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Penn Badgley est le nouveau Dexter dans You, la surprise addictive et dérangeante de la rentrée

Obsession et manipulation.

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Quand j’ai vu débarquer le trailer de You, je dois avouer que je m’attendais à un thriller un peu kitsch et vaguement sexy, avec le mec intello de service dans Gossip Girl. Comme quoi, les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes. Quoique… Il suffit d’un peu plus d’une minute de visionnage pour comprendre que cette série n’est pas comme les autres. Qu’on tient là potentiellement quelque chose de très bon.

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Sur le papier, le point de départ est des plus bateau : un mec plutôt banal a un crush pour une fille qui vient acheter un livre dans la librairie où il travaille. Il va tout faire pour la séduire. Elle ne le sait pas encore mais il peut la sauver de sa vie fake, de ses relations amoureuses foireuses. On tient là une belle comédie romantique, non ? Dans la tête de Joe peut-être. En réalité, ce mec est un harceleur potentiellement violent qui va développer en un temps record une obsession amoureuse pour Beck, qu’il est un peu trop facile d’entretenir à l’ère des réseaux sociaux. La série s’attaque en creux au voyeurisme intrinsèque à nos sociétés modernes, surtout depuis la révolution numérique qui est allée de pair avec l’abandon de nos intimités, ou encore à la façon avec laquelle nous jouons avec notre image, nos fantasmes, nos obsessions et ce qu’on est prêts à faire pour les assouvir.

C’est un Penn Badgley étonnamment à l’aise qui incarne l’antihéros de cette histoire, que l’on peut voir comme une version ultradark de Dan dans Gossip Girl. Les deux personnages ont en commun d’être des intellos, qui déversent leur cynisme et leur vision pessimiste de la nature humaine à longueur de voix off, toujours avec une pointe de sarcasme qui les rend attachants. C’est tellement fun d’être plus intelligent que les autres.

L’acteur va plus loin dans la performance avec le rôle de Joe, prédateur assez fascinant, qui tord la réalité pour qu’elle corresponde à l’image qu’il se fait de lui-même, et manipule l’objet de ses fantasmes pour la faire concorder avec l’histoire qu’il se raconte dans sa tête. Ce qui donne un pilote aussi brillant que flippant, appuyé par une mise en scène enveloppante, qui joue sur les flous et les gros plans, comme pour nous plonger dans un état cotonneux où il devient difficile de distinguer le bien du mal. Cette réalisation subtile, signée Lee Toland Krieger, est en parfait accord avec la narration, la série épousant (pour le moment) le point de vue de Joe, qui a pour but de séduire autant Beck que nous autres devant nos écrans. Mission accomplie.

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L’écriture est assez fine pour qu’on s’attache au personnage incarné par Badgley, tout en ne pouvant pas être moralement de son côté. Certaines scènes chocs nous ramènent à la réalité de façon extrêmement dérangeante : Joe viole l’intimité de Beck avec une désinvolture qui nous rappelle qu’on est face à un mec malade. Un peu plus tard, le voilà qui l’observe en plein humping (se masturber avec un oreiller ou autre tissu), ce qui finit par lui donner envie de se masturber lui-même, en pleine rue. Quelques scènes plus tard encore, il se rachète et nous voilà presque prêt·e·s, candides observateur·ice·s, à tout lui pardonner. Un dernier twist nous confirme que l’écriture de Greg Berlanti et Sera Gamble, qui adaptent là le best-seller de Caroline Kepnes, est aussi perverse que son personnage principal.

Libérée de Pretty Little Liars, Shay Mitchell incarne Peach, la meilleure amie de Beck (Elizabeth Lail). (© Lifetime)

D’un point de vue purement artistique, ce premier épisode de You est définitivement accrocheur, rythmé ce qu’il faut, incroyablement prometteur. En revanche, je m’interroge sur la pertinence de voir débarquer en cette ère post-mouvement #MeToo une nouvelle série du point de vue d’un prédateur et d’un manipulateur, qui modèle la réalité à sa convenance. Diffusé sur Lifetime, une chaîne qui a parfois des coups de génie (on lui doit la déjà bien voyeuriste UnREAL), le show s’adresse à un public plutôt jeune, potentiellement féminin (les fans de Penn Badgley pour commencer). Je sens venir le gros malaise : des hordes de fans amoureuses du personnage de Joe, comme d’autres étaient sous le charme de Dexter, ou encore comme de nombreuses femmes sont séduites par des serial killers dans la vraie vie. Faut-il pour autant tomber dans le politiquement correct parce que la série peut être mal interprétée ?

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Non. Au-delà de la responsabilité de potentiellement glamouriser un prédateur, c’est surtout que le point de vue de l’homme qui traque sa proie, on le connaît. On a eu droit à la version "dépendance affective" avec 50 nuances de Grey quand Mindhunter nous régale d’une galerie de serial killers ayant réellement vécu ; on a la version baron de la drogue avec Narcos, "psychopathes avec circonstances atténuantes" pour Profit et Dexter, politique avec Frank Underwood dans House of Cards… La liste est trop longue pour être exhaustive. L’homme – en écrasante majorité blanc – et ses perversions ont été disséqués sous toutes leurs coutures.

Alors on espère vivement que You se permettra d’aller plus loin, de nous surprendre, et pourquoi pas de renverser le point de vue pour nous offrir celui de Beck, qui, on le rappelle, aspire à être écrivaine. N’oublions pas qu’avec cette narration joueuse, la jeune femme, incarnée par la parfaite (c’est le titre français du show) Elizabeth Lail, ne nous est dévoilée pour le moment qu’à travers la perception altérée de Joe. La série ayant déjà été renouvelée pour une saison 2 par Lifetime, les possibilités sont alléchantes. You, you definitively got me.

En France, la première saison de You (Parfaite), composée de 10 épisodes, sera prochainement disponible sur Netflix.

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Par Marion Olité, publié le 11/09/2018

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