Les Peaky Blinders reviennent aux sources dans une saison 4 délectable

Par ordre des Peaky "fucking" Blinders, je déclare le bilan de la saison 4 ouvert.

© BBC Two

Sans être un raté total, la troisième saison de nos gangsters british préférés m’avait laissée avec un goût d’inachevé. Trop de complots avec les princesses russes, de rendez-vous secrets en tout genre pour des livraisons obscures. Le final, en revanche, n’avait pas manqué de me réveiller de ma léthargie. Pensant avoir conclu un deal avec le gouvernement pour épargner à ses proches des années derrière les barreaux, Tommy avait laissé les flics arrêter les membres de sa famille, tous choqués par sa décision unilatérale. Rideau.

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On retrouve donc Polly, John, Arthur & co la corde au cou, sur le point d’être exécutés, quand la lettre qui les gracie les sauve in extremis. Le clan ayant quand même eu une vraie belle peur, chacun s’en est allé vaquer à ses occupations, laissant Tommy gérer l’entreprise Shelby avec sa sœur Ada, installée, elle, aux États-Unis. Mais l’arrivée de Luca Changretta, un mafieux italo-américain décidé à venger son père et à s’emparer de la fortune des Shelby par la même occasion, va changer la donne. Pour mieux se défendre, la tribu doit se réunir et se réinstaller temporairement dans son fief, Birmingham, où les alliés sont nombreux.

Bad blood

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Alors évidemment, c’est l’occasion pour la famille de laver son linge sale en privé, mais aussi de se rappeler ses origines gitanes, mises de côté à mesure qu’elle s’élevait socialement. Steven Knight y fait référence dans plusieurs scènes intenses : les enterrements traditionnels dans les roulottes, les visions et le sixième sens de Polly ou encore la mélancolie incurable de Tommy. Il est aussi question de la vieille bataille entre tradition et modernité quand Arthur Shelby veut absolument tuer lui-même Luca Changretta, et venger son frère cadet, avec une balle de revolver sur laquelle il a écrit son nom. En resserrant l’intrigue autour d’un postulat simple, une bonne vieille vendetta entre gangsters, Peaky Blinders gagne en intensité et en envolée romanesque. Car le sang, ça ne ment pas, et les meilleures tragédies sont familiales. Shakespeare ne nous contredira pas.

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On pourra reprocher à Adrien Brody, le nouveau méchant, d’en faire quinze caisses dans son imitation de Marlon Brando. Il n’empêche, en quelques scènes, il impose son style : costume de tailleur sur mesure, borsalino sombre, cure-dent dans la bouche, raffinement… Jusqu’à ce qu’il s’agace et explose violemment comme tout gangster qui se respecte. Ses face-à-face avec Tommy, véritable choc des personnalités (l’un est introverti, l’autre complètement show off), sont absolument savoureux.

Qui dit retour aux sources dit aussi matchs de boxe ensanglantés et retour d’Alfie Solomons, le gangster juif qui a trahi Tommy un nombre incalculable de fois, mais qui réussit toujours à s’en tirer (enfin jusque-là). C’est encore une fois un régal d’assister à des scènes entre le truculent Tom Hardy et le toujours impeccable Cillian Murphy. Leur étonnante relation, qui repose avant tout sur le business, prend parfois des tournants existentialistes des plus touchants, comme au début du season finale, où Alfie confie à Tommy ses velléités de retraite. Dans un autre monde, ces deux-là ont été des amis à la vie, à la mort.

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Les femmes ne sont pas en reste pour autant dans Peaky Blinders. Elles marchent au côté de la merveilleuse Helen McCrory, qui incarne l’insaisissable Polly, et imposent leur pouvoir. Mais comme le fait remarquer un nouveau personnage intéressant, la syndicaliste Jessie Eden (incarnée avec sobriété par Charlie Murphy), à Ada lors d’un entretien dans un pub, ce pouvoir exercé sur les hommes ne vient que de la peur qu’inspire le clan Shelby. Steven Knight ne pouvait pas ignorer que l’action de cette saison 4 se déroule au moment de la montée du socialisme et des syndicats ouvriers en Angleterre, à la fin des années 1920.

Au lieu de coller purement et simplement à l’histoire, il a extrapolé autour du personnage de Jessie, qui a réellement existé mais n’avait pas autant de responsabilités IRL que dans la série. Et on ne voit pas pourquoi cela poserait problème. Toute la série et tous les personnages avec une base historique sont une version romancée et stylisée de l’époque. Ils sont modelés par un créateur qui s’adresse à un public masculin et féminin, vivant en 2017. On regrette en revanche de voir le personnage de Jessie, si droite dans ses bottes dans les premiers épisodes, évoluer rapidement dans les bras de Tommy.

Tous les ajouts et les twists malins de cette saison ne cacheront pas que Cillian Murphy reste l’âme des Peaky Blinders. Son état émotionnel instable constitue un baromètre fidèle de la qualité d’une saison. On en apprend un peu plus sur le triste passé de l’imperturbable leader, ce qui nous le rend d’autant plus sympathique. Si vous retirez le superflu, Peaky Blinders peut se résumer aux yeux bleu acier de Tommy Shelby, à son insondable tristesse et à ses traumatismes. On ne se lassera jamais de ces scènes, tant qu’elles seront accompagnées d’un bon vieux Nick Cave.

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La saison 4 de Peaky Blinders est disponible sur Netflix, et sera diffusée sur Arte les 18 et 19 janvier.

Par Marion Olité, publié le 04/01/2018

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