Haters gonna hate : pour apprécier Riverdale, le lâcher-prise est nécessaire

Aujourd'hui, dans la petite ville de Riverdale : des membres de gang sont-ils vraiment dangereux si leur seul délit est de parler fort pendant un film ?

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Si le nombre d'adeptes du nouveau show de Netflix n'a de cesse d'augmenter, il en est de même pour ses détracteurs. Derrière sa réalisation ultrasoignée et ses lumières néons enivrantes, Riverdale cache bien des facilités scénaristiques dont il est nécessaire de parler.

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"We Need to Talk About Archie"

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Un air benêt, une tignasse rousse et des fossettes aussi dessinées que ses abdos : voilà en quelques mots (et un soupçon d'objectification) la description non exhaustive d'Archie Andrews. La star de Riverdale est semblable à une tranche de pain azyme : blanc, digeste et sans saveur. Sous sa plastique des plus enviables, l'ultime lycéen rouquin de la ville ne parvient pas à s'extirper de son stéréotype et se fait trop facilement écraser par ses camarades de la gent féminine.

En quatre épisodes, on l'aura cerné. Archie est beau gosse, versatile (quarterback accompli et aspirant musicien) et fondamentalement gentil. Check, check et re-check. Sur le papier, il coche toutes les cases du héros de fiction lambda. Bourré de qualités, mais diablement prévisible. L'ado est d'une certaine manière le pendant masculin de Betty, l'ingénue à la crinière blonde. Elle est jolie, bienveillante et intelligente : tout ce qu'Archie est déjà. Mais elle est aussi nuancée et, oserais-je le dire, surprenante : tout ce qu'Archie n'est pas.

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Les scènes où le rouquin apparaît font l'effet d'une boîte de somnifères. On s'endort, on est brièvement tentés d'activer l'avance rapide. Certes, j'extrapole. Or, l'idée est là. Là où Betty a su creuser son archétype pour dévoiler une facette clairement plus instable, Archie reste fade. Il faut peut-être jeter la pierre aux scénaristes, lesquels l'ont embourbé dans une storyline des moins captivantes. Si les interactions avec les Pussycats et sa passion pour la musique amènent à des répliques pertinentes, son histoire avec Miss Grundy peine à tenir la route.

Thank god, le souci est enfin réglé ! Après avoir été forcés de supporter les yeux de biche et les jérémiades incessantes de Miss Grundy (ou devrait-on désormais l'appeler Jennifer Gibson ?), le calvaire touche à sa fin. En faisant une croix sur cette intrigue risquée de détournement de mineur, la série devrait offrir à son personnage la possibilité de gagner en intérêt. Scénaristes de Riverdale, la balle est dans votre camp.

Riverdale a ses raisons que la raison ignore

Dans le nouveau volet hebdomadaire de Riverdale, les rebondissements sont aussi nombreux que les tenues rose pastel dans la garde-robe de Betty. Tout d'abord, on apprend que cette dernière est capable de déverrouiller un cadenas à l'aide d'une épingle à cheveux. Ok. Miss Grundy a été battue par son ex-mari et a décidé d'usurper l'identité d'une défunte vieille dame pour recommencer sa vie à zéro. De son côté, Jughead est vraisemblablement en charge d'un cinéma en plein air et habite depuis le début dans une cabane au beau milieu de la zone de parking. Rappelons qu'il est supposé avoir seize ans.

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À l'issue de l'épisode, les réflexions fusent : c'est impossible que personne ne sache que Jughead vit par lui-même dans un squat improvisé. La réaction du père d'Archie lorsqu'il apprend que son fils se tapait Miss Grundy est complètement incohérente. C'est totalement grotesque que Betty, l'innocente girl next door, ait volé le flingue de la vilaine professeure de musique pour le cacher dans son tiroir de sous-vêtements. À toutes ces remarques, la réponse est identique : oui. Un bon gros oui.

Riverdale n'est pas, et ne sera probablement jamais, un exemple de réalisme. Dans le même temps, elle n'a jamais eu la prétention de l'être. La série repose sur des archétypes et en a conscience grâce à un côté subtilement méta. Elle puise dans les ressorts communs du teen drama pour en retirer tout ce qu'il y a de plus jouissif. Là où certains verront une œuvre superficielle et passe-partout, d'autres reconnaîtront un divertissement honnête et conscient de soi.

Pour passer d'un camp à l'autre, il est nécessaire d'avoir recours à ce que le philosophe américain Samuel Taylor Coleridge appelait en 1817 la suspension d'incrédulité ("suspension of disbelief" en anglais). La fiction est ce qu'elle est : une fiction. Elle n'a pas vocation à dépeindre avec exactitude le réel. En appliquant la suspension d'incrédulité, il s'agit surtout de renoncer à cette quête effrénée du réalisme tout-terrain pour s'abandonner au récit qui nous est présenté. À partir du moment où l'on cesse de vouloir coller à tout prix au réel, l'expérience de visionnage ne devient que plus immersive et, par affiliation, plus agréable.

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C'est d'ailleurs ce même procédé que les fans de super-héros doivent inconsciemment mobiliser pour apprécier les tribulations d'Arrow, The Flash et autres justiciers. Sérieusement, Laurel Lance, tu n'as pas grillé l'identité secrète d'Oliver Queen à cause d'un simple masque sur les yeux ? Certes, les séries sont de genres différents mais la finalité est similaire. Lorsqu'on découvre volontairement une œuvre fictionnelle, nous passons un contrat tacite avec cette dernière.

Alors oui, Riverdale, dis-moi tout ce que tu veux me dire. Fais-moi croire qu'un ado de seize piges peut vivre dans une cabane sans aucune supervision. Fais-moi croire qu'une lycéenne de seconde s'habille vraiment comme une daronne (coucou Veronica). Tant qu'on y est, fais-moi croire que la couleur de cheveux d'Archie est naturelle. Comme dirait la très sage Céline Dion : "J'irai où tu iras, qu'importe la place, qu'importe l'endroit." Et puis c'est tout.

Ailleurs à Riverdale

  • Après #RiverdaleStrong et #JusticeForEthel, la génialissime Cheryl Blossom nous laisse sur notre faim et ne nous offre pas de hashtag cette semaine. #PasCoolCheryl !
  • Kevin parvient à pécho un biker ténébreux derrière le stand de hot-dogs. Qui a dit que la romance était morte en 2017 ?
  • Victoire pour le peuple : pas de nouvelle chanson par Josie et les Pussycats cette semaine.
  • Jughead aurait-il une sœur ? Qui est la fille de la photo? Que lui est-il arrivé ? Tant de questions.

Par Florian Ques, publié le 17/02/2017

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