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Room 104, le huis clos fascinant des frères Duplass

Tous les genres se sont donné rendez-vous derrière la porte de la chambre numéro 104.

Les frères Duplass n’ont pas chômé ces dernières années. Chantres de la scène indé côté ciné et séries, Jay et Mark Duplass étaient devant la caméra dans The Mindy Project et Transparent, dans le rôle de producteurs pour le très chouette cartoon Animals (HBO), et enfin, pour Togetherness, leur bébé, ils étaient sur tous les fronts : créateurs, scénaristes et acteur (pour Mark, seulement). Cette dernière ayant été annulée, ils se sont lancé un nouveau défi avec Room 104, toujours sur HBO.

Le postulat de départ est simple : douze épisodes de vingt-six minutes, douze histoires différentes à chaque fois, mais qui se déroulent toujours dans la même chambre de motel. Le reste est laissé à la discrétion des créateurs, associé aux talents de réalisateurs prometteurs. Et si ce premier chapitre baptisé "Ralphie" flirte plutôt avec Twilight Zone, les suivants emprunteront de tout autres chemins : humour, performance artistique, horreur, suspense… Dans la Room 104, les genres se suivent mais ne se ressemblent pas. On ne sait jamais, en poussant cette porte, ce qui nous attend derrière.

Et c’est là que réside tout le charme de cette anthologie. Miser sur le fantasme que peuvent susciter les chambres de motel. Elles sont une fracture avec la réalité. Certaines semblent même être figées dans le temps. Pensez, par exemple, à celles que partagent régulièrement Sam et Dean Winchester dans Supernatural. On dirait la même chambre depuis douze ans, avec une tapisserie différente. Et pour cause, il s’agit du même décor, réaménagé à l’envi, mais qui conserve toujours cette qualité d’ancrage, de repère. La chambre de motel, impersonnelle, anonyme, évoque le road trip, les amours clandestines, mais aussi la fuite. C’est l’endroit parfait pour se cacher, et où, une fois la porte franchie, on peut laisser sa vie, son identité, son passé sur le palier. Et quand on n’y a jamais mis les pieds, on ne peut s’empêcher de se demander ce que les autres, ceux qui s’y arrêtent, peuvent bien faire derrière ces fines cloisons.

C’est dans cet état d’esprit qu’on pousse la porte de Room 104. On ne sait rien de ce qu’il s’est passé avant, et on ignore ce qui se produira après. On est juste dans l’instant, dans cette pièce, avec des personnages qui n’ont pas à nous imposer une scène de caractérisation. Seule compte la chambre et ce qui s’y déroule. On n’a pas l’habitude de jouer avec un espace-temps aussi confiné. Alors forcément, on se sent vite à l’étroit… Et en effet, si une scène d’introduction pour chaque personnage serait franchement superflue, le format est un peu court (26 minutes) pour nous permettre de les découvrir par nous-même. L’anthologie, ici, va à l’encontre des principes de la sérialisation, et ses codes, auxquels on est évidemment habitués. Difficile, alors, de s’attacher à ces gens qui entrent et sortent de nos vies en un claquement de doigt.

Reste donc l’histoire, qui a, sur ses épaules, la lourde tâche de nous captiver sans que l’on puisse se raccrocher à des protagonistes familiers. Difficile de savoir si le concept de Room 104 tiendra de semaine en semaine. Tout dépend de la qualité du script de l’épisode, de sa mise en scène, du jeu d’acteur, de l’idée à explorer… Bref, c’est un alignement des planètes délicat à prévoir, d’autant que la série peut varier du tout au tout selon le genre et le ton employé. Pourtant, chaque épisode a le potentiel de devenir une sorte d’expérience éphémère. Après tout, Black Mirror avant elle n’a pas toujours été d’une constance sans faille, mais chacun se souvient d’une histoire qui l’a marqué. Alors, lâchez prise, laissez-vous piquer par la curiosité et poussez la porte de Room 104.

Room 104 est diffusée sur OCS City depuis le 29 juillet dernier. L’épisode 2 arrive le 5 août sur la chaîne.

Par Delphine Rivet, publié le 03/08/2017