Le clan des Peaky Blinders joue sa survie dans un début de saison 4 épique

Le début de saison 4 de Peaky Blinders nous a laissé le souffle coupé. Attention, spoilers.

© BBC Two

Le retour du clan Shelby s’est fait dans la douleur sur la BBC dans un début de saison 4 qui rebat les cartes. Après avoir manqué de finir pendus dans le season premiere, tous les membres de la famille (sauf John et Ada) avaient pris du recul par rapport à Tommy, le chef de la bande à la fois responsable de leur survie mais aussi du deal qui les avait momentanément conduits en prison et à deux doigts de la mort.

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Un an après la séparation, le clan Shelby doit se réunir et retourner dans son fief natal, à Small Heath, dans le sud-est de Birmingham, pour tenter de survivre à la vendetta sanglante d’un parrain italien, tout droit venu de New York pour venger l’assassinat de son père par les Peaky Boys. Voilà en gros le postulat de départ de cette saison 4, pour le coup bien plus limpide dans son action que la saison 3 et ses intrigues diplomatiques avec la famille royale russe et les services secrets anglais.

"Arthur, they’re just gone"

En gros, c’est un retour aux sources que nous propose le showrunner Steven Knight, aussi bien physiquement (la famille retourne là où elle contrôle le plus de monde, dans les bas-fonds de Birmingham) que spirituellement (plusieurs scènes, notamment avec Polly et lors de funérailles, rappellent les origines gitanes du clan). Ajoutons à cela une bonne vieille guerre de mafieux et le compte y est. Mais avant la guerre, le choc. Les fans du show ne s’en remettent pas et pourtant, il était logique et même nécessaire pour les scénaristes de se séparer d’au moins un Peaky boy cette saison. Depuis trop longtemps, le clan Shelby échappe à la mort (mis à part Grace, le grand amour de Tommy, sacrifiée l’an dernier mais c’est une pièce rapportée). Il a toujours réussi à s’en tirer à bon compte malgré les menaces, et même à prospérer.

Il fallait un vrai coup de poignard dans le cœur pour relancer la machine narrative et rendre palpable le danger que représente le nouvel ennemi de cette saison. C’est donc John Shelby (Joe Cole), le cadet des trois frères, qui est resté à terre après une première fusillade surprise. L’occasion de replonger dans la tristesse insondable des yeux de Tommy Shelby, dans ce spleen qui prend aux tripes, inhérent aux origines gitanes du clan et à leurs traditions, et qui fait partie intégrante de l’esprit de Peaky Blinders. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à la détresse de Tommy, le mort-vivant, à travers des gros plans sur Cillian Murphy, et pourtant, c’est toujours aussi bouleversant. Tout comme les larmes d’Arthur (Paul Anderson) et de Polly (Helen McCrory).

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Du sang neuf

Pour faire face au magnétique Cillian Murphy, il fallait un nom de l’acabit de Tom Hardy (que l’on n’a pas encore vu cette saison, mais cela ne saurait tarder). Après une courte apparition dans le season premiere, le personnage interprété par Adrien Brody est réellement introduit dans l’épisode 2, dans une scène de face-à-face avec Cillian Murphy instantanément culte.

Avec le rôle du parrain Luca Changretta, l’acteur, en perte de vitesse sur le grand écran, va probablement rebooster sa carrière. Il a tout pris à Marlon Brando dans Le Parrain mais en ajoutant sa propre touche, une sorte d’élégance innée dans son physique qui fait qu’on lui a souvent proposé d’être l’égérie de marques de mode. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que lors de ce premier affrontement verbal, Luca attaque Tommy sur son look (oui, oui), lui expliquant qu’il avait entendu parler de son style mais qu’en le voyant, il s’estime vachement plus stylé ! Alors certes, l’interprétation de Brody est moins subtile que celle de Cillian Murphy mais c’est peut-être aussi ce que recherche Knight, l’opposition de deux styles et deux caractères différents pour un combat à mort digne de ce nom.

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Luca Changretta, aussi dangereux et charismatique soit-il, n’est pas le seul danger que Tommy doit affronter cette saison. Le patron des industries Shelby fait aussi face à une menace de grève de ses ouvriers·ère·s, représentés par une femme, Jessie Eden. Charlie Murphy incarne ici un personnage historique qui a réellement milité pour les droits des ouvriers·ère·s. Les échanges tendus entre Jessie et Tommy permettent aussi de replacer la série dans son époque. S’il respecte (et encore, pas toujours, tout dépend de leur position au sein du clan) la parole des femmes de son clan, sa "tolérance" a ses limites. Depuis la saison 3, Peaky Blinders s’attaque de plus en plus frontalement et avec intelligence au sujet des droits des femmes ; ça fait toujours plaisir dans une série de gangsters. Elle le fait avec pertinence et ne se cache pas derrière l’argument de la série historique pour zapper ou simplifier les rôles féminins.

Le danger pour Tommy viendra aussi peut-être de sa propre famille. Polly en veut toujours à son neveu d’avoir pris la décision seul d’accepter un deal qui a envoyé toute la famille en prison. Elle accepte comme les autres membres la paix à sa façon (elle emploi le mot "trêve" au lieu de "paix" volontairement), mais rien ne dit qu’elle la tiendra si elle sent son fils, qu’elle tente de protéger à tout prix, lui échapper. Et sans la confiance totale de son clan, Tommy, déjà acculé de toutes parts, est toujours à deux doigts de perdre le contrôle. En plaçant tous les pions à l’endroit voulu et en nous proposant déjà des scènes intenses et explosives, ces deux premiers épisodes de Peaky Blinders ont placé haut les attentes pour la suite d’une saison partie pour devenir inoubliable.

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La saison 4 de Peaky Blinders est actuellement diffusée sur BBC Two, puis arrivera en janvier sur Arte et en 2018 sur Netflix.

Par Marion Olité, publié le 24/11/2017

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