Remakes en séries : quand les Américains pompent les shows britanniques

Parce qu’il ne suffit pas d’apposer un "US" à côté du nom d’une série pour se l’approprier.

Les Américains sont les champions toutes catégories des remakes, avec plus ou moins de réussite, et puisent leurs "inspirations" dans les séries du monde entier, des terres promises d’Israël aux lointains pays nordiques, à l’image d’Homeland, In Treatment, The Bridge ou encore The Killing. Il semblerait que les États-Unis, pourtant véritable vivier de séries télévisées, soient aujourd’hui en manque d’inspiration. En effet, alors que nous sommes en pleine ère de Peak TV, on ne compte plus le nombre de projets de revival, de reboot et autres remakes.

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Dernier en date : le remake US de la géniale Misfits, qui laisse les fans dubitatifs face à un casting fade (coucou le nouveau Simon !). Et s’il y a bien un pays auquel les Américains pompent pas mal de séries, c’est la Grande-Bretagne. Les Anglais ont le chic pour avoir des idées sérielles novatrices, toujours teintées d’un humour bien de chez eux, que les Américains n’hésitent pas à venir piquer. Et si certains remakes sont plutôt réussis, d’autres sont clairement à jeter à la poubelle. Retour sur quelques bonnes et mauvaises adaptations US.

Ces remakes US qui n’auraient jamais dû voir le jour

Life on Mars

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© ABC

La version originale débarque sur la BBC One en 2006 et suit les péripéties de Sam Tyler, un commissaire mancunien, dévasté par l’enlèvement de sa fiancée par un tueur en série. Après un accident de la route, il se réveille bizarrement en 1973. Replongé dans les seventies et redevenu un simple inspecteur, il va tenter de comprendre ce qui lui arrive tout en utilisant des méthodes d’enquête modernes.

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Alors que la version anglaise est à la fois drôle et philosophique, l’adaptation américaine, diffusée en 2008, a beaucoup de mal à lui arriver à la cheville. Surtout, Life on Mars US diffère totalement de la version originale et offre un twist final des plus pourris à son unique saison. En effet, on apprend que toutes les aventures de Sam n’étaient qu’un rêve et qu’il est en fait un astronaute en partance pour la planète Mars. Voilà. Passez votre chemin, c’est pire que la fin de Lost.

Skins

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© MTV

Culte pour toute une génération d’adolescents, la série de Jamie Brittain et Bryan Elsley a révolutionné le genre du teen drama avec une approche à la fois poétique et réaliste. La série, imprégnée d’un humour british imparable, suivait les tribulations d’un groupe d’adolescents en pleine crise existentielle. Avec un casting renouvelé toutes les deux saisons, les créateurs de Skins s’attachaient à coller à la réalité en faisant appel à de véritables teenagers pendant l’écriture des saisons. En traitant toutes les thématiques auxquelles sont confrontés les adolescents, la série est désormais ancrée dans le cœur de bon nombre d’entre nous.

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Alors forcément, quand la version US a débarqué en 2011, sur MTV, les associations parentales américaines, plutôt puritaines, ont fait front contre la série, pourtant bien moin trash que sa grande sœur britannique. Skins US n’aura tenu qu’une saison, malgré un bon démarrage niveau audiences. Plus que la censure et l’abandon des annonceurs publicitaires, c’est surtout l’intrigue, véritable copier-coller de la série originale, à l’exception du personnage de Tea, qui a fait hurler les fans. On ne comprend toujours pas l’utilité de ce remake.

Gracepoint

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© FOX

Diffusée de 2013 à 2017 sur la chaîne ITV, la série Broadchurch est un show policier dans lequel Alec et Ellie, deux inspecteurs, enquêtent sur le meurtre d’un jeune garçon. Là où on pourrait voir un énième procedural, la série se révèle en fait plus profonde et le charme sombre des décors britanniques ajoute une saveur particulière à ce drame très bien réalisé. Broadchurch est vite devenue un véritable succès public et critique, faisant désormais partie des meilleures séries britanniques.

