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La saison 2 de Legion hacke nos cerveaux et David Haller en prend le contrôle

Dans cette saison 2 de Legion, où nos héros tentent d’endiguer une mystérieuse contagion, tout est affaire de contrôle. Attention, spoilers sur les trois premiers épisodes !

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Virtuose, psychédélique, expérimentale… depuis sa saison 1, les adjectifs ne manquent pas pour décrire l’ovni qu’est Legion. Depuis le lancement de sa saison 2 le 3 avril dernier, seuls trois épisodes ont été diffusés sur FX, et chez nous sur OCS. Mais déjà, la série confirme que la fascination opère encore et, sans s’essouffler, continue de proposer de nouvelles façons d’entrer dans la psyché de David Haller.

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Where is my mind?

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Dans la saison 2 de Legion, la maladie mentale de David est derrière lui, mais son esprit est le lieu de toutes les folies (visuelles, créatives, sonores, sensorielles…). Les démons qui hantaient notre héros ont pris corps et ils sont tout sauf métaphoriques. La saison 1 réclamait de nous un acte de foi : accepter de se perdre dans les méandres de l’âme de David, descendant, ou plutôt plongeant tête la première dans le terrier du lapin blanc, pénétrant une couche de subconscient après l’autre.

Mais celui qui se croyait schizophrène depuis sa plus tendre enfance est en fait un mutant télépathe surpuissant hijacké par un parasite nommé le Shadow King (ou Amahl Farouk pour les intimes). Et ce qui est essentiel dans la construction du récit de Legion, c’est bien le fait que David est convaincu de sa maladie mentale. Ce n’est pas nous que la série essayait de convaincre de son immense pouvoir, mais lui. Et ça, ça change tout pour la saison 2.

David commençait sa transition en fin de saison 1, le voici en pleine métamorphose. Il reprend le contrôle. La narration trouve une fois de plus dans la mise en scène une alliée de taille. David ne subit plus ses visions, il se fabrique son palais mental, arrange des confrontations avec le Shadow King, façonne le décor et établit le contact avec une Syd du futur… Si ces trois premiers épisodes prouvent bien une chose, c’est que l’esprit de notre héros est le lieu le plus passionnant et visuellement riche de la série. Ici, tout est permis, et on savoure chaque épiphanie, chaque trouvaille, chaque jeu de lumières…

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Tango psychologique

Legion garde cette capacité à innover sans (pour l’instant du moins) tomber dans le gimmick esthétique. Une tentation qui avait eu raison de la beauté formelle d’Hannibal en saison 3, pour ne citer qu’elle. Il n’y a rien de pire qu’une série qui se regarde le nombril. Bien sûr, Legion sait qu’elle est brillante, mais Noah Hawley, son showrunner, s’amuse avec son matériau et challenge constamment ses limites, en imposant sans cesse à la réalisation d’être au service de la narration.

La séquence Bollywood du tout premier épisode trouve son écho dans ce season premiere avec une battle de danse entre David, Oliver et Lenny. Dans l’épisode suivant, le tango psychologique continue. La rencontre tant attendue avec Farouk les conduit sur une scène assez similaire d’affrontement mental. Les deux sbires possédés par le Shadow King ont laissé place à leur maître, qui exulte à l’idée de se mesurer à notre héros : "Endlich, wir tanzen" ("Enfin, nous dansons").

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La séquence est un étalage de virilité : la lutte gréco-romaine n’étant pas assez "physique" pour Farouk, il opte pour le katana. David, pas impressionné, dégaine le char d’assaut. Challenge accepté pour le Shadow King qui se transforme alors en tornade. Ils reprendront finalement leur forme d’origine et leurs très seyantes combis de lutte. À ce jeu du "qui a la plus grosse", c’est un peu égalité, la balle au centre ! Mais peu importe, David a établi le contact et il commence à découvrir qu’il peut jouer selon ses termes, sur son terrain, bref, lui aussi, il contrôle la matrix !

Quand les idées sont contagieuses

Pendant ce temps-là, nous, on se laisse toujours autant balader. À la différence près que cette saison 2 nous semble plus sensée. Si l’on partageait la confusion de David en saison 1, on est ici plus conscient du labyrinthe dans lequel la série nous a largués. Legion joue toujours avec nos sens et le voyage est toujours aussi fascinant, mais cette fois-ci, on est en mesure de distinguer le réel de l’illusion… comme David. Et puisqu’on est conscient du chemin que nous faisons avec lui, Legion en appelle à notre raison pour semer le trouble.

Par le truchement de petits interludes, filmés sur un fond blanc immaculé et clinique, la voix off de John Hamm nous explique les notions de délire et de folie, ou la façon dont les idées agissent et se propagent comme un virus. Ou comment, en s’aidant de notre cerveau rationnel, faire monter la paranoïa. Bien sûr, comme nous ne sommes pas les seuls cobayes de ce grand mindfuck, ces petites vidéos aussi pédagogiques qu’inquiétantes trouvent leur justification dans l’arche narrative de cette saison 2 : une mystérieuse contagion qui paralyse ses victimes, à l’exception de leurs mâchoires… Les personnes infectées deviennent alors des sortes de zombies immobiles qui claquent des dents à l’unisson. Plus creepy, tu meurs.

Legion démontre une fois de plus qu’elle maîtrise tous les canaux de transmission : le vertige est aussi visuel et narratif que sonore. La réalisatrice de l’épisode 2, Ana Lily Amirpour, décrit la série comme "une expérience où il s’agit d’explorer la santé mentale, la folie et la perception". Défi relevé.

La saison 2 de Legion est diffusée en France sur OCS, en VOST, tous les mercredis.

Par Delphine Rivet, publié le 19/04/2018

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