre de son camion, pendant que les enfants quémandent leurs bâtonnets. Glaçant.

Outre les acteurs, très bons dans leurs rôles respectifs et dont l’interprétation donne une saveur particulière aux personnages, l’ambiance créée par le réalisateur, Jack Bender, offre encore davantage de substance au pilote. En jouant sur deux atmosphères différentes, portées par la noirceur et l’espoir des deux protagonistes, le réalisateur nous plonge directement dans la bataille psychologique entre le bien et le mal, malgré tout nuancée par des personnalités plus complexes. Il mise par ailleurs sur notre ouïe pour apporter plus de force à l’ambiance pesante et haletante dans laquelle ce pilote nous baigne, avec, de surcroît, un incroyable suspense.

Après de nombreuses adaptations ratées des chefs-d’œuvre du maître de l’horreur, Under The Dome ou The Mist en tête, réjouissons-nous de constater que Mr. Mercedes semble suivre le même chemin que sa consœur 11.22.63. Après un pilote aussi prometteur, qui sent bon l’univers de Stephen King, on a hâte de découvrir la suite de Mr. Mercedes, qui devrait ravir les fans les plus puristes du King de la littérature horrifique. Même si on en attend plus des personnages secondaires, la réussite de cette adaptation tient aussi pour beaucoup à la collaboration entre le créateur David E. Kelly et le producteur exécutif, Stephen King himself.

La première saison de Mr. Mercedes est en cours de diffusion sur la chaîne Audience Network outre-Atlantique. Elle reste inédite en France.

Par Mégane Choquet, publié le 14/08/2017

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