Aux origines de Poldark : de la saga littéraire aux séries

On remercie chaque jour les Anglais de nous faire découvrir, par le biais de leurs fabuleuses adaptations télévisuelles, les grands classiques de leur littérature. Poldark est la dernière saga romanesque en date à avoir été dépoussiérée par la BBC.

Un grand classique de la littérature anglaise

Poldark 1975

© BBC

Ont-ils un super pouvoir que l'on ignore ? Toujours est-il qu'au grand jeu des adaptations en séries de classiques littéraires, nos voisins british nous battent à plates coutures. Les ingrédients indispensables à cette réussite : un bon matériau d'origine, de bons scénaristes, un soin particulier apporté au rendu visuel, des acteurs et actrices charismatiques et, surtout, un immense respect de l'œuvre littéraire.

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Car avant d'être la série que l'on connaît, menée par Aidan Turner et Eleanor Tomlinson, Poldark était une collection de romans qui a passionné des milliers d'Anglais. Publiée de 1945 à 1953, puis de 1973 à 2002, la saga créée par Winston Graham suivait les aventures, au XVIIIe siècle, de Ross Poldark, un ancien officier de l'armée britannique de retour de la guerre d'Indépendance américaine.

Après trois ans passés loin de ses Cornouailles natales, il découvre que son héritage, des mines de cuivre, est à l'abandon, et sa fiancée Elizabeth s'est mariée à son cousin. Ross va devoir reprendre ses droits sur ses terres, emprunter aux notables du coin pour rouvrir les mines et faire de nouveau prospérer le nom de Poldark.

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À gauche : Poldark version 2015. À droite : Poldark version 1975. (© BBC)

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Et, s'il est toujours amoureux de celle qui fut un jour sa promise, il finit par s'éprendre d'une jeune paysanne du nom de Demelza. Ainsi, la saga Poldark parcourt les années pour s'achever au XIXe siècle avec les descendants de notre héros. La série adaptée par Debbie Horsfield pour la BBC, elle, a déjà couvert quelques années de la vie de Ross et de sa romance avec Demelza sur les huit épisodes de la première saison.

Pourtant, si beaucoup de jeunes sériephiles ont découvert ce conte historique et romanesque avec la série de 2015, sûrement attiré-e-s par les boucles brunes d'Aidan Turner, c'est une autre adaptation, plus ancienne, qui a bercé toute une génération de Britanniques.

Autre temps, autres mœurs

De 1975 à 1977, la BBC (encore elle) a diffusé la première version télé de Poldark. Et le succès fut au rendez-vous : la série, qui a eu droit à deux saisons et 29 épisodes au total, fut l'une des adaptations les plus regardées de la télévision britannique et a été vendue dans plus de quarante pays.

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Sa petite sœur, lancée 40 ans plus tard, s'est aussi rendue digne de cet héritage puisque son finale, l'épisode de 8 de la saison 1, a rassemblé pas moins de 5,9 millions de téléspectateurs, contribuant ainsi à placer BBC One en tête des audiences durant la diffusion de la série, semaine après semaine.

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© BBC

Difficile, pourtant, de toucher à un monument de l'histoire télévisuelle britannique. Le risque était réel. Mais Poldark, cuvée 2015, a quelques atouts dans sa manche... à commencer par un sacré lifting. Si l'essence de l'œuvre originale n'a pas été touchée — c'est le fameux respect dont on parlait plus haut — la forme, elle, a été dépoussiérée. D'aucuns diraient "glamourisée", voire sexualisée... et ils n'ont pas tort.

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L'apport principal de Poldark, par rapport à son aînée, c'est d'abord son casting et en premier lieu, le choix d'Aidan Turner dans la peau du héros, que nous avions pu rencontrer. L'acteur irlandais — qui s'était fait remarquer pour son rôle du vampire Mitchell dans Being Human, avant de partir en Nouvelle-Zélande pour incarner Kili, l'un des nains de The Hobbit — prend donc la place de Robin Ellis, plus vieux et plus austère.

Turner apporte au personnage le sex-appeal qu'il manquait à son prédécesseur, qui devait coller davantage aux standards romantiques de l'époque. D'ailleurs, la série l'a bien compris et ne rate pas une occasion de montrer Ross Poldark torse nu, pour notre plus grand plaisir bien sûr.

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© BBC

Ce Poldark est plus séduisant jusque dans les détails les plus insignifiants. Initialement, sa balafre lui traversait la joue droite, tandis qu'elle est aujourd'hui bien plus discrète, ou du moins disgracieuse, et marque davantage son profil qu'il ne le défigure. Un tel changement n'est pas seulement esthétique et il a fait jaser les fans de la première heure.

Car cette cicatrice, c'est la marque de Poldark, un peu comme celle du comte de Peyrac dans Angélique Marquise des anges. Elle est un rappel de son passé, de la guerre dans laquelle il a combattu et qui l'a éloigné des siens si longtemps. C'est le stigmate d'une blessure qui a bien failli lui être fatale et, d'ailleurs, la raison pour laquelle sa fiancée l'a cru mort tout ce temps.

Mais, même "pimpée" pour s'adapter aux goûts des téléspectateurs de son époque, la mouture 2015 de Poldark reste un drame romanesque toujours aussi passionnant, qui ne trahit pas l'œuvre originale. D'ailleurs, les puristes auront la surprise de découvrir l'ancien Poldark donner la réplique au nouveau Poldark : Robin Ellis s'est en effet vu offrir un petit rôle en forme de clin d'œil dans la série, où il interprète le révérend Hasle.

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© BBC

Et tandis que les dix épisodes de la saison deux sont en plein tournage, on apprenait il y a deux semaines que la série était déjà renouvelée pour une troisième fournée. Pour ceux qui n'ont pas encore goûté à cette fresque historique au bord des falaises de Cornouailles, la saison 1 de Poldark (la version 2015) est disponible sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 18/07/2016

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