En saison 2, Riverdale devient la série Scream (et c’est un problème)

Les incohérences s’enchaînent aussi sûrement que les changements d’humeur de Cheryl.

Quand Riverdale a débarqué sur le petit écran en janvier 2017 pour dépoussiérer le genre de la série pour ados, j’étais la première sous le charme. L’humour méta, l’esthétique rétro hommage au Twin Peaks de David Lynch, la musique pop décomplexée ou encore l’audace de s’attaquer à des sujets sensibles (les prédateurs sexuels, la notion de consentement, le harcèlement au lycée…) ont vite fait du show de Roberto Aguirre-Sacasa un must-see. Mais ça, c’était avant.

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Le syndrome Laura Palmer

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Après avoir révélé l’identité du tueur de Jason Blossom en fin de saison 1, les scénaristes se sont retrouvés en plein syndrome "Laura Palmer", aka la jeune femme aux mille secrets retrouvée morte au début de Twin Peaks. Quand le tueur fut révélé, au milieu de la saison 2, les téléspectateurs décrochèrent de concert, et la qualité de la série en pâtit aussi. Depuis, de nombreuses séries, de Broadchurch à Pretty Little Liars, ont été victimes du même syndrome. Riverdale se trouve maintenant dans la même impasse et ce n’est pas beau à voir.

Après l’affaire Blossom, les scénaristes ont misé sur l’arrivée d’un nouveau tueur présent dans les comics originaux, le "Black Hood" (car il porte une capuche noire, et rien que ça, c’était assez mal venu en 2017, le sweat sombre à capuche étant devenu un symbole des injustices commises par la police envers la communauté afro-américaine) sévit dans la petite ville, et s’attaque à ceux qu’il estime "impur·e·s". Ce qui implique de s’en prendre autant au père d’Archie, la bonté même, qu’à la prédatrice sexuelle Geraldine Grundy. Passons pour la cohérence de son modus operandi, pas franchement clair. Le problème, c’est que Riverdale en version slasher est en train de devenir une mauvaise série.

Panique à Riverdale

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Cet arc narratif, qui occupe tous nos personnages en cette saison 2, est traité de façon ultrasérieuse et ultracliché. Avec une figure aussi rebattue sur le petit écran que le serial killer, j’attendais mieux de la part de Riverdale, qui se contente de reproduire le pire de ce qui se fait en la matière et finit logiquement par tomber dans les mêmes travers ridicules que la version sérielle de Scream. Les ados mènent l’enquête avec plus de diligence que la police et débarquent d’ailleurs régulièrement au commissariat, pour choper des dossiers et infos que le shérif Tom Keller leur dévoile sans souci.

À la manière de l’insupportable Emma dans Scream, Betty a un comportement de victime qui tente de se rebeller assez horripilant : par exemple, elle se trouve en contact direct avec le tueur, et se dit que la meilleure manière de gérer ça est de n’en parler à personne et de faire tout ce qu’il lui dit. Spoiler : ça ne fonctionne pas.

La paresse scénaristique transpire à tous les niveaux dans cette saison. Trop occupés à chercher de nouveaux rebondissements autour du "Black Hood", les scénaristes en ont oublié de traiter correctement les relations amoureuses du quatuor. Un bâclage que subissait aussi Scream, notamment avec le personnage de la jolie pestouille Brooke, qui avait à peine le temps de s’acoquiner avec un nouvel éphèbe que ce dernier se faisait buter.

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Love, etc.

Dans Riverdale, la relation qui unit Jughead et Betty repose sur un cycle infernal : "je te protège, je me mets en danger, tu veux me protéger, pour te protéger, je dois te quitter". Las ! Le couple formé par Archie et Veronica ne fonctionne pas davantage. On aurait préféré les voir assumer une histoire fun et sexy plutôt que cet enchaînement de scènes incohérentes, où pour dix moments de sexe (parfois assez mal choisis, remember sous la douche alors que le père d’Archie vient de se faire tirer dessus…) se succèdent deux conversations profondes auxquelles personne ne croit.

D’autres personnages, comme Cheryl, la bitch aux changements de personnalité beaucoup trop radicaux, deviennent inconsistants. Son arc autour de la culture du viol était intéressant bien que maladroitement traité, avec comme message un "œil pour œil, dent pour dent" assez gênant (son agresseur n’est pas jugé, mais il a un "accident"). La suite de son évolution me laisse beaucoup plus dubitative, que ce soit son attitude mi-diabolique mi-amoureuse envers Josie ou ses punchlines féministes balancées comme un cheveu sur la soupe (ça suffit le "male gaze" !), sans contexte et sans cohérence avec sa personnalité.

La série Scream n’a pas survécu à ses trop nombreux défauts, ce cycle infernal d’intrigues bas de gamme, de mauvais dialogues et donc mauvaises interprétations jusqu’à un dénouement ridicule en saison 2, qui plagie médiocrement le premier film Scream. Riverdale prendra-t-elle le même chemin ?

Les scénaristes réussiront-ils à se dépêtrer de cet arc "Blackhood" et à impulser un nouveau virage avant que le show n’atteigne un niveau de médiocrité tel que les spectateurs le désertent ? Petite lueur d’espoir : il s’appuie sur une série de comics. Il y a donc forcément encore de la matière inexplorée pour les scénaristes, encore faut-il savoir bien l’exploiter. Riverdale étant quasiment la dernière représentante du genre quelque peu délaissé de la série adolescente de qualité, j’espère vivement que ce début de saison poussif n’est qu’un petit accident de parcours.

Après tout, quelle série n’est pas tombée dans le piège de la saison 2 ratée ?

Par Marion Olité, publié le 14/12/2017

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