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Forcément, les Américains en ont fait un remake, appelé Gracepoint. Et on peut dire qu’à part déplacer l’intrigue dans une ville côtière des États-Unis, les scénaristes ne se sont pas foulés niveau scénario, puisque l’histoire est quasiment la même. Pourtant, Chris Chibnall, le créateur de Broadchurch, était aux commandes de cette version US, mais il semble qu’il ait perdu la bonne recette en traversant l’Atlantique. Ce remake, terne et sans saveur, n’aura tenu qu’une saison, et c’est bien mieux comme ça.

Ces remakes US qui font plaisir

Shameless

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Le patriarche de la famille Gallagher a deux visages pour les sériephiles : David Threlfall pour la version UK et William H. Macy pour la version US. Il n’en reste pas moins que les deux sont aussi barrés l’un que l’autre et font vivre un véritable enfer aux autres membres de leurs familles respectives. Véritable succès pour les deux versions, il est possible (et conseillé) de se délecter des déboires familiaux, financiers et amoureux des familles Gallagher, les deux séries ayant chacune trouvé leur équilibre en fonction de leur humour et de leur environnement social.

Fortes d’une écriture brillante, d’une réalisation démente et d’un casting efficace, les deux séries fonctionnent à merveille. Si beaucoup ont découvert la version US en premier, on vous garantit que les deux shows valent le coup. Après, tout dépend de la sensibilité et du sens de l’humour de chacun, mais c’est un débat qui divise toujours. Et on n’est pas là pour se fighter, les Gallagher sont là pour ça.

The Office

Les deux versions, créées par Ricky Gervais et Stephen Merchant, ont exactement la même trame. Sous la forme d’un mockumentary (faux documentaire), on suit le quotidien d’employés de bureau d’une société de vente de papier. Bon d’accord, dans la version britannique, il s’agissait d’une usine de fabrication de papier, mais c’est un détail, puisque les deux sont à mourir de rire.

Et pourtant, le duo aux commandes a privilégié la version US, qui a, avouons-le, surpassé sa grande sœur britannique. Pendant neuf saisons, The Office US nous a régalé, entre la grande love story de Pam et Jim et les délires loufoques du patron Michael Scott, interprété par le génial Steve Carell. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et on a dû dire au revoir à tout ce beau monde en 2013. Goodbye my lover.

House of Cards

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© Netflix

Peu le savent mais le premier show made in Netflix est inspiré d’une mini-série britannique de la BBC, diffusée dans les années 1990. On y suivait l’ascension et les manigances du député Francis Urquhart au sein du Parti conservateur au pouvoir, après la démission de Margaret Thatcher. Le géant américain, en faisant appel à David Fincher pour la réalisation, a réussi à adapter brillamment la série originale, déjà excellente.

Gros carton pour Netflix, House of Cards US est porté par un casting puissant, avec, en tête, le duo Kevin Spacey-Robin Wright. Avec cinq saisons au compteur, la série, addictive, continue de nous plonger dans les sombres coulisses des politiques machiavéliques, prêts à tout pour accéder à la Maison-Blanche. Et, franchement, on en redemande.

Si certaines adaptations américaines de séries britanniques sont passées à la trappe, d’autres remakes s’en tirent avec les honneurs. Les scénaristes de Shameless, The Office et House of Cards ont réussi, en gardant le même pitch, à s’approprier la série et à l’ancrer intelligemment dans la culture américaine. Il ne suffit pas d’accoler le terme US au nom d'une série pour que le marché américain soit conquis. Une adaptation nécessite toujours une réécriture poussée sur les personnages, le ton, l’histoire, etc., afin de satisfaire le public quel qu’il soit.

Et quand ce n’est pas le cas, les scénaristes vont inévitablement droit dans le mur, comme ce fut le cas pour Skins, Life on Mars, Gracepoint, The Inbetweeners ou encore The IT Crowd. Il n’est donc pas étonnant qu’à chaque annonce de remakes américains, nos poils de sériephiles se hérissent, tant on s’attend au pire. L’adaptation de Misfits fait partie des remakes qui nous inquiètent. Même si on se demande toujours pourquoi les Américains ont ce besoin vital de tout refaire à leur sauce, il faut laisser sa chance au produit, comme on dit. Alors wait and see.

Par Mégane Choquet, publié le 12/07/2017

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